Gérard Pesson (1958)

Fureur contre informe pour un tombeau d'Anatole (1998)

pour trio à cordes

  • Informations générales
    • Date de composition : 1998
    • Durée : 9 minutes
    • Éditeur : Lemoine
    • Commande: WDR
Effectif détaillé
  • 1 violon, 1 violon, 1 alto, 1 alto, 1 violoncelle, 1 violoncelle

Information sur la création

  • 6 February 1999, Allemagne, Cologne, par Trio Recherche

Note de programme
    <p>On a trouvé dans les papiers de Stéphane Mallarmé, après sa mort, une enveloppe de carton rouge contenant 210 feuillets de petit format (12,5 x 7,5) couverts d'une écriture au crayon, très légère, rapide et presque effacée aujourd'hui. Au verso du feuillet 6, sensiblement plus petit que les autres, on lit, difficilement, trois mots qu'on aura mis plus de trente ans à déchiffrer : fureur contre informe. Cette œuvre inachevée, à la fois produite et empêchée par la douleur, a été écrite après la mort d'Anatole Mallarmé (16 juillet 1871 - 8 octobre 1879), le fils du poète. C'est un tombeau, une consolation poétique, brûlante, laconique, exempte de toute préciosité. L'œuvre aura été comme asphyxiée par la charge autobiographique, par un JE pathétique et véhément qui lacère la matière poétique et finalement condamne l'essai de résurrection. Le trio à cordes reprend, en treize fragments enchaînés, les trois ordres, les trois temps non chronologiques imaginés par Mallarmé pour ce théâtre abstrait à trois personnages (père, mère, fils).</p><p>I. Moment de la révolte et du cri, déclenchement de la maladie, mort qui frappe / tempo rapide, refrain, stridences fugitives</p><p>II. Temps de la maladie, moment de la mort du fils, de l'ensevelissement (assomption paternelle) / silence coloré</p><p>III. Résolution, projet poétique, essai de triomphe spirituel / cantilène, chant funèbre</p><p>L'impossible à écrire est au centre du projet mallarméen, où le fragment, l'esquisse deviennent moments d'un acte poétique fondé en l'inachèvement. Le suspendu, l'inaffirmé sont souvent évoqués par Mallarmé dans ces feuillets comme la registration d'une musique intérieure qu'on ne peut faire entendre à quiconque –  « Manquer le but sublime » (f 105). Le projet est laissé en sa nudité. La brisure, le non-résolu révèlent alors à Mallarmé que l'actualité de la pensée, le noyau irréductible de la tentative poétique, ce qui est absolument moderne, est néant de chagrin, veille, rien d'affirmé donné à entendre.</p><p>Feuillet 61 : or parti, et vent de rien qui souffle (là, le néant ? moderne)</p><p>Feuillet 57 : et III peut-être rien – (d'affirmé) sur mort</p><p>et</p><p>donné à entendre simplement – en l'espace de « il est mort de I II »</p><p><em>Gérard Pesson.</em><br /></p>