Ricardo Nillni (1960)

Mnese (1992)

pour ensemble et électronique

œuvre électronique, Ircam

  • Informations générales
    • Date de composition : 1992
    • Durée : 20 mn
    • Éditeur : Inédit
Effectif détaillé
  • 1 flûte, 1 hautbois, 1 clarinette, 1 basson, 1 cor, 1 trompette, 1 trombone, 1 violon, 1 violon II, 1 alto, 1 violoncelle, 1 contrebasse

Information sur la création

  • Date : 19 March 1992
    Lieu :

    Paris, Ircam, Espace de projection, atelier du Cursus de composition


    Interprètes :

    l'ensemble instrumental du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, direction : Alain Louvier.

Information sur l'électronique
Information sur le studio : Ircam, Cursus de composition et informatique musicale.
Dispositif électronique : dispositif électronique non spécifié

Note de programme

Dans cette pièce, l'ordinateur a permis aussi bien la génération des matériaux que la conception de principes de formalisation qui serait autrement inconcevable. L'aspect essentiel qui a guidé l'élaboration du matériau électro-acoustique, a été la recherche d'une « écriture virtuelle » adaptée à une matière sonore complexe qui refuse d'emblée l'idée de « note » et par conséquent le transfert d'une logique d'organisation basée sur celle-ci. Pour éviter le piège de la banalisation du matériau, j'ai imaginé d'autres paradigmes d'organisation qui pourraient générer une syntaxe propre, tout en permettant différents types d'écoute.

Avec l'analyse de matériaux bruts, issus de sources instrumentales, j'ai pu extraire des informations pertinentes pour obtenir ensuite, par traitements divers, des masses sonores qui pouvaient évoluer d'un état de fusion à un état de fission, où les composants sortent de leurs « cages » et font éclater le système/objet, permettant non seulement une écoute analytique de ceux-ci, mais aussi d'établir une stratégie compositionnelle. Celle-ci visant à les coupler à d'autres formes sonores issues de l'univers instrumental. Ces dernières sont véhiculées par l'écriture qui, bien que fissionnaire par nature, peut évoluer vers des états mixtes et même vers une fusion quasi totale.

D'un point du vue structurel, l'écriture instrumentale trouve son élan harmonique dans cinq sons hybrides (modèles des résonances réalisés avec les techniques de synthèse développées à l'Ircam pour modéliser les sons de type impulsion/résonance et les mélanger afin d'obtenir des hybrides). Ils sont « joués » par l'ordinateur dans la deuxième section de la pièce. Ces sons se situent à la fin d'une structure récursive, entraînant auparavant l'écriture instrumentale qui déploie la structure interne d'un son hybride « attracteur ». Ainsi, la flèche du temps joue un rôle capital, contribuant à dévoiler les résonances sous un principe hiérarchique, allant des plus infimes au plus prégnantes.

L'écriture se veut aussi auto-référentielle : elle engendre des champs d'évènements aux textures et densités variables, qui se greffent au substrat harmonique décrit. Lors de chaque itération, certains évènements/motifs se confirment et semblent « apprendre » des instances précédentes, au point de pouvoir évoluer plus tard en dehors du circut récursif, et interagir au contact des masses sonores complexes.

C'est précisément cette procédure qui a inspiré le titre de l'œuvre. Mnèse fait allusion à une mémoire virtuelle qui serait ancrée dans les processus morpho-dynamiques générés par l'écriture, dont le but est une dramaturgie sonore qui aurait pour simulacre l'intuition d'une autopoésie et pour modèle, la vie.

Ricardo Nillni.