György Ligeti (1923-2006)

Études pour piano (1985)

premier livre

  • Informations générales
    • Date de composition : 1985
    • Durée : 20 minutes
    • Éditeur : Schott, nº ED 7989
    • Commande: État
    • Dédicace : II : à Pierre Boulez ; V : à Louise Sibourd
Effectif détaillé
  • piano

Information sur la création

  • 20 April 1985, Slovaquie, Bratislava, Étude I, par Louise Sibourd ; Études II, III, VI : 24 septembre 1985, Varsovie, Volker Banfield ; Études IV, V, 1 novembre 1985, Hambourg, Volker Banfield.

Observations

Prix Grawemeyer 1986 (University of Louisville).

Titres des parties
  • I. Désordre
  • II. Cordes à vide
  • III. Touches bloquées
  • IV. Fanfares
  • V. Arc-en-ciel
  • VI. Automne à Varsovie

Note de programme

La conception d’un nouveau genre d’articulation rythmique fut ma préoccupation principale dans ces Études. […] En 1976, lorsque j’écrivis mes pièces pour deux pianos, je ne connaissais pas encore Conlon Nancarrow ni la musique de l’Afrique subsaharienne. Mais j’avais toujours été fasciné par les dessins-devinettes et les paradoxes de la perception et des idées, aussi par certains aspects de la constitution et de l’organisation de la forme, de la croissance et de la transformation par la séparation de différents niveaux d’abstraction de la pensée et du langage. De plus, j’ai beaucoup d’affection pour Lewis Carroll, Maurits Escher, Saul Steinberg, Franz Kafka, Boris Vian, Sándor Weöres, Jorge Luis Borges, Douglas R. Hofstadter, et ma façon de penser a été fortement influencée par les idées de Manfred Eigen, Hansjochem Autrum, Jacques Monod et Ernst Gombrich.
György Ligeti

Étude n° 2 : Cordes à vide
Andantino rubato, molto tenero
Le sujet de cette étude est donné dès les premières notes, avec cette courbe descendante de quintes – La SolDoFa – à laquelle se superpose aussitôt une courbe symétrique ascendante : il s’agit ici de quintes. Le titre fait référence aux instruments « à cordes », lesquels (à l’exception de la contrebasse) sont accordés en quintes justes. Lorsqu’un violoniste, un altiste ou un violoncelliste frotte une corde sur laquelle il ne pose aucun doigt, on dit qu’il joue une corde « à vide ». Autre référence aux instruments à corde, le « molto tenero » (très tendre) s’applique au toucher du pianiste, qui doit évoquer la douceur d’un archet…

À partir de ces quintes (en réalité à partir d’intervalles de classe C5 de la théorie des ensembles musicaux telle que développée par Howard Hanson puis Allen Forte depuis les années 1960), à la simplicité trompeuse, se bâtit peu à peu un réseau toujours plus complexe et intriqué, véritable kaléidoscope de couleurs pianistiques. Le tout dans un apparent chaos rythmique qui se referme à mesure sur lui-même.

Étude n° 5 : Arc-en-ciel
Andante molto rubato, con eleganza, with swing
Si Cordes à vide pouvait rappeler de loin Pour les arpèges composés, la onzième étude de Debussy, c’est indubitablement Arc-en-ciel qui, par son titre, comme par ses délicates touches de couleur, remporte la palme de la plus debussyste des Études de Ligeti. Il n’est du reste pas difficile de distinguer dans ses lignes éthérées, qui s’élèvent et retombent avec grâce, une impression de ces arcs-en-ciel qu’elle annonce.

La référence au swing – cultivé par jeu de décalage des accents toniques – vient renforcer l’hommage, particulièrement si l’on garde à l’oreille le jeu d’un pianiste de jazz comme Bill Evans, grand amateur de Debussy lui aussi.

Jérémie Szpirglas, programme du concert à l'Ircam, le 9 février 2012.