Horatio Radulescu (1942)

Byzantine prayer for Giacinto (1988)

hommage à Scelsi, pour 24 flûtes

  • Informations générales
    • Date de composition : 1988
    • Durée : 20 mn
    • Éditeur : Inédit
Effectif détaillé
  • 24 flûtes

Information sur la création

  • Date : 19 November 1988
    Lieu :

    France, Metz, festival


    Interprètes :

    l'Orchestre de flûtes, direction : Pierre-Yves Artaud.

Note de programme

R. - C'est un hommage à Giacinto Scelsi dont j'ai decouvert la musique en 1972 pendant un Festival à Sarrebruck. J'ai tout de suite pensé que j'avais trouvé mon père spirituel direct. Ma théorie — déjà appliquée dans certaines de mes œuvres et décrite dans mon livre, se trouvait là : c'était le même monde, le monde des énergies qui fonde la musique continue, un entrecroisement de ces énergies. Une musique de lutte contre le discontinu, qui crée des vies et des morts naturellement, phénoménologiquement. La musique est comme un fleuve — de même qu'il n'y a jamais rien d'abrupt dans la nature, même pas la mort ou la naissance, précédées d'une gestation ; il y a tout un halo autour de chaque événement — de chaque climat. Ainsi ma musique se rapproche davantage des phénomènes naturels, cosmiques. En revanche il n'y a pas chez moi d'influence orientale (Scelsi était marqué par les rituels japonais, la musique hindoue), il n'y a pas d'opposition Orient-Occident ; il n'y a que le cosmos. Le son, disait Pythagore, est un océan de vibrations. J'ai été peut-être le premier à introduire la musique spectrale fondée sur les vibrations et les harmoniques du son. Ainsi dans le son même on trouve tout le langage : et c'est beaucoup plus logique et plus naturel. Et sous ce rapport Scelsi et moi étions sur la meme longueur d'ondes…

Q - Vous aviez déjà dédié une œuvre à Scelsi...

R. - Oui, c'était un grand motet pour 34 voix d'enfants a cappella, mais où chaque enfant joue d'un monocorde accordé spectralement. Il y a six groupes dispersés dans l'espace selon le même modèle à peu près que dans Byzantine prayer — ici, les flûtistes forment aussi des figures dans l'espace — imbriquées — de plus en plus larges : balance, triangle, puis plusieurs pentagones… Scelsi, vous savez, signait avec un pictogramme formé d'un trait horizontal au-dessous d'un cercle : le soleil au-dessus de l'horizon. Or les scientifiques ont découvert récemment que le soleil produit une vibration que nous pourrions entendre s'il y avait entre nous et lui un médium où elle pourrait résonner. Ce serait un son infrasonique — un fa extrêmement grave. J'ai donc utilisé dans cette pièce un spectre accordé à ce fa théorique, dont nous pouvons entendre les harmoniques supérieurs seulement : je joue dans ces régions audibles.

Q - Pourquoi la référence à Byzance ?

R. - Moi je suis byzantin, étant né à Bucarest. Le folklore roumain est très marqué par la musique qui, avec certaines musiques hindoues, était proche du spectral : les Byzantins divisaient l'octave selon les harmoniques (une seconde « neutre » par exemple). Il se glisse dans ma partition d'ailleurs une sorte de mélopée secrète. inspirée de ces musiques-là. La musique est « visitée » de temps en temps par une bande, mais qui surgit comme par stries seulement. C'est une bande qu'adorait Pierre-Yves [Artaud] : les Intimate Rituals. Et cette œuvre sera donc un peu comme une autre version de l'œuvre sur bande, visitée comme par des lueurs, des éclats, derrière le public.

Horatio Radulescu.