Karlheinz Stockhausen (1928-2007)

Schönheit (2006)

Klang, 6. Stunde, pour clarinette basse, flûte et trompette
[Beauté]

  • Informations générales
    • Date de composition : 2006
    • Durée : 30 minutes
    • Éditeur : Inédit
    • Cycle : Klang, sixième heure
Effectif détaillé
  • clarinette basse, flûte, trompette

Information sur la création

Note de programme

Tout est dans le sous-titre. Le projet de ce dernier cycle de Stockhausen comprenait vingt-quatre partitions de chambre (solos, duos, septuors ou électronique pure), chacune représentant une heure du jour.

Bien que moins monumental que son prédécesseur, Licht (1977-2004) – cycle qui comprend sept opéras, un par jour de la semaine, et dure près de trente heures – Klang, par sa forme et son projet, lui fait indéniablement pendant. Quand le premier mettait en avant la lumière (Licht), celle des étoiles et du soleil, le second se recentre sur l'univers invisible du son. Un son qui, pour Stockhausen, est avant tout intérieur : « une voix mystique venue de l'au-delà, qui accompagne la voix de la conscience, en allemand : die Stimme des Gewissens » (Stockhausen, 2006 a, 10).

Harmonien (cinquième heure), pour clarinette basse ou flûte ou trompette, est d’un léger vert bleuté. « Harmonien, écrivait Stockhausen en 2007, naît d’une succession de groupes mélodiques. À la fin de chaque groupe, toutes les hauteurs de note sont reprises très rapidement, sans rythme et distribuées dans tous les registres, afin que la mélodie produise un effet harmonique, comme une corde vibrante. » Dans sa version pour trompette, le musicien doit, entre les quatre notes introductives de la partition, déclamer « Lob sei Gott » – « Dieu soit loué ». Il est à noter que le mot « Harmonien » apparaît déjà dans Türin, dit par Stockhausen lui-même – de même que tous les titres des heures 6, 7, 8, 9, 10, 11 et 12 de Klang (donc toutes les heures de la matinée). Œuvre purement électronique, Türin a été réalisée en deux jours à peine pour accompagner l’enregistrement discographique de la quatrième heure (Himmels-Tür). Tous ces mots sont, selon Stockhausen, des « mots nobles » : Harmonien (harmonies), Schönheit (beauté), Balance (équilibre), Glück (félicité), Hoffnung (espoir), Glanz (gloire), Treue (fidélité), Erwachen (prise de conscience). Schönheit (beauté) vient donc illustrer la sixième heure. Sa couleur est le bleu turquoise et l’heure/œuvre est destinée à un trio composé d’une flûte, d’une clarinette basse et d’une trompette (on reconnaît au passage les trois instruments sur lesquels peuvent se jouer Harmonien).

Le trio Schönheit était en réalité destiné à clore la cinquième heure – qui était au départ composée des trois versions de Harmonien sur les trois instruments différents (flûte, clarinette basse, trompette), suivies de ce trio qui en reprend le matériau musical. Fin 2006-début 2007, le compositeur abandonna cette idée et décida de regrouper certaines heures en sous-cycle. Le trio prit donc sa place en sixième position et les heures/œuvres suivantes, titrées de ces fameux « mots nobles » , seront toutes des trios élaborés à partir du matériau initial exposé dans Harmonien. D’après le trompettiste Marco Blaauw, il s’agit là, « comme l’Art de la Fugue de Bach, d’une œuvre de synthèse qui exige de l’auditeur un effort intellectuel considérable ». Tout comme dans la version pour trompette de Harmonien, les trois musiciens doivent ponctuer les accords introductifs de cette sixième heure/œuvre par les mots « Lob sei Gott ».

Jérémie Szpirglas, programme du concert du 18 juin 2011, festival Agora.