Jean-Claude Risset (1938)

Contre nature (1996)

trois exercices rythmiques, pour percussion solo et sons de synthèse

œuvre électronique

  • Informations générales
    • Date de composition : 1996
    • Durée : 10 mn
    • Éditeur : édition du compositeur
    • Cycle : Nature contre nature
    • Dédicace : à Thierry Miroglio
Effectif détaillé
  • percussionniste

Information sur la création

  • Date : 1 November 1996
    Lieu :

    France, Nice, Festival MANCA


    Interprètes :

    Thierry Miroglio.

Information sur l'électronique
Dispositif électronique : sons fixés sur support (sons de synthèse réalisés par ordinateur fixés sur support 2 pistes)

Note de programme

Dans cette pièce dédiée à Thierry Miroglio, l'ordinateur incite par l'exemple le percussionniste à mettre en œuvre des protocoles rythmiques contre nature. Le premier exercice induit des variations rythmiques en jouant non sur le temps lui-même, mais sur le contenu des sons : les différences d'intensité ou de timbre provoquent des fisssions mélodiques qui font naître des figures rythmiques « illusoires », un processus illustré par Ligeti, dans sa sixième étude pour piano et étudié par Van Noorden, Wessel et Arom. Le second exercice consiste à accélérer ou ralentir tout en gardant une pulsation invariable, cela en dédoublant les pulsations. Le troisième suggère des accélérations sans fin, comme un serpent rythmique se mordant la queue, ou des accelerandi qui aboutissent à une pulsation finale plus lente qu'au départ.

Ces comportements rythmiques paradoxaux, étudiés par l'auteur et aussi par Knowlton, Bregman et Warren, paraissent contredire la structure sonore : les comptages intérieurs ne se réduisent pas au temps chronométrique. De telles « illusions rythmiques » révèlent en fait la nature de la perception auditive, qui va parfois à l'encontre de la nature physique du son – nature contre nature.

En plus des sons de synthèse, certains sons issus de l'instrumentarium acoustique de Thierry Miroglio se voient répercutés et transformés par l'ordinateur, en tirant parti d'une méthode développée au LMA à Marseille par Philippe Guillemain et de mises en œuvre en temps réel sur le processeur Genesis par Thierry Voinier.


  1. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  2. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  3. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

  4. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  5. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

  6. Il nous semble important de faire une distinction entre le Réalisateur en Informatique Musicale (RIM) qui contribue à la confection de la partie électronique d’une œuvre et le Musicien en charge de l’Électronique Live (MEL) qui n’a pas nécessairement participé à l’élaboration de cette partie électronique mais qui doit s’assurer de sa mise à jour et de son bon fonctionnement lors d’une performance (lire à ce sujet Plessas et Boutard, 2015). 

  7. Par convention, l’harmonique 1 (fréquence f0) correspond à la fondamentale du spectre. Pour un spectre harmonique, la fréquence de chaque composante spectrale vérifie la relation suivante: fn = n x f0. 

  8. Grisey a commis une erreur au niveau du premier intervalle: l’écart entre la fondamentale (mi0) et le second harmonique (mi1) est une octave, soit 24 quarts de ton et non 22 comme il est indiqué. 

  9. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  10. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

Jean-Claude Risset.