Edgard Varèse (1883-1965)

Intégrales (1923-1925)

pour 11 instruments à vent et 4 percussionnistes

  • Informations générales
    • Date de composition : 1923 - 1925
    • Durée : 10 mn
    • Éditeur : Ricordi, édition de Chou Wen-chung, 1980
    • Dédicace : A Mrs Juliana Force
Effectif détaillé
  • 2 flûtes piccolos, 1 hautbois, 1 petite clarinette, 1 clarinette, 1 cor, 2 trompettes [une en ré, une en ut] , 1 trombone, 1 trombone basse, 1 trombone contrebasse, 4 percussionnistes

Information sur la création

  • Date : 1 March 1925
    Lieu :

    New York, Aeolian Hall


    Interprètes :

    Leopold Stokowski : direction.

Note de programme

Intégrales, archétype du style de Varèse, utilise le dispositif d'un petit orchestre (deux piccolos, deux clarinettes, hautbois, cor, deux trompettes, trois trombones) et dix-sept instruments à percussion en quatre groupes (I. cymbale suspendue et trois tambours ; II.castagnettes, cymbales, blocs chinois ; III. cloches, chaînes, tambourin, gongs, tam-tam ; IV. triangle, cymbale, tambour, fouets). L'exploration réfléchie de l'univers sonore des percussions et leurs alliages avec les blocs verticaux des instruments à vent couvrant une étendue énorme grâce à l'utilisation des instruments très graves et très aigus, engendrent des résultats comparables, à ceux qu'on obtint plus tard dans les studios de musique électro-acoustique.

« Les Intégrales furent conçues pour une projection spatiale. Je les construisis pour certains moyens acoustiques qui n'existaient pas encore, mais qui, je le savais, pouvaient être réalisés et seraient utilisés tôt ou tard... Tandis que dans notre système musical nous répartissons des quantités dont les valeurs sont fixes, dans la réalisation que je souhaitais les valeurs auraient continuellement changé en relation avec une constante. En d'autres termes, ç'aurait été comme une série de variations où les changements auraient résulté de légères altérations de la forme d'une fonction ou de la transposition d'une fonction à l'autre.

Pour mieux me faire comprendre, car l'œil est plus rapide et plus discipliné que l'oreille, transférons cette conception dans le domaine visuel et regardons la projection changeante d'une figure géométrique sur un plan, avec la figure et le plan qui tous deux se meuvent dans l'espace, mais chacun avec ses propres vitesses, changeantes et variées, de translation et de rotation. La forme instantanée de la projection est déterminée par l'orientation relative entre la figure et le plan à ce moment. Mais en permettant à la figure et au plan d'avoir leurs propres mouvements, on est capable de présenter avec la projection une image hautement complexe et apparemment imprévisible. De plus, ces qualités peuvent être augmentées ultérieurement en laissant la forme de la figure géométrique varier aussi bien que ses vitesses... Par projection j'entends la sensation qui nous est donnée par certains blocs de sons, je pourrais dire « rayons de son » si proche est cette sensation de celle produite par les rayons de lumière qu'émettrait une puissante torche d'exploration. Pour l'oreille comme pour l'œil, ce phénomène donne un sentiment de prolongation, de voyage dans l'espace. »


  1. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  2. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

  3. Il nous semble important de faire une distinction entre le Réalisateur en Informatique Musicale (RIM) qui contribue à la confection de la partie électronique d’une œuvre et le Musicien en charge de l’Électronique Live (MEL) qui n’a pas nécessairement participé à l’élaboration de cette partie électronique mais qui doit s’assurer de sa mise à jour et de son bon fonctionnement lors d’une performance (lire à ce sujet Plessas et Boutard, 2015). 

  4. Par convention, l’harmonique 1 (fréquence f0) correspond à la fondamentale du spectre. Pour un spectre harmonique, la fréquence de chaque composante spectrale vérifie la relation suivante: fn = n x f0. 

  5. Grisey a commis une erreur au niveau du premier intervalle: l’écart entre la fondamentale (mi0) et le second harmonique (mi1) est une octave, soit 24 quarts de ton et non 22 comme il est indiqué. 

  6. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  7. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  8. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

  9. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  10. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

Edgard Varèse, programme du concert de l'Ensemble Intercontemporain au Théâtre d'Orsay