Edgard Varèse (1883-1965)

Ionisation (1929)

pour 13 percussionnistes

  • Informations générales
    • Date de composition : 1929
    • Durée : 06 mn 30 s
    • Éditeur : Ricordi, publication posthume, 1967
    • Dédicace : à Nicolas Slonimsky
Effectif détaillé
  • 13 percussionnistes

Information sur la création

  • Date : 6 March 1933
    Lieu :

    New York, Carnegie Hall


    Interprètes :

    Nicolas Slonimsky, direction.

Note de programme

La partition de Ionisation est écrite pour des instruments à intonations indéterminées (percussion) ou à intonations variables (deux sirènes) et sa fonction première semble vouloir démontrer la variété et la richesse extraordinaire de rythmes et de timbres qu'il est possible d'obtenir d'un tel ensemble. Le mot « Ionisation » signifie la dissociation des électrons du noyau de l'atome et leur transformation en ions. Ici une immense force opère au-dedans d'un espace infinitésimal. Dans ce qui paraît être l'interprétation musicale chez Varèse de ce phénomène, l'extraordinaire précision de manipulation de ces éléments est combinée avec un judicieux discernement dans le dynamisme.

Quoique l'instrumentation soit limitée par des instruments à l'intonation indéfinie, cet agencement n'exclut pas la mélodie, le contrepoint et l'harmonie. Des lignes mélodiques d'une expression concise sont obtenues par des groupes d'instruments, par exemple par trois blocs chinois de grandeurs différentes, ou par deux enclumes. Des contrepoints très complexes résultent de la combinaison en contraste de continuités linéaires. Des structures harmoniques sont construites par la superposition d'instruments d'étendues aiguës, moyennes et graves.

La variété des timbres est produite par les groupements sélectifs d'instruments à membranes réverbérantes (tambours d'espèces et de calibres différents, grosses caisses), instruments de résonance, ligneuse (blocs chinois, claves), instruments à friction (guiros, tambour à corde), sonorités métalliques (triangle, cymbales, enclumes graves, cloches tubulaires, glockenspiel), ainsi que par des instruments qu'on agite, qu'on secoue (tambours de basque, maracas). Les sirènes, une grave, une aiguë, contribuent à des effets de glissando, ou mieux, comme l'exprime le compositeur, engendrent des paraboles de son. Les « tone clusters », agrégats de sons dans le registre grave du piano, comprenant une étendue chromatique de deux octaves et demie, se résolvent en une agglomération qui pourrait être classifiée en sonorité de cloche.


  1. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  2. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  3. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

  4. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  5. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

  6. Il nous semble important de faire une distinction entre le Réalisateur en Informatique Musicale (RIM) qui contribue à la confection de la partie électronique d’une œuvre et le Musicien en charge de l’Électronique Live (MEL) qui n’a pas nécessairement participé à l’élaboration de cette partie électronique mais qui doit s’assurer de sa mise à jour et de son bon fonctionnement lors d’une performance (lire à ce sujet Plessas et Boutard, 2015). 

  7. Par convention, l’harmonique 1 (fréquence f0) correspond à la fondamentale du spectre. Pour un spectre harmonique, la fréquence de chaque composante spectrale vérifie la relation suivante: fn = n x f0. 

  8. Grisey a commis une erreur au niveau du premier intervalle: l’écart entre la fondamentale (mi0) et le second harmonique (mi1) est une octave, soit 24 quarts de ton et non 22 comme il est indiqué. 

  9. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  10. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

Nicolas Slonimsky, programme du concert du 21 juin 1982 au Centre Georges Pompidou