Steve Reich (1936)

Music for Eighteen Musicians (1974-1976)

pour ensemble avec voix (sans paroles)
[Musique pour dix-huit musiciens]

  • Informations générales
    • Date de composition : 1974 - 1976
    • Durée : 55 mn
    • Éditeur : Boosey & Hawkes
Effectif détaillé
  • 3 soprano solo, contralto solo, 2 clarinette (aussi 1 clarinette basse), 3 marimba, 2 xylophone, vibraphone, 4 piano, violon, violoncelle

Information sur la création

  • 25 April 1976, États-Unis, New York, Town Hall, par Steve Reich and Musicians.

Note de programme

Music for 18 Musicians dure environ 55 minutes. Les premières esquisses datent de mai 1974 ; l'œuvre fut achevée en mars 1976. Si sa pulsation stable et son énergie rythmique l'apparentent à nombre de mes premières œuvres, son instrumentation, son harmonie et sa structure sont nouvelles. Son instrumentation est nouvelle par le nombre et par la distribution des effectifs : violon, violoncelle, deux clarinettes jouant aussi la clarinette basse, quatre voix de femme, quatre pianos, trois marimbas, deux xylophones et un métallophone (vibraphone sans moteur). Tous les instruments sont acoustiques : l'usage de l'électronique est limité aux microphones pour la voix ainsi que pour certains instruments. Il y a plus de mouvement harmonique dans les cinq premières minutes de Music for 18 Musicians que dans toutes mes autres œuvres achevées jusqu'à ce jour [1976]. D'un point de vue rythmique il y a dans Music for 18 Musicians deux sortes de temps fondamentalement différents qui apparaissent de manière simultanée. Le premier est cette pulsation rythmique régulière des pianos et des percussions qui traverse la pièce. Le second est le rythme de la respiration humaine, aux voix et aux instruments à vent. L'ouverture et la section conclusive, ainsi que tels passages des autres sections intermédiaires, contiennent des pulsations sur certaines notes qui doivent être tenues aussi longtemps que le confort de la respiration le permet. La respiration est la mesure de la durée de leur pulsation. Des respirations qui se succèdent comme des vagues venant se briser contre le rythme immuable des pianos et des percussions.

La structure de Music for 18 Musicians est fondée sur un cycle de onze accords, joués au tout début de la pièce et repris à la fin. Tous les instruments et toutes les voix jouent ou chantent des notes pulsées au sein de chaque accord. Des instruments comme les cordes, qui n'ont pas à respirer, suivent néanmoins les systoles et diastoles de la respiration, en se fondant sur le souffle de la clarinette basse. Chaque accord est tenu pour une durée de deux respirations, puis l'accord suivant est introduit graduellement. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que les onze accords soient joués, l'ensemble revenant au premier accord.

C'est alors qu'une petite section se construit sur le premier accord pulsé, tenu par deux pianos et deux marimbas pendant environ cinq minutes. Après quoi un brusque changement amène le second accord, qui lui-même donne lieu à une seconde petite section. Si bien que chaque accord, joué pendant quinze ou vingt secondes dans l'ouverture, est ensuite distendu de manière à constituer la mélodie pulsée sur laquelle se fonde une section de cinq minutes. De même, dans un organum de Pérotin, au XIIe siècle, telle note du cantus firmus pouvait être étirée sur plusieurs minutes, de manière à former le centre harmonique de l'une des sections de l'œuvre. Le cycle initial des onze accords de Music for 18 Musicians est une sorte de cantus firmus pulsé pour toute la pièce.

Sur chaque accord pulsé, c'est donc une section qui se construit (voire deux pour le troisième accord). Ces sections ont soit la forme d'une arche (ABCDCBA), soit la forme d'un processus musical qui se déploie du début à la fin (des battues se substituant à des silences). Des éléments qui apparaissent dans l'une des sections pourront réapparaître dans une autre, mais entourés par une harmonie et une instrumentation différentes. Par exemple, la pulsation des pianos et marimbas dans les sections 1 et 2 passe aux marimbas et xylophones dans la section 3A, puis aux xylophones dans la section 6, où elle soutient une mélodie différente jouée par des instruments différents. Le processus consistant à construire un canon (c'est-à-dire une relation de phase) entre deux xylophones et deux pianos, ce processus, qui apparaît d'abord dans la section 2, ressurgit dans la section 9, mais pour y culminer sur un autre motif et dans un contexte harmonique différent. Les relations entre les sections doivent donc être comprises en termes de ressemblances entre les membres d'une famille. Certaines caractéristiques seront partagées, d'autres seront uniques.

L'un des premiers vecteurs de changement ou de développement dans nombre de sections de cette œuvre réside dans la relation rythmique existant entre l'harmonie et la mélodie. Ainsi, un motif mélodique peut être répété sans interruption ; mais en glissant sous cette mélodie une cadence de deux ou quatre accords, et en faisant passer le début de cette cadence de tel temps à tel autre de la mélodie, on aura à l'écoute le sentiment d'un changement d'accent dans la mélodie. Ce jeu avec un rythme harmonique changeant par rapport à un motif mélodique constant est l'une des techniques de base de cette œuvre.

Les changements d'une section à l'autre, ou au sein d'une même section, sont signalés par le métallophone ; ses motifs, il ne les joue qu'une fois, afin de déclencher le mouvement vers la mesure suivante. Comme lorsque, dans le gamelan balinais ou dans la musique de l'Afrique occidentale, le premier percussionniste indique des changements de motifs. Les signes audibles deviennent partie intégrante de la musique.

Steve Reich, programme du Festival d'Automne à Paris 1997.