Olivier Messiaen (1908-1992)

Des Canyons aux étoiles (1971)

pour piano solo, cor, xylorimba, glockenspiel et orchestre

  • Informations générales
    • Date de composition : 1971
    • Durée : 1 h 43 mn
    • Éditeur : Alphonse Leduc, nº AL 25313 ; 25314 ; 25315
    • Commande: Miss Alice Tully
Effectif détaillé
  • solistes : cor, glockenspiel, xylorimba, piano
  • 4 flûte, 3 hautbois, 3 clarinette, clarinette basse, 3 basson, 2 cor, 3 trompette, 3 trombone, 5 percussionniste, 6 violon, 3 alto, 3 violoncelle, contrebasse

Information sur la création

  • 20 November 1974, Étas-Unis, New York, Lincoln Center, Alice Tully Hall, par Yvonne Loriod : piano, Sharon Moe : cor, Musica Aeterna Orchetra, direction : Frederic Waldmann.

Titres des parties

  1. Le désert ;
  2. Les Orioles ;
  3. Ce qui est écrit sur les Etoiles ;
  4. Le Cossyphe d'Heuglin ;
  5. Cedar Breaks et le Don de Crainte ;
  6. Appel interstellaire ;
  7. Bryce Canyon et les Rochers rouge-orange ;
  8. Les Ressuscités et le Chant de l'Etoile Aldébaran ;
  9. Le Moqueur polyglotte ;
  10. La Grive des bois ;
  11. Omao, leiothrix, elepaio, shama ;
  12. Zion Park et la Cité céleste.

Note de programme

Commandé à l'occasion du bicentenaire de la fondation des Etats-Unis, le cycle Des Canyons aux étoiles pour piano et orchestre a été écrit de 1971 à 1974 à la suite d'un voyage qu'Olivier Messiaen a effectué dans l'Utah. Si les canyons de l'Utah servent de point de départ à cette monumentale fresque descriptive en douze mouvements, la musique s'élève ensuite progressivement jusqu'aux étoiles et rencontre, au cours de cette ascension, plusieurs des chants d'oiseaux chers au compositeur. Autrement dit, cette œuvre géologique, chargée de célébrer les paysages de l'Amérique et intégrant certains des oiseaux qui s'y trouvent, est aussi astronomique et, pour tout dire, comme souvent chez le compositeur, religieuse.

Cette recherche du grandiose prend place au sein d'une écriture hautement élaborée. « Œuvre de son-couleur », Des Canyons aux étoiles innove d'abord par son orchestration. Ecrite pour seulement 43 instruments dont une percussion très complexe qui intègre une machine à vent et une machine à sable, l'œuvre produit, en raison de ses assemblages instrumentaux, des images sonores inouïes. Quant au piano solo, qu'il intervienne seul (dans deux des douze mouvements), alterne avec l'orchestre ou s'y superpose, son traitement principalement timbral parvient à en faire l'équivalent de l'orchestre entier.

D'un point de vue formel enfin, et parce que Messiaen procède par permutation de différents éléments qui réapparaissent tels quels, l'œuvre témoigne d'un certain « refus de la composition », au sens où l'on entend ce terme en peinture. Autrement dit, tous les moments du déroulement musical apparaissent d'importance égale à l'écoute, aucun d'entre eux ne focalise l'attention au détriment des autres. Recherches savantes sur le timbre et refus de la hiérarchie prennent donc place au sein d'une esthétique, plutôt naïve, de l'illustration et cette conjugaison insolite n'est sans doute pas le moindre paradoxe de ce compositeur.

Première partie

1. Le désert
Le désert est le symbole de ce vide de l'âme qui lui permet d'entendre la conversation intérieure de l'Esprit. C'est, pour Messiaen, le meilleur moyen de commencer ce voyage progressif vers les étoiles.

2. Les Orioles
Premier des cinq mouvements constitués uniquement de chant d'oiseaux. Il s'agit des Troupiales ou Loriots américains (en anglais : Orioles) de l'Ouest des Etats-Unis. La plupart sont des oiseaux à livrée orange et noire, tous sont d'excellents chanteurs. L'oiseau est le trait d'union idéal entre la nature et la musique, entre la terre et le ciel.

3. Ce qui est écrit sur les étoiles
MENE : mesuré ; TEKEL : pesé ; UPHARSIN : divisé. Lors du festin du roi Balthazar de Babylone, qui refusait de reconnaître l'existence de Dieu, ces mots sont apparus en lettres de feu. Messiaen a gardé l'idée de nombre, de poids et de mesure pour l'appliquer à l'ordonnance des étoiles. Ces mots trouvent une équivalence musicale car les lettres qui les constituent sont traduites en notes.

4. Le Cossyphe d'Heuglin
Premier solo de piano et deuxième des cinq mouvements constitués uniquement de chant d'oiseaux. Ici, il s'agit d'un oiseau de l'Afrique du Sud-Est.

5. Cedar Breaks et le don de crainte
Cedar Breaks est une des merveilles de l'Utah. Moins important et moins vivement coloré que Bryce Canyon, il est cependant très impressionnant par sa beauté sauvage. Cet ensemble a inspiré au compositeur un sentiment analogue à celui de la « Crainte », qui est « le commencement de la sagesse ».

Deuxième partie

6. Appel interstellaire
Ce solo de cor est censé montrer que l'angoisse de l'homme reste sans réponse lorsqu'il n'est pas croyant.

7. Bryce Canyon et les rochers rouge-orange
Mouvement central et le plus long de l'œuvre. Bryce Canyon est un cirque gigantesque de roches rouges, orange, violettes, aux formes fantastiques. La musique de la pièce essaye de reproduire toutes ces couleurs et celles du Geai de Steller, bleu et noir, lorsqu'il vole au dessus du Canyon.

Troisième partie

8. Les ressuscités et le chant de l'étoile Aldébaran
Nous évoluons dans l'éternité à travers les étoiles qui chantent en évoquant le moment où les « Corps glorieux » seront débarrassés des entraves des corps mortels.

9. Le Moqueur polyglotte
Troisième des cinq mouvements constitués uniquement de chant d'oiseaux et second solo de piano. Son chant est très varié. Il comporte des courtes formules d'appel, des trilles, des batteries, des roulements prolongés.

10. La Grive des bois
Quatrième des cinq mouvements constitués uniquement de chant d'oiseaux. Son chant est un arpège majeur, au timbre clair. Il est généralement précédé d'une anacrouse et suivi d'un bruissement plus grave. Ce chant symbolise l'archétype que Dieu a voulu et que nous ne réalisons que dans la vie céleste.

11. Omao, Leiothrix, Elepaio, Shama
Dernier des cinq mouvements constitués uniquement de chant d'oiseaux. Ce mouvement comporte un refrain joué par les cors. Les chants d'oiseaux des îles Hawaï tiennent lieu de couplets.

12. Zion Park et la cité céleste
Ceux qui découvrent les murailles, les arbres et la rivière limpide de Zion Park y virent un symbole de Paradis ; ultime possibilité, dans cette œuvre, d'observer le ciel sur la terre.

Guy Lelong/Olivier Messiaen.