Igor Stravinsky (1882-1971)

Symphonies d'instruments à vent (1920)

pour vingt-quatre instrumentistes

  • Informations générales
    • Date de composition : 1920 - 20 nov 1920
      Dates de révision : 1945 - 1947
    • Durée : 10 minutes
    • Éditeur : Boosey & Hawkes, édition de la version de 1947 (versions précédentes inédites), 1952
    • Commande: La Revue Musicale, pour un numéro en hommage à Claude Debussy
    • Dédicace : à la mémoire de Claude Debussy
Effectif détaillé
  • 3 flûte, 2 hautbois, cor anglais, 3 clarinette, 3 basson (aussi 1 contrebasson), 4 cor, 3 trompette, 3 trombone, tuba

Information sur la création

  • 10 June 1921, Royaume-Uni, Londres, par Serge Koussevitzky : direction.

Titres des parties

 

Note de programme

Composées à Carantec et Garches pendant l'été et achevées le 20 novembre 1920 ; dédiées « à la mémoire de Claude Debussy » ; création : 10 juin 1921, Londres, direction Serge Koussevitzky.

C'est la seconde œuvre dédiée à Debussy, la première, Le roi des étoiles (1911-1912) le fut de son vivant. Les Symphonies sont dédiées à sa mémoire, le prétexte étant une commande de la Revue Musicale pour un numéro spécial de décembre 1920 intitulé « Le Tombeau de Claude Debussy » et auquel plusieurs compositeurs apportèrent leur tribut. Le choral final parut ainsi en réduction. « En composant mes Symphonies, je pensai naturellement à celui à qui je voulais les dédier. Je me demandai quelle impression ma musique lui aurait faite, quelles auraient été ses réactions. Et j'avais le sentiment net que mon language musical l'aurait peut-être déconcerté... Mais cette supposition, je dirais même cette certitude que ma musique ne l'aurait pas atteint, était loin de me décourager. Dans ma pensée, l'hommage que je destinai à la mémoire du grand musicien que j'admirais ne devait en rien être inspiré par la nature même de ses idées musicales ; je tenais au contraire à l'exprimer dans un langage qui fut essentiellement le mien... Je ne comptais pas et je ne pouvais compter sur un succès immédiat de cette œuvre. Elle ne contient pas de ces éléments qui agissent infailliblement sur l'auditeur moyen ou auxquels il est accoutumé. On y chercherait en vain un élément passionnel ou l'éclat dynamique. C'est une cérémonie austère qui se déroule en de courtes litanies entre différentes familles homogènes. Je prévoyais bien que des cantilènes de clarinettes et de flûtes reprenant fréquemment leur dialogue liturgique et les psalmodiant tout doucement n'étaient pas un attrait suffisant pour le public qui, encore tout récemment, venait de me manifester son enthousiasme pour le « révolutionnaire » Le Sacre du Printemps »...(I.S.).

Cette œuvre en un seul mouvement n'est pas une symphonie au sens classique du terme ; elle en est une à son sens étymologique. Elle ouvre une période de prédilection pour les instruments à vent (Octuor, 1922, Concerto pour piano, 1923). Elle s'inscrit à la fin de la période russe et à l'aube de la période néoclassique.

Programme du Festival d'Automne à Paris, 1980.


Chez Stravinski, dans Les Noces comme dans les  Symphonies d’instruments à vent, il y a succession de différentes vitesses, polarisation successive sur des pulsations définies les unes par rapportaux autres. La phrase se développe au moyen d’une technique où prédomine la répétition des figures mélodiques, absolument inchangées, ou subissant des variations ornementales minimes, ancrées solidement – s’il y a variation – dans des clausules initiales et terminales immobiles. On pourrait dire que la conception du développement mélodique chez Stravinski est basée sur la psalmodie, la litanie, où la déviation est infime par rapport au modèle original, mais où interviennent l’allongement, le rétrécissement, le déplacement d’accents ; ce développement agit,trouve sa force profonde dans l’accumulation. C’est l’accumulation de figures semblables, légèrement variées dans leur présentation, qui constitue l’essence même du développement.

Pierre Boulez.