Pierre Jodlowski (1971)

Barbarismes (Trilogie de l'an mil) (1999-2001)

pour ensemble et dispositif

œuvre électronique

  • Informations générales
    • Date de composition : 1999 - 2001
    • Durée : 30 mn
    • Éditeur : édition du compositeur
    • Commande: Ensemble intercontemporain, Comité de lecture IRCAM - E.I.C. 1999
Effectif détaillé
  • 2 flûtes, hautbois, 2 clarinettes, 2 trompettes, 2 trombones, tuba, 2 percussionnistes, violon, violoncelle

Information sur la création

  • Date : 4 May 1999
    Lieu :

    saison du GRAME


    Interprètes :

    l'Ensemble intercontemporain, direction : Jonathan Nott.

Information sur l'électronique
Dispositif électronique : dispositif électronique non spécifié

Note de programme

« Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. »
Michel de Montaigne.

Le titre de cette pièce a une double signification. Le barbarisme est une faute de vocabulaire, synonyme d’impropriété, ou toute forme de locution qui viole la règle. Mais les écrivains ont largement fait usage du barbarisme, par souci conscient et subversif de déroger justement à la règle… Par ailleurs, dans « barbarisme », il y a barbare ; ce mot désignait dans l’Antiquité tout ce qui n’était pas grec. Au Moyen-Âge, on entrait en guerre contre les « barbares » afin d’affirmer sa soi-disant suprématie. Plus généralement, on considère comme barbare ce qui n’a pas trait à notre propre culture, avec bien souvent une connotation péjorative.

Barbarismes, conçue comme une sorte d’imagerie médiévale, est divisée en trois grandes parties ; chacune d’entre elles est « consacrée » à un personnage charismatique du Moyen-Âge : « le Chevalier », « le Fou », « le Roi ». Il ne s’agit pas ici d’une musique à programme, mais certaines images, imprimées dans notre mémoire collective, sont devenues obsessionnelles et m’ont accompagné dans l’écriture de l’œuvre : « Il n’est ni chevalier ni baron qui de pitié ne pleure douloureusement. Ils pleurent leurs fils, leurs frères, leurs neveux et leurs amis et leurs seigneurs liges. Contre terre beaucoup s’évanouissent. » (La Chanson de Roland)

La pièce s’envisage alors comme une sorte de parcours, propre à chacun de ces personnages : le Chevalier, singulièrement violent, chocs de métal, étendues dévastées après les barbaries ; le Fou, après la nuit d’orage qui tente de faire entendre son chant à la Cour, sacrifié impuissant, métaphore de l’artiste ; le Roi enfin qui, au terme d’une vie de batailles, n’a d’autre recours qu’une profonde nostalgie.

Au final c’est bien de notre difficulté de vivre en cohérence avec le monde qu’il s’agit. Et face à la violence de notre temps, celle que je vis dans l’impuissance de l’action, cette musique constitue, à bien des égards, une réponse.


  1. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  2. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  3. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

  4. Il nous semble important de faire une distinction entre le Réalisateur en Informatique Musicale (RIM) qui contribue à la confection de la partie électronique d’une œuvre et le Musicien en charge de l’Électronique Live (MEL) qui n’a pas nécessairement participé à l’élaboration de cette partie électronique mais qui doit s’assurer de sa mise à jour et de son bon fonctionnement lors d’une performance (lire à ce sujet Plessas et Boutard, 2015). 

  5. Par convention, l’harmonique 1 (fréquence f0) correspond à la fondamentale du spectre. Pour un spectre harmonique, la fréquence de chaque composante spectrale vérifie la relation suivante: fn = n x f0. 

  6. Grisey a commis une erreur au niveau du premier intervalle: l’écart entre la fondamentale (mi0) et le second harmonique (mi1) est une octave, soit 24 quarts de ton et non 22 comme il est indiqué. 

  7. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  8. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

  9. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  10. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

Pierre Jodlowski.