Fabien Lévy (1968)

Soliloque sur [X, X, X et X] (2002)

commentaire par un ordinateur d'un concert mal compris de lui

œuvre électronique

  • Informations générales
    • Date de composition : 2002
    • Durée : 15 mn
    • Éditeur : pas d'éditeur
    • Dédicace : à Ingrid Beirer, Folkmar Heim et Thomas Seelig

Information sur la création

  • 5 July 2002, Allemagne, Berlin, festival Inventionen.

Information sur l'électronique
RIM (réalisateur(s) en informatique musicale) : Thomas Seelig
Dispositif électronique : sons fixés sur support

Note de programme

Composer un mini-compositeur. SOLILOQUE sur [X, X, X et X] n'est pas à proprement parler une œuvre, mais plutôt une méta-partition que l'ordinateur génère en temps réel à partir de l'analyse et d'extraits des autres pièces du concert. Ceci signifie qu'à chaque concert, l'œuvre engendrée est différente, non seulement parce que le matériau constituant cette mosaïque est fait du souvenir des sonorités des autres pièces, mais aussi parce que l'organisation de cette mosaïque est elle-même transformée en fonction de l'analyse des échantillons.

Il ne s'agit pas ici que l'on cite et que l'on reconnaisse les autres pièces du concert (les extraits utilisés, qui ne dépassent pas vingt secondes, sont constitués d'un accord ici, d'un signal instrumental là, d'une formule courte que l'on peut à la rigueur reconnaître). Il s'agit plutôt de garder l'esprit et la couleur de ces extraits, d'en tirer par l'analyse une partition, puis de les utiliser de façon détournée comme « instruments » jouant l’œuvre. Il ne s'agit pas non plus d'engendrer à chaque fois une pièce différente. Le langage reste le même, le mien, sans aléatoire, et la partition est plutôt « interpretée » par le contexte des autres pièces. En d’autres termes, ce n’est pas tant ici l’ordinateur qui interprète un concert, mais le concert qui interprète une œuvre.

Ce projet d'une méta-œuvre dépendant du contexte m'a permis de développer plus avant et de façon abstraite les techniques de composition que j'utilisais auparavant dans mes œuvres instrumentales, issues non d'une grammatologie abstraite sur le signe, mais de la réalité du phénomène sonore. En effet, ces techniques n'opèrent pas sur les paramètres classiques de rythme, de hauteur, et de nuances, issus de notre façon d'écrire la musique en Occident, mais sur des paramètres acoustiques et électroacoustiques du son : ici, il s'agit d'élaborer des techniques de composition non pas sur des hauteurs mais sur des objets sonores, non pas sur des rythmes mais sur des positions de lecture et de durée, non pas sur des intervalles mais sur des vitesses de lecture, non pas sur des nuances mais sur des intensités, des filtrages, et des espaces.

Ce projet de méta-partition contextuelle a été entièrement programmé sur le logiciel Super Collider, avec les possibilités et les contraintes que propose cet « instrument », et avec l'aide précieuse de Thomas Seelig, assistant musical, Frédéric Roskam, pour le portage difficile de OS9 à OSX, et de Thomas Noll, pour le calcul mathématique des canons de Vuza.


Is it possible to compose a mini-composer ? SOLILOQUE about [X, X, X et X] (the X's are to be replaced by the first names of the composers of the other works which are used as samples, for example Soliloque about Pierre, Wolfgang and Williams) is not an actual work, but more a meta-score that the computer generates in real-time from the analysis and extracts of other pieces played during the concert. This means that the generated work is different for every concert, not only because the materials constituting this mosaic originate from the sonorities retained from other pieces, but also because the organization of the mosaic is itself transformed according to the analysis of the samples.

The goal here is not for the listener to recognize extracts replicated from other works of the concert (the extracts, which are no longer than twenty seconds, are generated from a chord here, a signal there, etc..). It is rather to keep the spirit and the color of those extracts in order to generate a "score", and then to use them as "instruments" to interpret this score. The goal of this project is also to generate a slightly different piece for each performance (or more precisely, a different interpretation of the same piece). Indeed, the style of the composition remains the same, my own, without any randomness. In other words, it is not the computer that interprets the concert, but the concert that interprets the work, Soliloque.

This project of a meta-work depending on the context has allowed me to further develop and abstract some compositional techniques that I was using in my instrumental music. These techniques are however transposed here upon the sonorous phenomenon. Indeed, those techniques operate more on acoustical and psycho-acoustical parameters of sound than on traditional parameters like rhythm, tone, or dynamics. Here, the techniques are elaborated not on tones but on sound objects, not on rhythm but on position of reading and on duration, not on intervals but on the speed of reading, not on nuances but on intensity, filtering and spaces.

I wrote this contextual meta-score entirely with the software SuperCollider, within the possibilities and constraints that this "instrument" proposes, and with the precious help of Thomas Seelig, musical assistant, Frederic Roskam for the complex porting on OSX, and of Thomas Noll for the mathematical calculation of the 'Vuza canons'.

Fabien Levy, programme du festival Inventionen 2002.