Wolfgang Rihm (1952)

Sine nomine I (1985)

étude pour cinq cuivres

  • Informations générales
    • Date de composition : 1985
    • Durée : 09 mn
    • Éditeur : Universal Edition, nº UE 18530
    • Dédicace : le Quintette Gabrieli
Effectif détaillé
  • cor, trompette piccolo, trompette [en ut] , trombone, trombone contrebasse

Information sur la création

  • Date : 27 January 1986
    Lieu :

    France, Cannes, Palais des Festival, Midem


    Interprètes :

    le Quintette Gabrieli.

Note de programme

Comme l'Étude pour Séraphin écrite en 1992 pour quatre trombones, quatre tubas et six percussionnistes, Sine nomine I est sous-titré étude pour cinq cuivres. Loin de faire appel à une virtuosité toute digitale ou concernant simplement les modes de jeux – assez restreints ici – cette étude a pour unique sujet la dynamique. Les nuances extrêmes, les notes répétées, voire martelées, les fusées dans l'aigu, les accords tranchants et les silences dramatiques, véritables trous dans la matière sonore, sont autant de moyens d'articuler la forme comme une succession de contrastes de dynamiques et de registres.

Le début de l'œuvre, massif et vertical, explore les nuances dans leurs extrêmes par gonflement du son (crescendo ou diminuendo), et nous plonge d'emblée dans l'expressionnisme de Rihm : une musique tendue à l'excès où le vertical semble dès le départ vouloir s'opposer à toute forme de déploiement mélodique ; d'où l'importance de ces courts motifs qui, toujours interrompus, sont condamnés à ne jamais pouvoir se développer. Toutes griffes dehors, cette musique ne se laisse pas appréhender dans un cadre formel ; en véritable continuateur de la tradition allemande, Rihm est sensible à la notion d'auto-engendrement de la matière sonore à partir d'une idée de base, si élémentaire soit-elle : ici, le jeu de nuances sur l'unisson des trois premières mesures présage, à lui seul, du devenir de l'œuvre entière. « La musique, écrit le compositeur, se meut continuellement en et avec elle-même à partir de son début (qui peut ne pas en être un). » Dans Sine nomine I, c'est donc moins le matériau qui compte que l'exploitation systématique et outrée d'un certain nombre de gestes expressionnistes dont la stridence, le caractère heurté ne sont jamais mieux rendus que par la famille des cuivres.


  1. Il nous semble important de faire une distinction entre le Réalisateur en Informatique Musicale (RIM) qui contribue à la confection de la partie électronique d’une œuvre et le Musicien en charge de l’Électronique Live (MEL) qui n’a pas nécessairement participé à l’élaboration de cette partie électronique mais qui doit s’assurer de sa mise à jour et de son bon fonctionnement lors d’une performance (lire à ce sujet Plessas et Boutard, 2015). 

  2. Par convention, l’harmonique 1 (fréquence f0) correspond à la fondamentale du spectre. Pour un spectre harmonique, la fréquence de chaque composante spectrale vérifie la relation suivante: fn = n x f0. 

  3. Grisey a commis une erreur au niveau du premier intervalle: l’écart entre la fondamentale (mi0) et le second harmonique (mi1) est une octave, soit 24 quarts de ton et non 22 comme il est indiqué. 

  4. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  5. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  6. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

  7. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  8. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

Eurydice Jousse.