Gérard Pesson (1958)

Cinq poèmes de Sandro Penna (1991-1992)

pour baryton et piano

  • Informations générales
    • Date de composition : 1991 - 1992
    • Durée : 7 minutes
    • Éditeur : Lemoine
Effectif détaillé
  • soliste : 1 baryton solo
  • 1 piano

Information sur la création

Note de programme

Sandro Penna est mort à Rome en 1977, alors peu connu, dans un appartement près de San Giovanni dei Fiorentini, contre la grande boucle du Tibre.

En des unités toujours extrêmement brèves mais, paradoxe miraculeux pour un musicien, d’une grande lenteur, Sandro Penna a écrit une poésie d’une « scandaleuse douceur ». Il a décrit, l’observant de ses marges, le cours du monde, tremblante Arcadie, exerçant à son encontre, comme dit justement Bernard Simeone, sous le couvert d’une fausse édulcoration, la plus grande des violences : celle d’un désir perpétuellement oscillant entre le désespoir et la contemplation du calme ruissellement de la vie.

J’ai vécu suffisamment avec cette poésie, en elle (ou elle en moi) pour qu’y ajouter un peu de musique me devienne un jour (de printemps 1991) naturel et que je m’aventure à aborder un genre pratiquement disparu de la musique d’aujourd’hui : la mélodie avec piano. J’ai instrumenté ce recueil au début de l’année 1992, juste avant de quitter Rome.

Il fallait renoncer à rien projeter, laisser affleurer quelques sons ténus, quelques cantilènes qui puissent donner écho aux consonances presque classiques, parfois triviales, mais toujours délicates du monde de Penna (les poèmes utilisés ici datent des années 30/50), à leur apesanteur définitivement inactuelle.

Il fallait peu de musique sous ces vers dont l’absentement, le vide contemplatif, cette incandescence dans la blancheur correspondent à la musique que j’aimerais écrire.

Cinq poèmes mais six mélodies. L’un des poèmes, conçu par Penna comme une petite ritournelle enfantine (Pioggerella non noiosa), est en effet énoncé deux fois, ponctuant le recueil en position II et IV. Dans la redite, seule varie la partie instrumentale. Ce poème devait revenir, parce qu’il sonne comme un petit refrain (chez Penna faussement innocent), et parce que la mélodie qui essaie de le traduire est si courte qu’elle ne peut être entendue en une fois (elle ne dépasse pas dix secondes, juste le temps qu’il faut pour dire le poème). Chacune de ces mélodies, selon la règle de Penna, a été écrite en un seul jour (voir poèmes ci-dessous).

Gérard Pesson.

Cinq poèmes de Sandro Penna

I.
Il mondo che vi pare di catene
tutto è tessuto d’armonie profonde.

II.
Pioggerella non noiosa,
pioggerella ispiratrice.
Chi non crede a questa cosa
dice falso quel che dice.

III.
Lumi del cimitero, non mi dite
che la sera d’estate non è bella.
E belli sono i bevitori dentro
le lontane osterie.

Muovonsi come fregi
antichi sotto il cielo
nuovo di stelle.

Lumi del cimitero, calmi diti
contano lente sere. Non mi dite
che la notte d’estate non è bella.

IV.
Sogno dello scrivano romantico
Suona il vento e la notte sulla gloria
del Ministero scordato sul monte.

Viene l’ora d’amore. Ed è la storia,
Julien, della tua mano all’orizzonte.

V.
Io vivere vorrei addormentato
entro il dolce rumore della vita.

I.
Le monde qui vous semble de chaînes
est tout tissé d’harmonies profondes.

II.
Petite pluie sans ennui,
petite pluie qui inspire.
Qui ne croit pas à ceci
dit mal ce qu’il a à dire.

III.
Flammes du cimetière, ne me dites pas
que le soir d’été n’est pas beau.
Et beaux sont les buveurs
au loin dans les auberges.

Ils vont comme des frises
antiques sous le ciel
renouvelés d’étoiles.

Flammes du cimetière, calmes doigts qui
comptent les lents soirs. Ne me dites pas
que la nuit d’été n’est pas belle.

IV.
Songe de l’employé romantique
Sonne le vent et la nuit sur la gloire
du Ministère oublié sur la montagne.

Vient l’heure d’amour. Et c’est l’histoire,
Julien, de ta main à l’horizon.

V.
Vivre je voudrais endormi
dans la douce rumeur de la vie.

Extrait du livret du CD Gérard Pesson, Editions Accord-Una Corda (Universal), n°4650798-2.