Tristan Murail (1947)

Les Courants de l'espace (1979)

pour ondes Martenot et petit orchestre

  • Informations générales
    • Date de composition : 1979
    • Durée : 20 mn
    • Éditeur : Ed. Musicales Transatlantiques
Effectif détaillé
  • soliste : ondes Martenot (aussi clavier électronique/MIDI/synthétiseur)
  • 2 flûtes, hautbois, 2 clarinettes, basson, cor, trompette, trombone, 3 percussionnistes, piano, 7 violons, 3 altos, 2 violoncelles, contrebasse

Information sur la création

  • Date : 20 December 1980
    Lieu :

    Paris, Maison de Radio-France, Perspectives du XXe siècle


    Interprètes :

    Jeanne Loriod : Onde Martenot, Orchestre National de France, direction : Yves Prin.

Note de programme

Dans les Courants de l'Espace, on trouve la généralisation d'une écriture fondée sur l'analogie avec les phénomènes acoustiques ou les manipulations électroniques. Mais ici, l'analogie (la musique qui est écrite pour l'orchestre) est confrontée à son modèle : ondes Martenot couplées à un système de transformations électroniques. On entend en effet rarement dans la pièce le son habituel des ondes Martenot. Le plus souvent, le son de l'onde est transformé par la modulation en anneau d'un synthétiseur (qui fournit des fréquences de modulation variables), et l'on obtient ainsi des sons complexes, mi-timbres, mi-harmonies. Ces sons, analysés ou calculés, sont synthétisés aussi par l'orchestre qui dialogue ainsi avec le soliste électronique - comme dans un concerto classique, orchestre et soliste s'emparent tour à tour du même thème. Le son de l'onde est aussi transformé par « phasing », par amplification du haut-parleur métallique, par filtrage commandé par l'intensité, par modulation avec du bruit blanc, par adjonction d'écho... A chaque transformation correspond une structure d'orchestre équivalente. La complexité des sons émis par le soliste, et leur puissance, font qu'en fait ce sont deux orchestres, deux masses d'égale importance qui se répondent, déterminant ainsi un espace sonore à double polarité, un espace en perpétuel mouvement, agité de flux, de transformations lentes ou rapides, de « courants ». Le titre de la pièce renvoie aussi, volontairement, à Ethers pour six instruments, car les deux partitions ont en commun certains éléments et certains processus.


  1. Il nous semble important de faire une distinction entre le Réalisateur en Informatique Musicale (RIM) qui contribue à la confection de la partie électronique d’une œuvre et le Musicien en charge de l’Électronique Live (MEL) qui n’a pas nécessairement participé à l’élaboration de cette partie électronique mais qui doit s’assurer de sa mise à jour et de son bon fonctionnement lors d’une performance (lire à ce sujet Plessas et Boutard, 2015). 

  2. Par convention, l’harmonique 1 (fréquence f0) correspond à la fondamentale du spectre. Pour un spectre harmonique, la fréquence de chaque composante spectrale vérifie la relation suivante: fn = n x f0. 

  3. Grisey a commis une erreur au niveau du premier intervalle: l’écart entre la fondamentale (mi0) et le second harmonique (mi1) est une octave, soit 24 quarts de ton et non 22 comme il est indiqué. 

  4. CAUSSÉ, Réné, SLUCHIN, Benny, Sourdines des cuivres, Paris : Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1991. 

  5. Yan Maresz, cité par Bruno Heuzé, dans HEUZÉ, Bruno, « Yan Maresz, Portrait », Résonance, Ircam/Centre Georges Pompidou, n° 14, septembre 1998, page 16. 

  6. Whittall, Arnold, Jonathan Harvey, Londres, Faber and Faber, 1999. Traduction française sous le même titre par Eric de Visscher, L’Harmattan, Ircam-Centre Georges Pompidou, 2000, p. 44. 

  7. Harvey, Jonathan, « Le Miroir de l’ambiguïté », Le Timbre, métaphore pour la composition, recueil de textes réunis par Jean-Baptiste Barrière, Paris, Ircam, Christian Bourgois, 1991, p. 454-466. 

  8. SAARIAHO, Kaija, « Timbre et harmonie », dans Le timbre, métaphore pour la composition, Jean-Baptiste Barrière, éd., Paris, Ircam - Christian Bourgois, 1991, p. 412-453. 

  9. GRABOCZ, Martha, « La musique contemporaine finlandaise : conception gestuelle de la macrostucture / Saariaho et Lindberg », Cahiers du CIREM, Musique et geste, n ° 26-27, décembre 1992-mars 1993, p. 158. 

  10. BATTIER, Marc, NOUNO, Gilbert, « L'électronique dans l'opéra de Kaija Saariaho, L'Amour de loin », in Carlos AGON, Gérard ASSAYAG, Jean BRESSON, The OM Composer's Book, coll. Musique et sciences, Ircam, Centre Georges-Pompidou, 2006, p. 21-30.  

Tristan Murail.