Toshio Hosokawa (1955)

Silent Flowers (1998)

pour quatuor à cordes
[Fleurs silencieuses]

  • Informations générales
    • Date de composition : 1998
    • Durée : 15 mn
    • Éditeur : Schott
    • Cycle : Le temps des fleurs
    • Commande: Festival de Donaueschingen
    • Dédicace : au Quatuor Arditti
Effectif détaillé
  • violon, violon II, alto, violoncelle

Information sur la création

  • Date : 17 October 1998
    Lieu :

    Allemagne, festival de Donaueschingen


    Interprètes :

    le quatuor Arditti.

Observations

Écouter l'enregistrement du concert Agora du 15 juin 2004 à l'Ircam : https://medias.ircam.fr/x3fe276_silent-flowers-toshio-hosokawa 


  1. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  2. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

  3. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  4. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

Note de programme

Dédiée au Quatuor Arditti, cette œuvre est mon troisième quatuor à cordes.
Le titre, Silent Flowers, est inspiré de deux arts japonais traditionnels: l'ikebana et le nô. L'art floral de l'ikebana consiste à réaliser des montages floraux qui serviront dans la décoration des intérieurs japonais. Coupées juste après leur éclosion, les fleurs expriment une mort cachée, elles meurent avec le flux du temps. Là où les arts occidentaux ont tenté de créer une intériorité qui fait oublier le temps, les fleurs de l'ikebana sont l'expression même de la beauté et de son déclin, de la tristesse éprouvée face à la brièveté de la vie, de la délicatesse et de la beauté de la floraison…

C'est l'éclosion de la beauté avant le retour au néant… De la même manière, les sons surgissent du néant avant d'y retourner. J'ai dès lors tenté d'exprimer la beauté du son nouveau-né et de sa très courte vie. La musique doit pouvoir rendre ce passage éphémère des sons et non pas être une construction destinée à résister au temps ou à le contrer. C'est un article du philosophe japonais Keiji Nishitani sur l'ikebana qui m'a donné idée. Ma deuxième source d'inspiration a été l'un des traités que Zeami, le créateur du genre, a consacrés au théâtre nô, Kadenshô. Le plus beau compliment que l'on puisse faire à un acteur du nô est de lui dire que son jeu est pareil à une fleur. Zeami a donné des noms de fleurs aux acteurs, correspondant à différents stades de maîtrise de l'art du nô. Dans cette forme de théâtre, chaque son vertical découpe le temps comme par un mouvement de l'esprit, une énergie. Ici, le silence est primordial; les sons jaillissent du silence comme des fleurs de la terre du printemps. Ce sont des fleurs qui éclosent dans l'obscurité, dans le néant.

Si Silent Flowers est inspirée de ces arts traditionnels japonais et des réflexions sur le temps et l'espace dont ils sont nourris, cette pièce doit aussi beaucoup aux Six Bagatelles d'Anton Webern et aux Fragmente-Stille, an Diotima de Luigi Nono. Non pas que j'aie voulu mettre en évidence telle ou telle différence entre la musique occidentale et asiatique. Non, ce que j'ai tenté de faire, c'est de montrer les points communs que l'on ne trouve pas dans les racines de ces formes d'arts. Car j'entends les sons de Webern ou de Nono comme des fleurs qui éclosent d'un lit de silence… Ma musique est calligraphiée sur le néant du temps et de l'espace. Chaque son est un trait ou un point peint sur le papier du silence. Les blancs y sont aussi importants que ces traits et que ces points.

Je précise enfin que cette œuvre est une modulation artistique sur la pièce de théâtre nô intitulée Jo-Ha-Kyu.


  1. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  2. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

  3. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  4. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

Toshio Hosokawa.