Claudy Malherbe (1950)

Récit (1993)

pour récitant, cinq voix et sept instruments

  • Informations générales
    • Date de composition : 1993
    • Durée : 20 mn
    • Éditeur : pas d'éditeur
    • Commande: Fondation Royaumont pour le texte et la musique
    • Livret (détail, auteur) :

      Michèle Grangaud : « Récit »

Information sur la création

  • Date : 4 September 1993
    Lieu :

    festival Voix Nouvelles, abbaye de Royaumont (France)


    Interprètes :

    Michaël Lonsdale (récitant), ensemble vocal Les jeunes Solistes, chef de choeur: Rachid Safir, Ensemble FA, direction: Dominique My

Note de programme

Roland Barthes : « La musique nous force à l'évaluation, nous impose la différence. « (L'obvie et l'obtus / La musique, la voix, la langue. ) Mais André Gide, déjà, une large cinquantaine d'années auparavant (1915) : « elle a chanté du Chausson et du Duparc. L'intention, la signification psychologique, me gênent toujours en musique. Elle perd, pour moi, sa véritable signification, à vouloir en prendre une trop précise. »

La relation du langage avec la musique ne va pas de soi. Il y a là peut-être un problème dont les solutions restent insuffisamment travaillées. Faire comme si cette relation allait de soi, n'était pas problématique : cela conduit à une indigence bien connue, dans l'écrasante majorité des livrets d'opéra.Généralement on s'y résigne, une telle misère serait fatalité. Les rencontres illustres, Schubert avec Goethe, Debussy avec Mallarmé (pour ne citer ici que l'exemple des fusionnements les plus éclatants) ne sont que trop rares. A cause de la rareté du génie ? Il est permis d'en douter. La notion romantique du génie n'a que trop obscurci, encombré, à la fois les théories esthétiques et même la production artistique. Qu'il soit temps de revenir à la notion classique de méthode, nous sommes loin d'être seuls à le penser. Claudy Malherbe et moi-même avons décidé d'aborder avec méthode le problème des rapports entre musique et langage.Il s'agissait d'abord de créer les conditions d'un véritable travail en commun : de définir ensemble les grandes lignes du projet pour ensuite le mener à terme ensemble. Fondamentalement, ce qui était en jeu, c'était la radicalisation de la relation entre langage et musique. Il fallait ménager, entre ces deux espaces, un domaine d'interaction effective, poussée aussi loin que possible. Idéalement, une symbiose.

Il s'agissait donc, vu du côté du langage, non pas d'écrire un texte pour qu'il soit mis en musique, mais de faire que la langue soit fondée en musique, absolument. Ce qui ne peut s'opérer que par une épuration de la parole. Car la musique est pure, immédiate abstraction.Une telle épuration porte d'ailleurs moins sur le contingent, l'accessoire — le non-sublime — que sur le visible. Impossible de chanter : le ciel est bleu. Absence du bleu, en musique. Absence de toute couleur. Les formes aussi sont exclues. Du moins en substance, en tant que statique. Impossible de chanter : la mer est immense et plate - ou : ses jambes longues, minces, et droites.Impossible de chanter, c'est-à-dire impossible de faire que le sens (ce type de sens : ici, par exemple, le bleu, la minceur, ou la platitude, etc) se fonde en musique. Si tout un pan du réel se trouve ainsi occulté, ce qui reste est plus que suffisant, infiniment vaste.Ce qui reste, en musique, de sens, de langage : le mouvement. L'émotion. Le verbe, et surtout le verbe d'action. La pensée : non pas dans son vocabulaire (technique, philosophique) mais dans sa structure, son fonctionnement, si j'ose dire, plastique. Dans tout ce qui est relation et proportion.Puisque la musique n'est que cela, est cela seul, relation et proportion.

Michelle Grangaud, « Le Sens musical », programme du concert de la création, festival « Voix Nouvelles », abbaye de Royaumont

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