Philippe Hurel (1955)

Loops V (2005)

pour carillon

  • Informations générales
    • Date de composition : 2005
    • Durée : 05 mn
    • Éditeur : Lemoine, Paris, nº 28420
Effectif détaillé
  • carillon

Information sur la création

  • 1 April 2006, Monaco, Printemps des Arts, par Stefano Coletti.

Note de programme

Écrire une pièce pour un lieu déterminé, in situ, n'est pas chose simple car dès lors se pose la question de la fonction de l'œuvre, ce qui n'est pas toujours le cas au concert. Et si le compositeur omet de se poser cette question, l'auditeur, lui, confronté au milieu dans lequel l'œuvre sera jouée, se la posera tout de suite : pourquoi une œuvre musicale, ici, dans la ville ? Que veut dire cette pièce dans ce lieu ? Qu'annonce-t-elle ?

Si j'ai accepté avec joie, c'est que j'avais déjà écrit, en dehors des mes œuvres de concert, des « sonneries », sortes de haikus musicaux, à l'attention des enfants et de leurs écoles. Dans ce cas précis, la fonction des sonneries était claire.

Écrire un carillon pour le Printemps des Arts, c'était répondre à un problème double : comment intégrer la pièce dans la ville – mais aussi comment l'intégrer dans la programmation du festival, au sein d'un ensemble d'œuvres conçues pour le concert ? Deux paramètres m'ont tout de suite guidé : d'une part, l'espace et la circulation du son entre la pierre et la mer – d'autre part, la fonction d'annonce des concerts que ce carillon voudrait apporter au public. Pour avoir écrit une série de courtes pièces intitulées Loops, je sais quel effet produit la mise en boucle et la répétition de motifs qui se déforment peu à peu. L'auditeur devient très actif, cherchant à comprendre chaque transformation des motifs qui lui sont proposés. Mais dans le même temps, les changements – le morphing – de ces motifs se produisant progressivement, il peut décider de se laisser « bercer » comme on le fait à l'écoute des cloches d'une église, au loin.

Les cloches du carillon sont d'ailleurs stimulantes à maints égards. D'une part, leur son inharmonique – même si l'on entend des notes précises – permet de travailler sur le timbre de manière particulière, d'autre part leur image culturelle renvoie à certaines formes de la musica da chiesa.

On ne s'étonnera pas alors que pour construire cette pièce j'ai choisi d'utiliser une écriture canonique, résurgence du passé, à l'instar du son des cloches, qui renvoyé par les roches ou les murs de la cité, offre sa rémanence à l'oreille de l'auditeur lorsqu'il en est éloigné.

Philippe Hurel.