Iannis Xenakis (1922-2001)

Thalleïn (1984)

pour quatorze musiciens

  • Informations générales
    • Date de composition : 1984
    • Durée : 17 mn
    • Éditeur : Salabert, Paris
    • Commande: London Sinfonietta
    • Dédicace : à Michaël Vyner
Effectif détaillé
  • flûte (aussi flûte piccolo), hautbois, clarinette, basson, cor, trompette (aussi trompette piccolo), trombone, percussionniste, harpe, piano, violon, violon II, alto, violoncelle, contrebasse

Information sur la création

  • 14 February 1984, Royaume-Uni, Londres, par le London Sinfonietta, direction : Elgar Howarth.

Note de programme

Le titre grec de la pièce signifie « bourgeonner » et fait référence à un phénomène naturel : la croissance, l'éclosion lente d'une vie organique.

Un petit orchestre (14 instrumentistes) réunit toutes les possibilités sonores d'un grand orchestre en évitant les effets de fusion : chaque instrument ne s'y trouve qu'une seule fois (4 bois, 3 cuivres, un riche éventail de percussions [un intrumentiste], piano et quintette à cordes). Les instruments sont censés éviter tout vibrato ; pour le compositeur, cette exigeance prend l'allure d'une profession de foi : « le vibrato est proscrit ! » déclare-t-il sur la première page de la partition. L'aspect humain ou tout simplement vital du souffle se trouve ainsi supprimé en faveur d'un débit sonore plus anonyme.

Le mouvement que l'auditeur sent émaner de cette pièce ressemble à la fois au changement lent des plantes avec ses transitions presque imperceptibles et aux secousses violentes qui rappellent des phénomènes comme le vent ou les séismes et non pas des mouvements d'origine volontaire. Très souvent, les instruments décrivent des glissandi aux contours imprécis ; l'utilisation des quarts de ton est un moyen supplémentaire de supprimer toute référence à un univers de douze sons identifiables. Même les « accords » et les clusters sont disposés de telle manière qu'ils ne se constituent pas en points de repère, mais disparaissent derrière un voile de trémolos...

Les instruments à cordes, qui traditionnellement passent pour être les plus « humains », sont soumis à un régime rythmique extrêmement compliqué qui donne l'effet d'une froideur discrète et d'une virtuosité presque machinale. Thalleïn bourgeonne sans métrique et sans figures rythmiques reconnaissables. Une lente pulsation (une noire=54) se dégage de la battue du chef qui indique aux instrumentistes les points de repère ou, si l'on veut, le plus petit dénominateur temporel commun.

La philosophie de cette pièce se caractérise par une exclusion de tout geste de rhétorique musicale. Cette musique ne veut pas nous persuader, peut-être même pas nous parler. Située au-delà de la chaleur du monde humain, elle ne se réclame pourtant pas du surhumain. La pureté de son style appelle à une purification de l'esprit. Le sens que nous cherchons ne se trouvera pas dans ce que nous croyons déjà avoir compris.

Klaus Stichweh.