Fausto Romitelli (1963-2004)

Professor Bad Trip: Lesson III (2000)

pour dix instrumentistes

  • Informations générales
    • Date de composition : 2000
    • Durée : 15 mn
    • Éditeur : Ricordi, Milan, nº 138674
    • Commande: Ensemble ICTUS
Effectif détaillé
  • flûte (aussi flûte basse), clarinette (aussi clarinette basse), trompette [en ut] , percussionniste, guitare électrique, basse électrique, clavier électronique/MIDI/synthétiseur (aussi piano), violon, alto, violoncelle

Information sur la création

  • Date : 3 October 2000
    Lieu :

    France, Strasbourg, festival Musica, Auditorium FR3 Alsace


    Interprètes :

    l'ensemble Ictus, direction : Georges-Elis Octors.

Note de programme

« Répétition des petits chocs d’une longue sensation ainsi décomposée.
Répétition de toute sorte à peine reconnaissable. Répétition à n’en pas finir,
dont on n’a pas besoin et qui ébranle la tête. Répétition de métronome enragé.
Répétition augmentant encore l’accentuation déjà existante.
Accentuation qui insiste, qui insiste, qui insiste, qui despotiquement insiste,
qui revient, qui ne lâche pas, qui augmente la présence, qui hallucine,
qui invite à la foi, qui est déjà la foi, une foi à la frappe incessante.
Accentuation des présences, des impressions de présences, des
évocations de présences. Il faut constamment se dérober à la foi
(à toutes sortes de « foi »), se détacher de la foi, lorsqu’elle vous a surpris, malgré vous.
Foi de tous côtés contre laquelle, quoique prémuni, on ne peut faire face à temps. »

L’infini turbulent, Henri Michaux

Professor Bad Trip est une trilogie inspirée par les écrits d’Henri Michaux dédiés à l’exploration des drogues hallucinogènes, la mescaline en particulier. J’ai trouvé des analogies entre les troubles de la perception hallucinée dans l’écriture de Michaux et les processus développés dans mon écriture musicale.
Dans Professor Bad Trip, les images sonores sont agitées par un séisme incessant, remuées par des houles d’ampleur différente, selon différents rythmes de torsion, d’ondulation ; les contours des images se meuvent comme des vagues, dans une texture de lignes oscillantes, se déforment, se reforment, se contractent, s’étalent dans un mouvement vibratoire-ondulatoire continu, dans la multiplicité, les chevauchements, la superposition des périodes et des cycles.
 

« Toute drogue modifie vos appuis. L’appui que vous preniez sur vos sens,
l’appui que vos sens prenaient sur le monde, l’appui que vous preniez sur votre
impression générale d’être. Ils cèdent. Une vaste redistribution de la sensibilité se fait,
qui rend tout bizarre, une continuelle redistribution complexe de la sensibilité.
Vous sentez moins ici, et davantage là. Où « ici » et « là » ? Dans des dizaines d’« ici »,
dans des dizaines de « là », que vous ne connaissiez pas, que vous ne reconnaissez pas. »

Connaissance par les gouffres, Henri Michaux

 


  1. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  2. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

  3. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  4. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  5. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

  6. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  7. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

  8. Il nous semble important de faire une distinction entre le Réalisateur en Informatique Musicale (RIM) qui contribue à la confection de la partie électronique d’une œuvre et le Musicien en charge de l’Électronique Live (MEL) qui n’a pas nécessairement participé à l’élaboration de cette partie électronique mais qui doit s’assurer de sa mise à jour et de son bon fonctionnement lors d’une performance (lire à ce sujet Plessas et Boutard, 2015). 

  9. Par convention, l’harmonique 1 (fréquence f0) correspond à la fondamentale du spectre. Pour un spectre harmonique, la fréquence de chaque composante spectrale vérifie la relation suivante: fn = n x f0. 

  10. Grisey a commis une erreur au niveau du premier intervalle: l’écart entre la fondamentale (mi0) et le second harmonique (mi1) est une octave, soit 24 quarts de ton et non 22 comme il est indiqué. 

Fausto Romitelli, note de programme du concert du 10 septembre 2020 au T2G - Théâtre de Gennevilliers.