Philippe Manoury (1952)

Fragments d'Héraclite (2003)

pour chœur de chambre a cappella

  • Informations générales
    • Date de composition : 2003
    • Durée : 20 mn
    • Éditeur : Durand, nº 5641 (S)
    • Commande: Scène nationale d'Orléans
    • Livret (détail, auteur) :

      textes d'Héraclite traduits en français

Effectif détaillé
  • chœur mixte

Information sur la création

  • 17 February 2003, France, Orléans, Scène Nationale, par le chœur Accentus, direction : Laurence Equilbey.

Note de programme

Les Fragments d’Héraclite ont été composés au cours du mois de décembre 2002. Il s’agit de ma seconde collaboration avec le chœur Accentus après Slova.

J’ai effectué, tout d’abord, un choix parmi les 136 fragments connus de ce philosophe grec suivant un regroupement en cycles thématiques. Un philosophe professionnel pourra me reprocher parfois le choix d’une traduction plutôt que d’une autre. Je répondrai que c’est surtout la rythmique musicale de la phrase ainsi que sa puissance évocatrice qui ont retenu mon attention dans ce choix. Trois thématiques sont présente chacune d’elle présentant une opposition entre deux idées principales : le feu et le fleuve, la guerre et l’unité, la mort et le sommeil. Chaque thématique constitue un cycle regroupant 9 fragments, le tout précédé d’un Prologue et conclut par un Épilogue qui n’utilisent, pour chacun d’eux, qu’un seul fragment.

L’écriture musicale développe une technique de triple chœur : le chœur I étant placé au centre, les chœurs II et III aux extrêmes. Chaque chœur est constitué d’un ensemble mixte d’environ 12 chanteurs. Certains chanteurs sont munis d’instruments à percussion de nature indéterminée, qui parfois scanderont les syllabes chantées, parfois provoqueront des déflagrations sonores. Le but recherché est de créer une matière sonore hétéroclite qui n’agit pas en prolongement des voix mais plutôt comme une sorte « d’archaïsme ».

Cet archaïsme ne se veut pourtant pas folklorique. Il ne s’agit pas de créer une Antiquité sonore imaginaire ni une musique « sans âge ». Ces textes portent l’écho de certains fondements de notre civilisation, et par là même, restent étonnements modernes à nos oreilles. Ces fondements sont transsubstantiés dans les composants sonores qui forment les mots, ici en traduction française (je ne pense pas que l’on sache exactement comment ils étaient prononcés dans leur langue originelle). Ainsi, un même texte est décomposé en différents niveaux superposés, désynchronisant puis re-synchronisant les consonnes et les voyelles, avant d’être énoncé dans une forme compréhensible. Très souvent, les fragments émergent de leur propre matériau phonétique. Les textures sont souvent composées dans une forme polyphonique mêlant différentes couches du même matériau. L’aspect « fragmentaire » de ces textes (il s’agit probablement de fragments d’un livre disparu) ainsi que le choix que j’ai opéré, ont influencé mon travail dans un découpage qui n’offre pas toujours des solutions de continuité. Chaque fragment est composé comme étant centré sur lui-même, sans préparation ni développement. J’ai également tenté de régler avec soin la spatialisation des événements sonores ainsi que leur répartition dans chacun des trois groupes vocaux.

Philippe Manoury.