Luca Francesconi (1956)

Let me bleed (2001)

pour chœur mixte

  • Informations générales
    • Date de composition : 2001
    • Durée : 22 mn
    • Éditeur : Ricordi, Milan
    • Livret (détail, auteur) :

      Attilio Bertolucci, Luca Francesconi

Effectif détaillé
  • chœur mixte(9 soprano, 9 contralto, 9 ténor, 9 basse [nombre minimun de chanteurs])

Information sur la création

  • 18 September 2004, France, Royaumont, Abbaye, par le New London Chamber Choir, direction : James Wood.

Note de programme

« Let me dwell, let me die, lasciatemi morire. »

L’acte pathétique de s’abandonner à la mort parcourt des siècles de musique vocale et notamment entre les XIIIe et XVIIe siècles. J’ai toujours associé ce sentiment à la profonde et déconcertante perception de la fragilité humaine confrontée à l’immensité de l’espace et du temps.

Inadéquation du « particulier », affaiblissement de la présence face à l’« universel ». Faisant face avec une grande souffrance, l’individu se rend soudain et se laisse couler presque voluptueusement dans le flot du temps impersonnel. « Let it bleed », pensai-je, et une vieille chanson des Rolling Stones resurgit d’un coin poussiéreux de mon cerveau.

« Let me bleed », ai-je répondu, pensant à Monteverdi. Puis par hasard, je le jure, j’ouvre une anthologie de poètes italiens contemporains, et vois cette phrase d’Attilio Bertolucci : « Lasciami sanguinare » (Laissez-moi saigner).

J’allume ma télévision : violence, répression, sang, l’image d’un garçon se vidant de son sang sur l’asphalte. Gênes, 20 juillet 2001. Les carabiniers ont tué un jeune garçon de vingt-trois ans, Carlo Giuliani. Une répression sauvage, effrayant, fasciste a détruit en quelques heures le lien fragile unissant l’individu et l’État. L’Histoire se construit une fois de plus par une collision entre le destin d’un seul être humain et l’éternel flot du temps ; mais également contre l’arrogance du pouvoir. Cette collision génère tragédie, conflit, défaite et soumission du faible.

Carlo a essayé de résister à cet amalgame. Il ne savait pas comment, mais il refusait de devenir un robot global, acceptant silencieusement les normes et les modèles imposés de l’extérieur. Il pensait aussi qu’il pouvait y avoir un autre monde. Les cyniques lui ont ri au nez. La police, ce gouvernement, l’a tué.

J’ai encore lu ce poème : j’étais stupéfait. Soudainement, il a pris une plus grande signification à travers cette tragédie. Bertolucci l’a écrit quand il avait vingt-trois ans, comme Carlo. La pièce que j’ai écrite est comme un Requiem pour Carlo Giuliani, mort pour avoir tenté de rester vivant.

Luca Francesconi.