Marco-Antonio Perez-Ramirez (1964)

T'eqsi (1997)

pour trombone, trois danseurs et dispositif électronique

œuvre électronique, Ircam

  • Informations générales
    • Date de composition : 1997
    • Durée : 10 mn
    • Éditeur : Inédit
    • Dédicace : à Benny Sluchin
  • Genre
    • Musique soliste (sauf voix) [Trombone]
Effectif détaillé
  • soliste : 1 trombone
  • 3 danseur

Information sur la création

  • 30 September 1997, Paris, Ircam, Espace de projection, Cursus de composition, par Benny Sluchin : trombone, Frédérique Orts, Laurence Saboye, Serge Tomaz : danseurs, chorégraphie : Laurence Saboye, costumes : Yannick Dubernet, lumières : Henri-Emmanuel Doublier.

Information sur l'électronique
Information sur le studio : Ircam, Cursus de composition et informatique musicale.
RIM (réalisateur(s) en informatique musicale) : Hans Tutschku (encadrement pédagogique)
Dispositif électronique : dispositif électronique non spécifié

Note de programme

T'eqsi, mot d'origine « quetchua » qui signifie : Origine, le Commencement.

« La matière et la vie qui remplissent le monde sont aussi bien en nous ; les forces qui travaillent en toutes choses, nous les sentons en nous ; quelle que soit l'essence intime de ce qui est et de ce qui se fait, nous en sommes. Descendons alors à l'intérieur de nous-mêmes : plus profond sera le point que nous aurons touché, plus forte sera la poussée qui nous renverra à la surface » Henri Bergson (La Pensée et le Mouvant).

L'idée qu'une pensée puisse être issue d'un long travail des énergies à l'intérieur du corps et de la chair, choque encore beaucoup de consciences – trop rationnelles et conceptuelles. Dans la chair et le corps, circulent des flux, des énergies et des forces qui, après un long travail d'élaboration, surgissent à la conscience comme intuition. Bergson dit encore, dans La Pensée et le Mouvant, que l'intuition signifie « d'abord conscience, mais conscience immédiate, vision qui se distingue à peine de l'objet vu, connaissance qui est contact et même coïncidence ». Intuition comme connaissance, mais aussi phénomène de l'instant, de l'immédiat : élan vital. C'est ce sens que j'ai voulu donner à T'eqsi, ma première pièce avec électronique. Un monde où la chair, l'instant (temps réel indispensable) et l'instinct soient nécessaires et indispensables pour donner du sens. T'eqsi est, dans son ensemble, une pièce « brute » et « archaïque ».

Pourquoi une collaboration avec la danse ? Chaque fois qu'il se présente une opportunité d'échanges avec d'autres formes artistiques, je m'y engage. La musique s'est, en effet, trop longtemps privée de certaines rencontres. Pour moi, c'est un moyen de se mettre en déséquilibre, de sortir de ses habitudes et de ne pas toujours se contenter de son propre discours. Mais, avant tout, il s'agit d'une question de confiance, et j'ai une confiance absolue en Laurence Saboye et en l'élégance de ses pièces. Lorsque je suis convaincu de mon choix, les choses deviennent alors toutes naturelles et simples.

Au niveau technique, je n'ai utilisé que des traitements en temps réel, parce que le sens de T'eqsi les rendait indispensables et nécessaires. Deux spatialisateurs ont été intégrés grâce à l'aide de Jean-Marc Jot.

La source de cette pièce est l'Intuition – « l'énergie lancée à travers la matière ». Il s'agissait donc pour moi de travailler sur l'origine et les élans intérieurs, et d'aller chercher la matière brute du corps. A l'origine, il y a ce monde animal où ce qui est ressenti s'exprime et se donne non pas à lire mais à éprouver immédiatement. Ce monde est celui des sens.

La relation entre la danse et la musique se situe d'abord, bien évidemment là, au niveau des sens et des affinités ; car il n'était pas question que la danse illustre la musique ou devienne la « matière du corps » dont traite la musique. Nous avons aussi essayé d'établir des relations multiples sur différents niveaux, ici générées par la présence de l'instrumentiste, Benny Sluchin, le temps réel et la spatialisation. Comment scénographier la présence de Benny Sluchin ? Il ne s'agissait pas d'essayer de le faire se déplacer, de forcer ses gestes, de sortir de sa véritable présence de soliste, extrêmement forte, mais plutôt à l'égal des liens que j'ai avec mes danseurs, d'essayer de trouver un rapport simple d'humain à humain, par des regards et des respirations. J'ai essayé d'organiser l'espace de telle manière que le déplacement des danseurs intègre et crée des liens avec l'instrumentiste.

Marco-Antonio Perez-Ramirez et Laurence Saboye, programme des concerts du Cursus de composition de l'Ircam, 29-30 septembre 1997, Espace de projection de l'Ircam.