Tristan Murail (1947)

Vues aériennes (1988)

pour quatre instruments

  • Informations générales
    • Date de composition : 1988
    • Durée : 12 mn 30 s
    • Éditeur : Salabert, Paris
    • Commande: Arts Council of Great Britain pour le Nash Ensemble
Effectif détaillé
  • cor, violon, violoncelle, piano

Information sur la création

  • 1 December 1988, Londres, Queen Elisabeth Hall, par l'ensemble Nash.

Observations

Peut être aussi jouée en quatuor non dirigé.
Enregistrement : Ensemble Fa, direction : Dominique My, 1 cd Accord, AC4658992.

Titres des parties
  • Lumière du matin
  • Lumière de la pluie
  • Lumière de midi
  • Lumière du soir

Note de programme

Vues aériennes tente de décrire quatre aspects d’un même objet musical, vu sous des angles différents et sous des lumières différentes. L’art contemporain nous a habitués à ces sortes de mises en perspective, dont Monet fut le précurseur avec ses séries des Cathédrales et des Meules de foin. L’« objet » de départ se trouve en fait au cœur de la troisième partie de la pièce : il y est révélé, de front, sous une lumière franche. C’est le seul moment où l’on entend le cor dans toute sa plénitude. Avant, et après, on percevra des distorsions de cet objet. C’est en fait le jeu des lumières et des ombres, celui des angles de vue révélant des réalités différentes, formant le véritable sujet de la partition, de même que le sujet de Monet est la lumière plus que la cathédrale qui sert de révélateur à cette lumière. Musicalement, cette idée se traduit par le procédé de la distorsion, qui s’applique à tous les aspects de la musique : forme globale, microstructures, spectres harmoniques, durées. Comme dans un jeu d’anamorphoses, l’angle de vue change sans cesse, produisant des couleurs variables mais cohérentes par leur source commune.

  • Lumière du matin (lumière claire, angles très obtus, distorsion maximale)
  • Lumière de la pluie (effets de flou, angles plus fermés, distorsion plus légère)
  • Lumière de midi (lumière brillante, point de vue frontal, pas de distorsion)
  • Lumière du soir (lumière chaude, ombres longues, distorsion forte)

Ce que l’on peut comparer à la structure d’un son musical – attaque, entretien, extinction. Ces phases sont à chaque fois d’inégale longueur, de même que l’ombre d’un objet se raccourcit et s’allonge avec les heures du jour (longue attente de la lumière du matin, longue chute pour la lumière du soir). Le cor a un rôle particulier : il n’intervient vraiment que dans les phases centrales de chaque section. On l’entendra surtout, dans sa pleine force, comme un soliste, dans la troisième section (la lumière de midi) – avant, il sera voilé par la sourdine, après, il jouera surtout en sons bouchés.

Tristan Murail.