Gérard Pesson (1958)

Sur-le-champ (1994)

pour 4 chanteurs et 8 instruments

  • Informations générales
    • Date de composition : 1994
    • Durée : 12 minutes
    • Éditeur : Lemoine
    • Livret (détail, auteur) :

      Pierre Alferi

Effectif détaillé
  • ensemble de voix solistes(soprano solo, soprano solo, ténor solo, basse solo), 1 flûte, 1 clarinette, 1 trompette, 1 trombone, 1 violon, 1 alto, 1 violoncelle, 1 contrebasse

Information sur la création

Note de programme
    <p>La Fondation Royaumont avait souhaité susciter par l’initiative « Carnet de notes », la rencontre entre des poètes contemporains et des compositeurs, et, par-delà des élections réciproques, des « mariages », des œuvres musicales.</p><p><em>Sur-le-Champ</em> résulte du choix que j’ai fait de Pierre Alferi après avoir lu son premier livre de poésie : Les allures naturelles.<br />J’utilise à vrai dire dans cette œuvre deux textes de Pierre Alferi. L’un qu’il a écrit spécialement pour cette occasion, et un autre écrit auparavant pendant une résidence à l’Abbaye de Royaumont : Sur place, un texte procédant par arborescences et proposant au lecteur plusieurs parcours possibles (ce qu’Alferi appelle « une fuite immobile »).</p><p>Dans le texte qu’il a écrit pour notre œuvre commune (<em>Sur-le-Champ</em>), l’idée est semblable et autres ; c’est, comme je le lui avais demandé, une voix, une seule voix au sens poétique (il n’y a pas de caractères, de personnages), mais une énonciation sans cesse frangée d’alternatives, de précisions, de retours en arrière — (ce qu’Alferi appelle un « retard instantané ») —, comme une sorte de bégaiement du sens en accord total avec le projet musical : que les quatre voix du quatuor n’en soient qu’une, qu’un sens, une forme se compose tout en se désécrivant à mesure.</p><p>Nous souhaitions qu’il en résulte une œuvre rapide, légère, elliptique, une sorte de bref opéra à numéros, ou plutôt de revue de music-hall dont le principe serait un jeu de l’oie poétique, un divertissement ponctué d’intermèdes instrumentaux. La forme de la pièce est indiquée avec une présentation ramassée du texte que l’on trouvera ci-après.</p><p>Le texte que l’on pourra lire permet de suivre le déroulement de la forme, mais résulte du choix de la découpe que la règle du jeu et la bienveillance patiente de Pierre Alferi m’ont concédé. Ce n’est donc pas exactement un texte de lui, mais un texte tiré d’une proposition qu’il m’avait faite, plus vaste et plus complexe ; dépassant de beaucoup en volume et en importance ce que j’ai extrait pour les besoins de l’œuvre musicale. Mais cela, c’est la tyrannie habituellement soustractive que la musique fait peser sur le texte d’où il résulte que les poètes, non sans raison, se méfient des musiciens.</p><p><em>Gérard Pesson.</em></p><p><strong>I) Sur place</strong></p><p><strong>a)</strong> sauvons sauvons sauvons sauvons-nous<br />sans sortir<br />sans lâcher cette forme<br />pas même en pensée    — dans le vol qu’elle simule<br />pas même en prenant le parti d’approfondir ou faire un pas<br />de plus qui ramène à la résidence que l’on reconnaît sur-la-champ<br />à la présence d’un observateur morne et sans cesse empêché<br />pas même en prenant le parti d’étendre une des quatre branches<br />de l’ici<br />pas même en pensée — dans le vol qu’elle simule<br />approfondir ou faire durer<br />pas même en pensée             — dans le vol d’un avion<br />— encore invisible filant droit<br />pas même en pensée —             dans le vol dont se voit une ombre pliée<br />— courant sur le relief<br />   sauvons-nous<br />— sans sortir<br />— sans décoller de ce plateau<br />    chaque proie trahit sa voisine</p><p><strong>b) interlude 1</strong> (cordes – harmoniques)<br /><strong>c)</strong>    droit au but<br />  il faudrait ici d’un seul mot chinois dire<br />    n’y être pour rien ni personne  — repartir      — pour aller dans l’enclos<br />façon de rester là pour ne pas y rester<br />— le plus loin possible<br />— maintenant ou jamais<br />— pour aller au plus simple<br /> soit<br />  une simulation en grandeur apparente<br />  des intervalles qui s’amenuisent à l’horizon<br />expérience cruciale suivie d’un bref salut</p><p><strong>II)  interlude 2 </strong>(humoresque – danse de bruits)</p><p><strong>III) Sur-le-champ</strong></p><p><strong>a)       </strong>— encore un instant s’il vous plaît<br />  s’il vous plaît repoussons la feuille<br /> disons l’instant une feuille<br />  disons que s’inscrit en relief<br />    de quoi relever le point du temps<br /> à toi<br /> vas-y toi<br /> après toi<br /> non toi<br />— de répondre<br />    de quoi s’imaginer ouvrir un spectre<br />  desserrer l’échéance<br />  desserrer sans souffler mot<br />   la dépasser<br />   prenant en largeur du retard<br />  traînant en longueur        — prenant en largeur le peu de liberté qui reste<br />  le peu de liberté des apathiques<br />  traînant en longueur la réponse<br />   avant de montrer qui nous sommes<br />  patience<br />  rien en vous sera épargné<br /> de l’enfance aux années d’apprentissage<br />   forme du champ de course<br />  via menus faits qui ne trompent pas<br />   des correspondances qui supposent<br /> un caractère et de la suite dans les idées<br />    si la fin prévient<br />    tout arrive<br />— tourne court<br />   reste à creuser le lit en victime rêveuse<br /> attention<br /> quand fond sur elle un fou<br />— ami<br /> muni d’un pic à glace<br /> si la fin prévient<br />    tout arrive<br />           — tourne court<br />    reste à creuser le lit du temps<br />   un laps<br />   en victime rêveuse<br />    au ralenti</p><p><strong>b) interlude 3 </strong>(suraigus imperceptibles – sifflets  lointains)</p><p>c) air dit « de l’enfant béni »<br />    sa nonchalance d’enfant béni baigné dans l’air liquide<br />    une durée close<br />   la nuit du chasseur<br />   à qui rien de sérieux n’arrive —        jusqu’au dernier instant</p><p><em>Pierre Alferi.</em></p><p><em>Extrait du livret du CD Gérard Pesson, Editions Accord-Una Corda (Universal), n°4650798-2.</em><br /></p>