Wolfgang Rihm (1952)

Tutuguri VI (Kreuze) (1981)

musique d'après Antonin Artaud, pour six percussionnistes

  • Informations générales
    • Date de composition : 1981
    • Durée : 35 mn
    • Éditeur : Universal Edition, nº UE 32362
Effectif détaillé
  • 6 percussionniste

Information sur la création

  • 20 September 1981, Allemagne, Cologne, par le Kolberg Percussion Ensemble, direction : Manfred Reichert.

Observations

Écouter l’enregistrement du concert ManiFeste du 22 juin 2013 : https://medias.ircam.fr/x692e8b

Note de programme

Sur le déchirement d’un tambour et d’une trompette
longue,
étrange,
les six hommes
qui étaient couchés,
roulés à ras de terre,
jaillissent successivement comme des tournesols,
non pas soleils mais sols tournants,
des lotus d’eau,
et à chaque jaillissement
correspond le gong de plus en plus sombre
et rentré
du tambour
jusqu’à ce que tout à coup on voie arriver au grand galop,
avec une vitesse de vertige,
le dernier soleil,
le premier homme,
le cheval noir avec un
homme nu,
absolument nu
et vierge
sur lui.


Extrait de Tutuguri, Le rite du soleil noir d’Antonin Artaud

 

Tutuguri, ou Le rite du soleil noir, est un poème qu’Antonin Artaud (1896-1948) a composé suite à une expérience chamanique : le rite du Peyotl. Cet hallucinogène, de la même famille que la mescaline et extrait d’un petit cactus d’Amérique du Nord, est encore utilisé par des peuples amérindiens lors de certaines cérémonies.

Le texte, et l’expérience qu’elle présuppose, a inspiré à Wolgang Rihm un long « Poème dansé » : près de deux heures de musique pour grand orchestre, chœur sur bande magnétique et récitant (ce dernier psalmodiant le texte d’Artaud). Divisé en six parties et dominé jusqu’à l’obsession par des percussions turbulentes, le poème peut être joué en intégralité ou chaque partie séparément.

Tutuguri VI (Kreuze) conclut sur une note de violence et de sauvagerie extrêmes un poème déjà tourné vers la folie. Le sous-titre entre parenthèses — « Kreuze » signifie « Croix » en allemand — renvoie aux deux vers qui ouvrent la dernière strophe du poème : « Or, le ton majeur du rite est justement/L’ABOLITION DE LA CROIX. » Composée pour six percussionnistes spatialisés, jouant principalement des peaux et des accessoires (donc sans hauteur fixe), c’est une musique primale, percutante, hypnotisante, qui évolue par blocs massifs et répétitions sèches et démentes.Une expérience qui dépasse le musical.

Jérémie Szpirglas, festival ManiFeste 2013.