Roger Reynolds (1934)

Archipelago (1982-1983)

pour ensemble et électronique

œuvre électronique, Ircam

  • Informations générales
    • Date de composition : 1982 - 1983
    • Durée : 33 mn
    • Éditeur : Peters
    • Commande: Madame Schlumberger pour l'Ircam-Centre Pompidou
    • Dédicace : Erika
Effectif détaillé
  • 2 flûte (aussi 2 flûte piccolo), 2 hautbois (aussi 2 cor anglais), 2 clarinette (aussi clarinette en mib, clarinette basse), 2 basson (aussi 2 contrebasson), 2 cor, 3 trompette, 2 trombone, tuba, 3 percussionniste, piano, clavecin [amplifié] , harpe, 3 violon, 2 alto, 2 violoncelle, 2 contrebasse

Information sur la création

  • 15 February 1983, France, Paris, Ircam, Espace de projection, par l'Ensemble intercontemporain, direction : Peter Eötvös.

Information sur l'électronique
RIM (réalisateur(s) en informatique musicale) : Thierry Lancino
Dispositif électronique : sons fixés sur support (4 ou 8 canaux)

Note de programme

Lorsqu'un compositeur entreprend un voyage vers son propre inconnu, il s'agit habituellement d'une affaire personnelle. Il exploite alors son savoir-faire, son imagination et des énergies qu'il a appris à maîtriser intérieurement.

Parfois, la nature même d'un projet requiert des connaissances et des ressources supplémentaires. Au cours de la réalisation d'Archipelago, j'ai été soutenu par l'inestimable diligence de Thierry Lancino, sa compétence et son discernement. Je souhaite aussi souligner le rôle constructif de mes rencontres avec Stephen McAdams et David Wessel.

Archipelago est dédié à ERIKA.

Archipelago est une exploration des diverses manières par lesquelles un matériau musical peut être transformé, sans pour autant abandonner son identité. Cette pièce est une mosaïque composée de quinze « thèmes » et de leurs variantes, indépendantes les unes des autres. Il n'y a pas de répétition littérale. Les éléments originaux sont eux-mêmes groupés. Cinq sont des solos, quatre des duos et ainsi de suite. Les instrumentistes qui ont participé à chacun de ces éléments ont été enregistrés, puis numérisés sur ordinateur. Ces musiciens étaient isolés dans différents studios d'enregistrement et dirigés par un chef d'orchestre qu'ils pouvaient suivre sur un écran vidéo. Cette méthode a permis par la suite d'analyser et de modifier n'importe quelle phrase musicale indépendamment de son contexte. Ces éléments ainsi enregistrés ont été traités à l'aide d'un ordinateur PDP 10 afin de réaliser la bande huit pistes qui accompagne l'exécution d'Archipelago. Tous les sons que comporte la bande ont donc été obtenus d'après un modèle naturel. Afin de conserver l'interaction des musiciens dans leur jeu, il était important de les enregistrer simultanément au cours d'une exécution d'ensemble. Il y a en effet une « vie », au cours d'échanges humains, qu'il est difficile de prévoir, impossible de simuler. Je voulais conserver ce caractère.

La durée des segments réalisés varie de dix-huit secondes (pour les solos de base) à quatre minutes. Le segment le plus long est la re-synthèse d'un des duos qui, dans sa forme originale, dure trente-six secondes.

Au cours de ce travail, par ailleurs ardu, j'ai connu le plaisir du « ralenti sonore ». Il était possible d'écouter une phrase musicale familière et de vivre cette écoute dans une sorte de « temps onirique ». Ce procédé a permis de révéler clairement des détails qui n'auraient pas pu, en « temps normal », être perçus par l'oreille.

Un autre phénomène curieux a lieu au tout début de la pièce. Un ostinato de harpe, court et qui se répète, est manipulé et étire dans la forme d'une spirale qui se reserre progressivement. Les caractéristiques sonores de la harpe et le simple ostinato de la version d'origine contiennent déjà en germe la structure de la version résultante. Mais, la forme ainsi obtenue, possède la qualité d'une forme originale, neuve du point de vue auditif. La forme variation est une approche respectable, mais dont les méthodes traditionnelles peuvent être repensées à la lumière des techniques nouvelles. Il est dorénavant possible de considérer l'identité même du matériau musical comme étant susceptible de subir des transformations/ variations plus subtiles (ou plus radicales) qu'auparavant. Cette forme, basée sur des éléments répétés et assimilés par l'oreille semble être une procédure raisonnable autorisant l'exploration des horizons ouverts par les moyens informatiques.

C'est sciemment que je n'ai pas toujours placé les « thèmes » au début de chaque série. Ils apparaissent au cours des développements dont ils sont à l'origine.

Les instrumentistes, lors de l'exécution, ont l'occasion de mettre en valeur cette force particulière qui anime les musiciens de talent. Quoiqu'il ne leur soit pas demandé d'improviser le matériau même, beaucoup de détails concernant les articulations, le phrasé, de même que leur interaction, sont laissés à leur inventive participation.

Mon intention a été d'imprégner les îles de cet archipel musical de toute une palette de caractéristiques qui reflète la singularité de l'homme et de la machine.

Roger Reynolds