Luigi Nono (1924-1990)

Quando stanno morendo. Diaro polacco n. 2 (1982)

pour quatre voix de femmes, flûte, violoncelle et électronique

œuvre électronique

  • Informations générales
    • Date de composition : 1982
    • Durée : 35 minutes
    • Éditeur : Ricordi
    • Dédicace : Lo dedico agli amici e compagni polacchi che nell'esilio, nella clandestinità, in prigione, sul lavore "resistono" sperano anche se disperati, credono anche se increduli.
    • Livret (détail, auteur) :

      Endre Ady, Alexandre Blok, Velimir Khlebnikov, Czeslaw Milosz et Boris Pasternak, réunis par Massimo Cacciari

Effectif détaillé
  • solistes : 2 soprano solo, mezzo-soprano solo, contralto solo
  • flûte basse, violoncelle

Information sur la création

  • 3 October 1982, Italie, Venise, par Roberto Cecconi : direction.

Information sur l'électronique
Information sur le studio : Experimentalstudio der Heinrich-Strobel Stiftung, Luigi Nono : régie son.
Dispositif électronique : temps réel

Note de programme

« En octobre 1981, la direction du festival de musique de Varsovie m'invite à composer un Diario Polacco pour l'édition qui aurait dû se dérouler cette année (en 1982). Puis vint le 13 décembre. Je n'ai plus eu de nouvelles des amis qui m'avaient invité. La direction a été dissoute, le Festival n'a pas eu lieu. Ma volonté d'écrire ce Diario a été encore plus grande.

Je le dédie aux amis et camarades polonais qui, en exil, dans la clandestinité, en prison, au travail, résistent – qui espèrent tout en étant désespérés, qui croient tout en étant incrédules.

« Chacune des trois parties de Diario Polacco est à son tour tripartite. A cette tripartition correspondent, dans les parties principales I et III, trois textes de différents poètes d'Europe de l'Est. Dans cette œuvre aussi, Nono emploie les textes choisis de manière fragmentaire, leur mise en musique est souvent faite de sorte qu'ils ne peuvent être compris que partiellement avec une exception significative toutefois : dans la première section de la partie II, l'alto dit le texte Mosca – « chi sei ? » de Khlebnikov une première fois intégralement et de manière tout à fait intelligible, puis dans la deuxième section le texte est repris de façon fragmentaire, mais plus distinctement encore, avec, simultanément, l'inversion de la récitation reproduite électroniquement avec un retard d'une seconde. Dans la troisième section enfin, le poème est récité encore une fois entièrement, mais il est progressivement écrasé par les sons des instruments qui deviennent de plus en plus forts. Tout au long de cette partie, les sons des instruments sont transposés de façon continue jusqu'à une octave inférieure et doublés en plus par les sons reproduits avec deux à cinq secondes de retard.

Les parties I et III forment des contrastes extrêmes par rapport à cette partie médiane. La partie I pour voix chantée est presque entièrement une « monodie ». L'harmonie est remplacée par la vie intérieure extrêmement différenciée de chaque son. Seul le premier soprano est indépendant, alors que les autres voix chantées se dirigent mutuellement à brefs intervalles. La première section de la partie III, basée sur un texte de Boris Pasternak, est un dialogue chanté par deux sopranos, fondé sur des micro-intervalles et articulé par de brefs interludes improvisés de flûte et de violoncelle. À cela s'ajoute un bref solo pour voix d'alto dans lequel les sons des instrumentistes sont transposés électroniquement et transformés en une sorte de sons de cloche.

Comme dans beaucoup d'autres œuvres de Nono (par exemple les Canciones a Guiomar, La Fabbrica Illuminata ou Al gran sole carico d'amore), il y a à la fin du Diario Polacco un finale a cappella pour quatre voix chantées sur le texte de Khlébnikov qui a donné son titre à l'œuvre : « Quando stanno morendo - gli uomini … » Ce « canto » n'établit pas seulement un lien avec le Canto Sospeso de 1956 ; la voix qui chante ici une ère nouvelle n'est pas tombée du ciel. Dans la partie médiane, où la musique parle de façon dramatique et sans ménagement des « loups orthodoxes », une longue ligne de soprano s'étend – « lointaine » – au-dessus de sons instrumentaux noirs comme la nuit. Ce que Nono a écrit dans la partition à son sujet est significatif : « Le chant anticipe les chants IIIa), b), c), cest-à-dire les trois sections de la partie III. Ce ne sont pas les hauteurs ni les durées des sons, ni l'harmonie de cette partie III qui sont anticipés dans la partie II, mais précisément le message qu'exprime dans le quatuor à cordes la citation de Hölderlin « …ins Freie… » et que chantait déjà – avec les paroles de Pavese – la fin de La Fabbrica Illuminata :

« …non sarà così sempre ritroverai qualcosa »

(« ce ne sera pas ainsi toujours tu trouveras quelque chose… »)

D'après Jurg Stenzl, « Le nouveau Luigi Nono », in Contrechamps, Festival d'Automne 1987, programme Ars Musica 1992.