Philippe Manoury (1952)

Douze moments (1998)

suite d'orchestre tirée de l'opéra 60e Parallèle, pour mezzo-soprano et orchestre de cent musiciens

  • Informations générales
    • Date de composition : 1998
    • Durée : 40 mn
    • Éditeur : Durand
    • Livret (détail, auteur) :

      Michel Deutsch

Effectif détaillé
  • soliste : mezzo-soprano solo
  • 4 flûte (aussi 2 flûte piccolo), 4 hautbois (aussi 1 cor anglais), 4 clarinette (aussi 1 clarinette basse), 4 basson (aussi 1 contrebasson), 8 cor, 4 trompette, 3 trombone, tuba, 4 percussionniste, mandoline, 2 harpe, piano, 16 violon, 14 violon II, 12 alto, 10 violoncelle, 8 contrebasse

Information sur la création

  • 18 September 1998, France, Strasbourg, festival Musica, par l'Orchestre de Paris.

Note de programme

Mon opéra 60ème parallèle est entièrement composé à partir des éléments du Prélude qui débute l'œuvre ce qui signifie qu'il constitue, d'un point de vue strictement musical, un immense développement de plus de 90 minutes de ce Prélude. L'essentiel du travail a constitué en une recomposition de certains passages orchestraux du fait de la supression des parties vocales et électroniques très importantes dans cet opéra.

Le sujet de l'opéra, brièvement racconté, est basé sur la poursuite d'un homme (qui se révelera être un criminel de guerre en fuite) par un autre. Tous les personnages sont des passagers bloqués par une tempête de neige dans un aéroport quelque part sur le 60ème parallèle.

J'ai extrait douze moments de cet opéra qui sont une sorte de récapitulation symphonique des principaux passages. En voici l'ordre :

Moment I : Prélude pour grand orchestre ou est exposé tout le matériel de l'œuvre dans un flot orchestral continu. Chacun des moments suivants sera un développement d'une partie de ce prélude.

Moment II : Wait. Musique d'attente basée sur la répétition obstinée d'une même note. Ce moment, ainsi que le précédent, existe sous une forme séparée sous le titre Prelude and Wait qui fût écrit et créé pour le Chicago Symphony Orchestra sous la direction de Pierre Boulez.

Moment III : Tempête. Interlude mouvementé développant le grand tutti central du Prélude II est enchaîné ici à une section orchestrale qui servait de base à un récitatif de deux personnages principaux dans l'opéra.

Moment IV : Choral. Principalement écrit pour les cuivres et les bois, il présente une texture harmonique extrêmement chargée à l'intérieur de laquelle va apparaître progressivement la Valse qui suit. Ce procédé, très souvent utilisé dans cet opéra, est une sorte de "fondu-enchaîné" ou de "mixage" orchestral d'une musique sur une autre.

Moment V : Valse. Cette valse qui naît du Choral précédent va subir diverses modifications. Un peu, comme sur un photo ou apparaît un premier plan net et un fond flou, la valse va sans cesse changer de "focus" jusqu'à une désintégration totale de ses éléments (anamorphoses). Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il n'y a aucune citations réelles dans cette valse même si les ombres de celles de Ravel, de Richard Strauss ou de certains ländlers de Mahler peuvent apparaître par instant.

Moment VI : Interlude Nuit. Il s'agit d'un grand Nocturne orchestral ou l'emploi d'un mandoline (instrument nocturne et amoureux par excellence) vient dialoguer avec une marche lente des cordes qui développent la trame harmonique du commencement du Prélude

Moment VII : Aria. C'est le seul passage de l'opéra ou la voix ne se situe pas dans le contexte d'un dialogue ou d'une conversation. Il s'agit d'une lente méditation sur l'amour, avoué secrètement pendant la nuit, d'une femme pour une autre femme . Cet aria se situe dans le prolongement de l'interlude Nuit qui en constitue, en quelque sorte l'introduction.

Moment VIII : Réminiscence. Il s'agit, en fait, de la fin du Nocturne, qui peu à peu va retrouver le climat tendu et oppressant du Prélude. Dans l'opéra, il s'agit de la trame orchestrale qui sous-tend un monologue dans lequel le personnage principal identifie l'homme, avec lequel il parlait depuis le début, comme un criminel de guerre.

Moment IX : Comptine. Dans l'opéra, une voix d'enfant, diffusée par 8 haut parleurs, chante un comptine. Cet élément a été réorchestré ici pour les besoins du concert.

Moment X : Accusation. L'air de l'accusation dans lequel le personnage principal énumère les crimes commis par le criminel de guerre est construit comme une marche implacable. Il s'agit ici d'une recomposition et d'une condensation des principaux éléments de cette marche.

Moment XI : Meurtre. Le meurtre final de 60° parallèle est, en fait, le symétrique d'un premier meurtre, entendu à l'orchestre mais qui n'est pas joué sur scène, et dont l'éclaircissement constitue la trame narrative principale de l'histoire. Il s'agit de la reprise, légèrement amplifiée, de la fin du Prélude.

Moment XII : Solitude. La fin de l'opéra ne dit pas si les passagers vont partir. Ils sont confinés dans une attente indéterminée et, chacun, renvoyés à leur propre solitude. On retrouve, dans cette ultime page, le souvenir conjugué de la toute fin du prélude et de Wait.

Philippe Manoury, Paris, le 28 Mars 1998.