Steve Reich (1936)

Tehillim (1981)

version pour voix et ensemble

œuvre électronique

  • Informations générales
    • Date de composition : 1981
    • Durée : 30 minutes
    • Éditeur : Boosey & Hawkes
    • Commande: Radios allemandes SDR de Stuttgart, WDR de Cologne et la Rothko Chapel de Houston
    • Livret (détail, auteur) :

      Psaumes 19, 34, 18, 150 en hébreux

Effectif détaillé
  • solistes : 3 soprano solo, contralto solo
  • flûte, flûte piccolo, hautbois, cor anglais, 2 clarinette, 6 percussionniste, 2 orgue électrique, violon, violon II, alto, violoncelle, contrebasse

Information sur la création

  • 1981, Allemagne, Stuttgart (deux premiers mouvements), par l'Orchestre et solistes de la SDR, direction : Peter Eötvös ; 20 septembre 1981, à Cologne, West German radio, Steve Reich and Musicians, direction : George Manahan.

Information sur l'électronique
Dispositif électronique : amplification (pour les vents, les cordes et les voix)

Note de programme

Tehillim (qui se prononce teh-hill-léem) est le mot hébreu original désignant les psaumes. Traduit littéralement, il signifie « louanges », et dérive des trois caractères hébreux « hey, lamed, lamed » (hll), qui forment également la racine du mot « halleluyah ». La musique de Tehillim a été composée sur les psaumes 19, 2-5 (19, 1-4 dans les traductions chrétiennes), 34, 13-15 (34, 12-14), 18, 26-27 (18, 25-26) et 150, 4-6.

La version de chambre est écrite pour quatre voix de femmes, flûte piccolo, flûte, hautbois, cor anglais, 2 clarinettes, 6 percussions, 2 orgues électriques, 2 violons, 1 alto,1 violoncelle et 1 contrebasse. Les voix et les instruments à vent et à cordes sont amplifiés en concert, alors que seules les voix le sont dans la version orchestrale.

Tehillim ne fait aucune allusion musicale au monde de la Bible ou aux thèmes du Judaïsme. J'ai notamment choisi les Psaumes, de préférence à des parties de la Torah ou du Livre des Prophètes, parce que la tradition orale du chant des Psaumes chez les Juifs occidentaux s'est perdue (elle s'est maintenue chez les Juifs yéménites). Cela signifie qu'à l'inverse de la récitation chantée de la Torah ou des Prophètes, tradition orale vivante perpétuée depuis 2 500 ans dans toutes les synagogues du monde, la tradition orale du chant des Psaumes dans les synagogues occidentales a, elle, disparu. J'étais donc libre de composer les mélodies de Tehillim sans avoir à imiter ou ignorer une tradition orale vivante.

A la différence de la plupart de mes oeuvres antérieures, Tehillim n'est pas formée de courtes structures répétitives. Bien qu'une mélodie complète puisse se répéter dans l'antécédent d'un canon ou dans une variation, cette pièce est en fait plus proche de ce que l'on peut rencontrer dans l'histoire de la musique occidentale. Si le canon à quatre voix utilisé dans le premier et le dernier mouvement peut rappeler à certains auditeurs mes premières pièces pour bande It's Gonna Rain et Come out, composées de courtes phrases parlées répétées à maintes reprises dans des canons clos, Tehillim les surprendra peut-être par les différences qu'il présente avec mes oeuvres antérieures. On n'y trouve ni mesure fixe ni structure métrique. Le rythme du texte hébreu détermine directement celui de la musique, et lui transmet ses mètres flexibles et changeants. C'est la première fois que je mets un texte en musique depuis le temps de mes études et la pièce qui en résulte repose sur la mélodie au véritable sens du mot. L'utilisation de mélodies étendues, d'un contrepoint imitatif, d'une harmonie fonctionnelle et d'une orchestration complète peut suggérer un renouvellement d'intérêt pour la pratique musicale classique ou plus exactement baroque et pré-classique. La production vocale, n'utilisant ni le vibrato ni la technique de l'opéra, rappellera aussi aux auditeurs la musique occidentale antérieure à 1750. Cependant, la sonorité globale de Tehillim — et notamment l'usage de percussions étroitement solidaires, formant avec le texte la base sur laquelle repose l'œuvre toute entière — rend cette musique unique par l'élément fondamental qu'elle y introduit. Cet élément ne se retrouve à aucun moment dans la pratique occidentale pré-classique ni même dans la musique du XXe siècle. On peut donc entendre Tehillim comme une forme tout à la fois nouvelle et traditionnelle.

Certains auditeurs familiarisés avec ma musique antérieure peuvent en outre se demander pourquoi on ne trouve pas dans Tehillim de répétition de courtes structures. J'ai évité de l'utiliser ici car il était nécessaire que le texte soit en accord complet avec son rythme et sa signification. Cet ensemble de textes ne détermine pas seulement le rythme de la musique (qui repose tout au long de la pièce sur des combinaisons de deux ou trois battues, conçues de manière à former des mètres constamment changeants), mais demande également un traitement musical adapté à la signification des mots. A cet égard, j'ai essayé de rester aussi fidèle que possible au texte hébreu.

Si l'on en revient à la question concernant la répétition comme technique musicale, la raison pour laquelle je me suis limité à ne l'utiliser ici que pour les vers entiers du texte des Psaumes tient au fait que, selon mon intuition, le texte réclamait cette sorte de traitement musical. J'utilise la technique de la répétition lorsque mon intuition musicale m'y conduit, mais je me laisse guider par elle quelle que soit la voie où elle m'entraîne.

Steve Reich.

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