Martin Matalon (1958)

El Matarife (1991)

pour ensemble de seize instrumentistes

œuvre électronique

  • Informations générales
    • Date de composition : 1991
    • Durée : 20 mn
    • Éditeur : Ricordi
    • Commande: L'Itinéraire
Effectif détaillé
  • 1 clarinette, 1 clarinette basse, 1 clarinette contrebasse, 1 basson, 2 trompette, 1 trombone, 2 percussionniste, 1 harpe, 2 clavier électronique/MIDI/synthétiseur, 3 violoncelle, 1 contrebasse

Information sur la création

  • 23 May 1991, Paris, Centre Georges-Pompidou, grande salle, par l'Itinéraire.

Observations

Enregistrement, concert de l'Itinéraire au Centre Pompidou : https://medias.ircam.fr/xda05f6_el-matarife-martin-matalon

Note de programme

Une des principales caractéristiques de cette pièce – dont la partie électronique fut dans son ensemble réalisée aux Etats-Unis – concerne la « bibliothèque » des sons échantillonnés. Le projet se définit à partir d'une frontière virtuelle ou/et réalisable, tracée au préalable dans l'imaginaire du compositeur, entre les sons acoustiques (instrumentaux), les sons échantilonnés, à mi-chemin entre l'instrumental et le synthétique, et les sons de synthèse. Ces trois sources d'où surgissent des lignes de démarcation doivent, dans l'idéal, se confondre jusqu'à totale absorption des unes par les autres. En définitive, grâce à l'électronique live, Matalon superpose différentes sources sonores dans le but de les réunir en un seul instument. Le découpage de la pièce s'articule autour de structures autonomes, se développant selon le principe du « mobile » : chaque « mobile », qu'il soit mélodique, rythmique ou vertical change de fonction au fur et à mesure qu'il se déplace *.

Ces structures sont récurrentes, mais ce phénomène ne doit pas entamer l'individualité des « mobiles ». Il doit au contraire l'intensifier. Aussi, à l'intérieur d'une succession combinée et interpolée de six sections (A, B, C, D, E, F), affectée de sous-sections (A1, B1, ...), se joue une pluralité de comportements sonores. Matalon multiplie les possibilités offertes par la mixité des sources et fait varier les « mobiles », tantôt dans une texture polyrythmique, tantôt dans une texture timbrique, tantôt dans une texture mélismatique, tantôt dans un contexte résonnant où l'attaque des instuments est quasiment gommée. À une hiérarchie de fonctions, qu'elles soient du côté de la source (orchestre, électronique live, ordinateur), ou qu'elles soient du côté de l'écriture (hauteur, intensité, rythme, timbre), Matalon oppose ce que l'on pourrait appeler le concept de prisme. La vocation du son serait affaire de polysémie. Ainsi, à l'image du mythe de la caverne de Platon, la perception du son se modifie en fonction du lieu d'où il est écrit, d'où il est produit, et par extension du lieu d'où on l'écoute.

* propos de Martin Matalon

Danielle Cohen-Levinas.