Giacinto Scelsi (1905-1988)

Yamaon (1954-1958)

Yamaon prophétise au peuple la conquête et la destruction de la ville d'Ur, pour voix de basse et cinq instrumentistes

  • Informations générales
    • Date de composition : 1954 - 1958
    • Durée : 10 mn
    • Éditeur : Salabert
Effectif détaillé
  • soliste : 1 basse solo
  • 1 saxophone alto, 1 saxophone baryton, 1 contrebasson, 1 contrebasse, 1 percussionniste

Information sur la création

  • 20 September 1988, France, Strasbourg, festival Musica, par Nicholas Isherwood : basse, Nouvel ensemble Italien, direction : Aldo Brizzi.

Note de programme

Comte d’Ayala Valva (La Spezia, 1905-Rome, 1988), Giacinto Scelsi a fait figure de sage au sens où Diderot disait dans De la poésie dramatique qu’« un sage était autrefois un philosophe, un poète, un musicien ». Imaginant une musique fondée sur la potentialité du « son unique », cet artiste atypique a été à l’origine de la « musique spectrale » (dans les années 1970-1980). Parmi un catalogue de plus de 150 opus, la musique avec voix n’est pas étrangère à Scelsi qui était hautement préoccupé par la méditation mystique et la quête d’une « religion flottante ». Yamaon (1954-1958) pour voix de basse, saxophones, contrebasson, contrebasse et percussion met en scène durant trois mouvements un personnage (Yamaon) qui « prophétise au peuple la conquête et la destruction de la ville d’Ur » (cité mésopotamienne de l’Antiquité). La création a eu lieu à Strasbourg, trente ans après la composition, l’année même de la mort du compositeur. À l’instar d’Ecuatorial (1934) d’Edgard Varèse, Yamaon utilise une palette de voyelles, de consonnes et de syllabes privées de contexte sémantique. Renforcés par la couleur sombre et le ton péremptoire de la voix masculine, l’impact des accents de la langue inventée et leurs diverses résonances corollaires prennent alors valeur d’expression à la fois cathartique et laudative, les instruments graves renvoyant comme une ombre le caractère hétérogène de l’énergie du discours lyrico-prophétique. Énigmatiques, les phonèmes semblent provenir de quelque bréviaire disparu depuis des lustres. Ainsi, par l’emploi de signes oraux utilisés a priori pour leur stricte coloration sonore et pour leur expressivité propre, Scelsi se situe dans le droit fil de l’esprit des Véda (les légendaires prières védiques véhiculant des textes sacrés, issues d’une expression religieuse pré-hindouiste).

Pierre-Albert Castanet.