updated 28 July 2020

Tristan Murail

Compositeur français né le 11 mars 1947 au Havre.

Tristan Murail obtient des diplômes d’arabe classique et d’arabe maghrébin à l’École nationale des langues orientales vivantes, ainsi qu’une licence ès sciences économiques et le diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris. En 1967, il entre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris dans la classe d’Olivier Messiaen et y obtient un premier prix de composition en 1971. La même année, il reçoit le Prix de Rome et passe deux ans à la Villa Médicis. Durant ses années de formation, ses modèles se trouvent parmi les esthétiques qui s’attachent à créer des mouvements globaux de masses, de volumes ou de textures sonores : la musique électroacoustique, les œuvres de Iannis Xenakis, de Giacinto Scelsi et surtout de György Ligeti.

À son retour à Paris en 1973, il fonde, avec Michaël Lévinas et Roger Tessier, le collectif de musiciens L’Itinéraire, qui deviendra un laboratoire précieux pour ses recherches dans le domaine de l’écriture instrumentale, de l’emploi de l’électronique en temps réel et de la composition assistée par ordinateur. La même année, il compose La Dérive des continents et Les Nuages de Magellan qui marquent son premier style ; des pièces s’apparentant à un magma sonore ininterrompu, sans articulation ni réelle évolution. Sables (1974) et Mémoire/Erosion (1975-1976) marqueront ensuite deux étapes successives du compositeur vers l’épure.

En 1980, les compositeurs de L’Itinéraire participent à un stage d’informatique musicale à l’Ircam. Cette expérience aura un impact décisif sur l’évolution de la musique de Tristan Murail qui commence à utiliser l’informatique pour approfondir sa connaissance des phénomènes acoustiques. Il compose Désintégrations en 1982-1983, sa première expérience de superposition de sons instrumentaux et de sons de synthèse. Avec Serendib (1991-1992) et d’autres œuvres de cette époque (La Dynamique des fluides, La Barque mystique), sa musique atteint un stade extrême de morcellement, d’articulation, et d’imprévisibilité du déroulement. De 1991 à 1997, il collabore avec l’Ircam où il enseigne la composition et participe au développement du programme d’aide à la composition « Patchwork ». Il enseigne également dans de nombreux festivals et institutions, notamment aux cours d’été de Darmstadt, à l’Abbaye de Royaumont et au Centre Acanthes.

Parmi ses œuvres récentes, Légendes urbaines, est créé en novembre 2006 à la Cité de la musique à Paris par l’Ensemble intercontemporain sous la direction de Jonathan Nott,  Contes cruels – commande de la Radio Néerlandaise pour le Festival Output –, en septembre 2007 au Muziekgebouw d’Amsterdam. En moyenne et extrême raison, pour quinze instruments et sons électroniques, est créé en avril 2009 à Montréal par le Nouvel Ensemble Moderne dirigé par Lorraine Vaillancourt et Les Sept Paroles, pour orchestre, chœur et électronique, en avril 2010 à Amsterdam par le chœur et l’orchestre de la Radio néerlandaise dirigé par Marin Alsop. En 2011, Murail achève avec La Chambre des cartes le cycle de six pièces pour ensemble, Portulan, commencé en 1998 avec Feuilles à travers les cloches. Le Désenchantement du monde, concerto symphonique pour piano, est créé par le Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks sous la direction de George Benjamin lors des Musica Vica de Munich en 2012. La troisième pièce de son cycle Reflections / Reflets, commencé en 2013, est créée par le WDR Sinfonieorchester Köln sous la direction de Sylvain Cambreling en 2017 (Reflections / Reflets III - Vents et marées / Tidal winds).

Tristan Murail est professeur de composition à l’Université Columbia à New York de 1997 à 2010. En mai 2010, il est choisi pour être membre du jury du Prix international de composition Toru Takemitsu de Tokyo ; il est appelé également à animer des ateliers de composition et des conférences et à donner des concerts au Centre Acanthes de Metz en juillet 2010. En été 2011, il est l’invité d’honneur de la quatorzième édition du festival Messiaen à La Grave. Il enseigne aux cours d’été de Darmstadt, à Royaumont, au Conservatore de Shangai ainsi qu’à l’Université Mozarteum de Salzbourg.


© Ircam-Centre Pompidou, 2017

Sources

  • Éditions Lemoine.
  • *Tristan Murail,*Modèles et artifices, textes réunis par Pierre Michel (voir les ressources documentaires).
  • Tristan Murail, coll. « Les cahiers de l’Ircam, Compositeurs d’aujourd’hui », textes réunis par Peter Szendy (voir les ressources documentaires).

Liens Internet

(liens vérifiés en juillet 2020).

Bibliographie sélective

Écrits de Tristan Murail
  • Tristan MURAIL, « Models & artifice – The collected writings of Tristan Murail », textes réunis par Joshua Fineberg et Pierre Michel, dans Contemporary Music Review, volume 24, n° 2 et 3, Editions Routledge, Londres 2005, p. 275 – 279.
  • Tristan MURAIL, « La révolution des sons complexes », dans Darmstädter Beiträge zur Neuen Musik n° 18, Schott, 1980, p. 77-92. [réédité dans Actes de la semaine de musique contemporaine, Académie de France à Rome & France Culture, 1982].
  • Tristan MURAIL, « Spectres et lutins », dans Darmstädter Beiträge zur Neuen Musik n° 19, Schott, 1982, p. 24-34, [réédité dans L’Ircam – une pensée musicale, Editions des Archives Contemporaines, 1984].
  • Tristan MURAIL, « Scelsi, l’Itinéraire - l’exploration du son », dans Le Journal de Royaumont n° 2, Royaumont, 1988.
  • Tristan MURAIL, « Questions de cible », dans la revue Entretemps n° 8, Editions Entretemps, Paris, septembre 1989 [Dossier Tristan Murail].
  • Tristan MURAIL, « Kristi syv ord på korset (The seven Words of Christ) », dans Dansk Musik Tidsskrift n° 6, Editions DMT, Snekkersten (Danemark), 1990-1991.
  • Tristan MURAIL, « Ecrire l’électronique », dans La Revue Musicale, Editions Richard-Masse, Paris, 1990.
  • Tristan MURAIL, « Scelsi, De-compositore », dans Giacinto Scelsi - Viaggio al centro del suono, Luna Editore, La Spezia, 1992.
  • Tristan MURAIL, entretien avec Danielle Cohen-Levinas / dossier « Composition et environnements informatiques », dans Les Cahiers de l’Ircam, Recherche et Musique n° 1, Paris, Editions Ircam-Centre Pompidou, Paris, 1992, p. 19-34 [réédité dans : Danielle Cohen-Levinas, « Entretiens avec Murail » dans Causeries sur la musique : entretiens avec des compositeurs, Paris, Editions L’Harmattan-L’Itinéraire, 1999].
  • Tristan MURAIL, « Un temps pour chaque son » (entretien avec Michel Passelergue), dans la revue Phréatique n° 68-69, Editions ARCAM, Paris, 1994.
  • Tristan MURAIL (avec également des textes de Steven Macadams, Suzanne Weinsberg, Joshua Fineberg, Emmanuel Bigant, Carolyn Drake), « Dissonance : « Allégories » of the Concept and « Désintégrations » of the Preconceptions », dans 3rd ICMPC International Conference for Music Perception and Cognition proceedings, éditions ESCOM (Centre de Recherches et de Formation Musicales de Wallonie), Liège, 1994.
  • Tristan MURAIL, « After-thoughts », dans Contemporary Music Review, volume 19 n° 3, Editions Harwood Academic Publishers, New Jersey (Etats-Unis), 2000.
  • Tristan MURAIL, « Le temps des convergences est révolu », dans Musiques Actuelles, musique savante, quelles interactions ? ; Editions L’Harmattan, Paris, 2001.
  • Tristan MURAIL, Modèles et artifices, textes réunis par Pierre Michel, Editions Presses Universitaires de Strasbourg, Strasbourg, 2004.
  • Tristan MURAIL, « Ostrava Seminar », dans Ostrava Days 2003 Report, Ostrava Center for New Music, Ostrava (Czech Republic), New York, 2003.
Écrits sur Tristan Murail
  • Thierry ALLA, Tristan Murail, la couleur sonore, Paris, Michel de Maule éditeur, décembre 2007.
  • Julian ANDERSON, « Dans le contexte », dans la revue Entretemps n°8, Editions Entretemps, Paris, 1989.
  • Julian ANDERSON, « In Harmony - the music of Tristan Murail », dans The Musical Times, The Musical Times Publications Ltd, Londres juin 1993.
  • Marc-André DALBAVIE, « Notes sur Gondwana », dans la revue Entretemps n°8, Editions Entretemps, Paris, 1989.
  • Eric DAUBRESSE, Gérard ASSAYAG, « Technology and creation – The Creative Evolution », dans Contemporary Music Review, volume 19, n° 2, éditions Routledge, Londres, 2000, p.61-80.
  • Dominic GARANT, Tristan Murail : une expression musicale modélisée, L’Harmattan, Coll. Univers Musical, Paris, 2001.
  • Dominic GARANT, Tristan Murail : les objets sonores complexes, analyse de “L’Esprit des dunes”, Paris, Editions L’Harmattan, Coll. « Univers musical », 2011.
  • Eric HUMBERT-CLAUDE, La Transcription dans Boulez et Murail : de l’Oreille à l’éveil, Paris, Editions L’Harmattan, Coll. « Univers musical », 1999.
  • Éric HUMBERT-CLAUDE, « Les modèles perceptuels par simulation instrumentale dans les œuvres de Tristan Murail », Revue Dissonance n° 13, Editions Association Suisse des Musiciens, Lausanne, 1987 [Repris dans La Revue musicale n° 421-424, septembre 1990].
  • Eric HUMBERT-CLAUDE, « Le reflet d’une oreille », dans 20e siècle – Images de la musique française, SACEM & Papiers, 1986, p. 62-69.
  • Claude LEDOUX, « From the philosophical to the practical - the music of Tristan Murail », dans Contemporary Music Review, vol. 1, n°3, Harwood Academic Pubishers, New Jersey (Etats-Unis), 2000.
  • Tristan Murail, textes réunis par Peter Szendy, Paris, L’Harmattan, Ircam-Centre Pompidou, Coll. « Compositeurs d’aujourd’hui », 2002.
  • Tristan Murail, Modèles et artifices, Textes réunis par Pierre Michel, Presse Universitaire de Strasbourg, 2004.
  • Fred POPOVICI, « Tristan Murail », dans Studii de Muzicologie, muzicala, Bucarest, 1990.
  • François ROSE, « Introduction to the pitch organization of French spectral music », dans Perspectives on New Music, volume 34, n° 2, 1996, p. 6-39.
  • Anton ROVNER, « An interview with Tristan Murail », dans 20th Century Music, Editions San Anselmo (Etats-Unis), 1998, p. 5-12.

Discographie sélective, dvds

  • Tristan MURAIL, Seven Lakes Drive ; Feuilles à travers les cloches ; Dernières nouvelles du vent d’ouest ; Les Ruines circulaires ; Guarrigue ; Paludes ; La Chambre des cartes dans « Portulan », Ensemble Cairn, Guillaume Bourgogne : direction, 1 cd Kairos, 2019, 0015050KAI.
  • Tristan MURAIL, Le partage des eaux ; Contes cruels ; Sillages, Wiek Hijmans, guitare ; Seth Josel, guitare ; BBC Symphony Orchestra, Netherlands Radio Philharmonic ; Pierre-André Valade, direction, 1 cd Aeon, 2015, AE1222.
  • Tristan MURAIL, Terre d’ombre, Orchestre Philharmonique de Radio France ; Peter Eötvös, direction, 1 cd Radio France (Densité 21), 2014, DE012.
  • Tristan MURAIL, Match 2,5 ; Tigres de verre ; La Conquête de l’Antartique ; Les Miroirs étendus ; Les Nuages de Magellan, Ensemble Volta, 1 cd RER, 2014, RERV1.
  • Tristan MURAIL, Winter Fragments ; Unanswered Questions ; Ethers ; Feuilles à travers les cloches ; Le Lac, Argento Chamber Ensemble, direction : Michel Galante, Erin Lesser : flûte, 1 cd æon, 2007, AECD0746.
  • Tristan MURAIL, « The complete piano music » : Comme un œil suspendu et poli par le songe ; Estuaire ; Territoires de l’oubli ; Cloches d’adieu, et un sourire... ; La Mandragore ; Les Travaux et les jours, Marilyn Nonken : piano, 1 cd Metier, 2005, MSVCD92097.
  • Tristan MURAIL, Désintégrations, Time and again, Gondwana, Orchestre National de France, Ensemble L’Itinéraire, dir. Yves Prin, Orchestre Beethoven Halle de Bonn, dir. Karl Anton Rickenbacher, 1 cd Montaigne/Naïve, 2003, n° 782175.
  • Tristan MURAIL, Treize couleurs du soleil couchant ; Bois Flotté ; Winter Fragments, Hervé Bailly-Basin, réalisation, Ensemble Les Temps Modernes, dir. Fabrice Pierre, DVD Accord/Una Corda/Universal music, 2002, n° 472 510-9, également disponible en cd Accord Una Corda, 2002, n° 472 511-2.
  • Tristan MURAIL, Couleur de mer, l’Attente, Treize couleurs du soleil couchant, Attracteurs étranges, La Barque mystique dans « Couleur de mer, l’Attente, Treize couleurs [et al.] », Antoine Ladrette, violoncelle, Ensemble Court-Circuit, dir. Pierre-André Valade, 1 cd Accord, 2000, n° 465 901-2.
  • Tristan MURAIL, Cloches d’adieu, et un sourire…, Territoires de l’oubli, dans « Messiaen/Murail, 3e Livre du Catalogue d’Oiseaux », avec des œuvres d’Olivier Messiaen, Roger Muraro : piano, 1 cd  MFA, coll. « MFA-Radio France » 1997.
  • Tristan MURAIL, Allégories, Vues aériennes, Territoires de l’oubli, Ensemble FA, Dominique My, piano et direction, 1 cd Accord, Coll. « Una Corda », 2000, n° 465 899-2.
  • Tristan MURAIL, Serendib, L’esprit des dunes, Désintégrations, Ensemble intercontemporain, dir. David Robertson, Paris, CD Adès, 1996, n° 465 305-2.
  • Tristan MURAIL, Serendib, L’esprit des dunes, Désintégrations dans « Tristan Murail », Ensemble intercontemporain, direction : David Robertson, 1 cd Adès, coll. « Compositeurs d’aujourd’hui » 1996.
  • Tristan MURAIL, Allégories, Kjersti Wallden : flûte, Terje B. Lerstad : clarinette, Jan Olav Martinsen : cor, Bjorn Rabben : percussion, Marek Konstantynowicz : alto, Morten Hannisdal : violoncelle, Christian Eggen : direction, 1 cd Albedo, 1993, 5-569-30052-X.
  • Tristan MURAIL, Mémoire/Erosion ; Ethers ; C’est un jardin secret, ma sœur, ma fiancée, une fontaine close, une source scellée, les courants de l’espace, dans « Murail Mémoire/Erosion », Pierre-Yves Artaud : flûte, Alain Noël : cor, Christophe Marchand : trombone), Jeanne Loriod : ondes Martenot, Ami Flamer : violon, Geneviève Renon et Sylvie Altenburger : altos, David Simpson : violoncelle, Joëlle Léandre : contrebasse, Ensemble L’Itinéraire, Orchestre national de France, direction : Charles Bruck, Jacques Mercier et Yves Prin, 1 cd Accord Una Corda, 1992, n°465900-2.
  • Tristan MURAIL, Treize Couleurs du soleil couchantdans « Espaces électriques », Ensemble l’Itinéraire, direction : Fahrad Mechkat, 1 cd Salabert Actuels, 1988, avec des œuvres de Costin Mirereanu, Michaël Lévinas, Claude Lefebvre et Roger Tessier.
  • Tristan MURAIL, Mémoire/Erosion ; Ethers ; C’est un jardin secret, ma soeur, une source scellée, une fontaine close dans « Les courants de l’espace », Ensemble L’Itinéraire, Orchestre national de France, dir. Charles Bruck, Yves Prin, J. Mercier, P-Y. Artaud, J. Loriod, CD Accord, Coll. « Una Corda », 1978, n° 465 900-2.