Yann Robin (1974)

Phigures (2004)

pour clarinette, violon, violoncelle et piano

  • Informations générales
    • Date de composition : 2004
    • Durée : 06 mn
    • Éditeur : Jobert
    • Dédicace : à Muriel Salort
Effectif détaillé
  • clarinette, violon, violoncelle, piano

Information sur la création

  • Date : 17 July 2004
    Lieu :

    Metz


    Interprètes :

    solistes de l'Ensemble intercontemporain : Alain Billard : clarinette, Hae-Sun Kang : violon, Pierre Strauch : violoncelle et Dimitri Vassilakis : piano.

Observations

Enregistrement audio de la création : https://medias.ircam.fr/x51e7a3_phigures-yann-robin

Note de programme

Deux contraintes ont présidé à l’écriture de Phigures. Deux contraintes que l’on retrouve cachées dans son titre.

Le « Phi » de Phigures fait référence au nombre d’or (désigné par la lettre grecque φ). Égal à , le nombre d’or désigne un rapport « idéal » de proportions. Déjà connu, semblerait-
il, des Égyptiens (la pyramide de Khéops s’y conformerait), le nombre d’or avait déjà été formalisé par Euclide (vers 300 av. J.-C.) comme le rapport (a/b) entre deux longueurs (a et b) tel que (a+b)/a = a/b. Certains philosophes y ont alors vu une loi unique de l’harmonie universelle, et même un symbole du beau. Fait remarquable, on retrouve très souvent ce rapport dans divers éléments naturels (cristaux, plantes), mais aussi dans l’architecture (depuis l’Antiquité) et autres arts, y compris la musique. On trouverait ainsi le rapport d’or dans des partitions de Bach (sans savoir si cette particularité était alors délibérée) et, plus récemment, dans celles de Bartók, de Xenakis ou de Stockhausen, tout à fait ouvertement cette fois.

C’est donc au tour de Yann Robin de s’en emparer. Peu enclin à contraindre les formes de ses pièces, c’est pourtant exactement à cette fin qu’il va l’exploiter : fixer les proportions de la partition. L’architecture de ce quatuor – dont l’effectif est celui du Quatuor pour la fin du temps d’Olivier Messiaen – repose donc tout entier sur le rapport d’or et les éléments de la suite de Fibonacci. Cette suite, formalisée au XIIIe siècle par le mathématicien pisan leonardo Fibonacci est étroitement liée au nombre d’or (le rapport de deux éléments successifs de la suite s’en approche de plus en plus à mesure qu’on avance) et permet de définir une arithmétique du nombre d’or.

« Bien que très courte, cette pièce m’a demandé beaucoup de temps – ce qui est d’autant plus paradoxal que j’écris très vite habituellement –, car c’était la première fois que je m’intéressais à ces questions de proportions. la plupart du temps, je ne détermine pas la structure en amont, et la forme que j’envisageais intuitivement au départ peut ainsi fluctuer et se construire d’elle-même. »

Deuxième contrainte : la « figure » évoquée par le titre. « l’idée de départ était, au sein de cette structure préétablie, de n’utiliser qu’un matériau restreint au strict minimum – une unique figure, très simple, à peine un motif, un profil mélodico-harmonique – d’un bout à l’autre de la pièce. les seules transformations sont la transposition et, exceptionnellement, quelques permutations de termes. le sentiment de développement vient alors des différentes répartitions de registre et d’énergie.

Composée en 2004 pour l’Ensemble intercontemporain, Phigures fait date dans le cheminement artistique de Yann Robin, à au moins deux égards. D’une part, elle marque le début d’une rupture esthétique, qui se révélera un an plus tard, avec Chants contre champs. D’autre part, la création de l’œuvre fut l’occasion de la rencontre du compositeur avec le clarinettiste Alain Billard, soliste à l’Ensemble intercontemporain, rencontre qui donnera naissance à une amitié et une collaboration d’une grande richesse.

Jérémie Szpirglas, concert du 5 avril 2012, Centre Pompidou.