György Ligeti (1923-2006)

Concerto (1990)

pour violon et orchestre

  • Informations générales
    • Date de composition : 1990
      Dates de révision : 1992
    • Durée : 28 minutes
    • Éditeur : Schott, nº ED 9170
    • Commande: Widmungsträgers und des Westdeutschen Rundfunks, Cologne
    • Dédicace : à Saschko Gawriloff
Effectif détaillé
  • soliste : violon
  • 2 flûte (aussi 1 flûte alto, 1 flûte bec soprano, 1 flûte piccolo), hautbois (aussi ocarina [soprano en ut] ), 2 clarinette (aussi 1 clarinette en mib, 1 clarinette basse, 2 ocarina [sopranino en fa et alto en sol] ), basson (aussi ocarina [soprano en ut] ), 2 cor, trompette, trombone, 2 percussionniste, 5 violon, 3 alto, 2 violoncelle, contrebasse

Information sur la création

  • 3 November 1990, Allemagne, Cologne, première version (trois mouvements), par Saschko Gawriloff : violon, Kölner Rundfunk Sinfonie Orchester, direction : Gary Bertini.
  • 8 October 1992, Allemagne, Cologne, par Saschko Gawriloff : violon et l'Ensemble Modern, direction : Peter Eötvös.

Titres des parties

  • I. Praeludium: Vivacissimo luminoso
  • II. Aria - Hoquetus - Choral: Andante con moto
  • III. Intermezzo: Presto fluido
  • IV. Passacaglia: Lento intenso
  • V. Appassionato: Agitato molto

Note de programme

L'idée de la composition d'un concerto pour violon est venue de Saschko Gavriloff qui, après la création du Trio pour violon, cor et piano en 1984, demanda à Ligeti de lui composer un concerto. Six ans plus tard, le compositeur lui présenta une œuvre en trois mouvements que Gavriloff créa en novembre 1990. Mais Ligeti n'était pas satisfait et transforma la pièce pour en faire un concerto en cinq mouvements créé en 1992, toujours par Gavriloff.

Tant la structure extérieure en cinq mouvements que la structure interne de la matière musicale témoignent d'un nouveau tournant du chemin créateur de Ligeti qui se situe au milieu des années 1980, pendant la composition de son Concerto pour piano et de quelques-unes des Études pour piano. À propos de Ramifications, nous avons parlé d'une transformation des blocs statiques en faisceaux dynamiques, la pulsation métrique demeurant en arrière-plan. Le nouveau style de Ligeti restaure les droits du rythme et le place même au premier plan par une pulsation accentuée et par l'utilisation d'un groupe de percussion important. L'auditeur perçoit tout de suite la nouveauté de cette pulsation, d'autant plus que la métrique divisive et symétrique de la tradition européenne se voit substituer une asymétrie additive d'un effet absolument bouleversant. Nous connaissons ces modèles rythmiques asymétriques par le folklore musical balkanique et les Danses bulgares de Bartók, mais l'asymétrie interne du mètre y est contrebalancée par la pulsation périodique d'unités répétées. Chez Ligeti, par contre, l'irrégularité de la pulsation frise les limites de la perception humaine. Son changement continuel et irrégulier est rendu encore plus complexe par l'alternance horizontale de différents mètres à laquelle s'ajoute un décalage vertical, créant une polymétrie des voix synchroniques. Ligeti a été très influencé par la polymétrie complexe des musiques tribales africaines — et ne s'en cache pas —, tout en soulignant toujours qu'il considère cette source comme un modèle, un encouragement à la réalisation de ses propres principes créateurs.

Le fait qu'on retrouve dans ce concerto de véritables mélodies de violon nous apparaît comme une sorte de restauration, sans pour autant que ces mélodies minces et raffinées nous ramènent jamais à une conception romantique, car elles sont combinées à des techniques archaïques comme le hoquet médiéval (deuxième mouvement), ou confrontées à un arrière-plan mystérieux (quatrième mouvement) ou extrêmement fluide (troisième mouvement).

L'intention de s'éloigner du système tempéré peut être à nouveau observée. Selon l'indication de la partition, un violon et un alto de l'orchestre — d'ailleurs très réduit — sont accordés par rapports aux harmoniques naturels de la contrebasse, respectivement presque un quart de ton plus bas et plus haut que le diapason habituel. De plus, l'ensemble comporte des instruments à vent particuliers, tels l'ocarina et la flûte à coulisse, qui émettent des hauteurs imprécises. L'interférence entre instruments accordés et « désaccordés » alliée aux sifflements des vents enveloppent la sonorité d'un aura vitreusement scintillante.

Lucie Kayas, programme du Théâtre du Châtelet 1996-1997.