György Ligeti (1923-2006)

Monument . Selbstportrait . Bewegung (1976)

trois pièces pour deux pianos
[Monument . Autoportrait . Mouvement]

  • Informations générales
    • Date de composition : 1976
    • Durée : 17 minutes
    • Éditeur : Schott, nº ED 8188
    • Dédicace : à Alfons et Aloys Kontarsky
Effectif détaillé
  • 2 piano

Information sur la création

  • 15 May 1976, Allemagne, Cologne, radio de Cologne (WDR), Muzik der Zeit, par Alfons et Aloys Kontarsky.

Titres des parties

  • Monument
  • Selbstportrait mit Reich und Riley (und Chopin ist auch dabei)
  • In zart fließender Bewegung

Note de programme

Dans la première pièce Monument, « la tâche technique principale est la différenciation des intensités ». Les dynamiques — au nombre de six, de fortissimo à pianissimo — sont en effet comme stratifiées : aucune transition ne vient niveler leur « succession dense et abrupte ». Associées à des hauteurs précises, on peut suivre leur « cheminement ». L'effet recherché est celui d'une « illusion spatiale » qui s'accompagne d'un caractère « statuaire, immobile » : monumental. La musique semble alors être « tridimensionnelle, comme un hologramme dans un espace imaginaire ».

La deuxième pièce s'intitule Autoportrait avec Reich et Riley (et Chopin y est aussi). Le clin d'oeil au minimal art et à la musique répétitive (ainsi qu'au Presto de la Sonate en si bémol mineur de Chopin) est l'occasion de bâtir un morceau sur la « technique du blocage des touches », due à Karl-Erik Welin et Henning Siedentopf. Le pianiste enfonce certaines touches sans émettre de son et les maintient ; de l'autre main, il joue des figures rapides qui, lorsqu'elles traversent ces touches, sont ajourées par des silences. Les touches muettes étant constamment changées, des rythmes complexes et discontinus apparaissent. Les deux pianistes jouent « aussi vite que possible, ou encore plus vite » ! Ce flot se brise par endroits en échos ; ou bien les deux interprètes se relaient, en croisant un crescendo et un diminuendo. La pièce se perd dans le grave et l'on entend les résonances des touches bloquées s'éteindre les unes après les autres.

Dans le dernier mouvement Bewegung, certaines notes émergent des traits ascendants ou descendants, comme par rémanence, et nouent des rapports complexes d'imitation. L'accélération et l'intensification s'interrompent soudain pour révéler un étrange canon aux résonances de choral.

Peter Szendy.