updated 19 May 2016

Sylvano Bussotti

Compositeur italien né le 1er octobre 1931 à Florence.

Sylvano Bussotti est né à Florence, le 1er octobre 1931. Son père, Gino, s’intéresse à la peinture et sa mère, Ines, réalise des créatures de chiffons dont Bussotti se souviendra, bien des années plus tard, dans ses œuvres. Il n’a pas encore cinq ans quand il reçoit ses premières leçons de violon et commence à composer deux ans plus tard, tout en concevant des drames, en écrivant de stricts hendécasyllabes et en lisant romans et nouvelles. Au Conservatoire Luigi-Cherubini, il étudie l’harmonie et le contrepoint avec Roberto Lupi, ainsi que le piano avec Luigi Dallapiccola, mais doit interrompre sa formation, en raison de la guerre, et ne passe aucun diplôme. Son frère, Renzo Bussotti, et son oncle maternel, Tono Zancanaro, tous deux peintres, et plus tard, le poète Aldo Braibanti sont déterminants au cours de ces premières années de création.

De 1949 à 1956, Bussotti approfondit, en autodidacte, ses études de composition. À Paris, de 1956 à 1958, il fréquente les cours privés de Max Deutsch, élève d’Arnold Schoenberg, et rencontre, grâce à Luigi Nono, Pierre Boulez et Heinz-Klaus Metzger, qui l’introduit à Darmstadt, où il fait la connaissance de John Cage. La première exécution officielle d’une de ses œuvres est celle de Breve, par Françoise Deslogères, à la Galerie 22 de Düsseldorf, en 1958 – en présence de John Cage. David Tudor interprète l’année suivante, à Darmstadt, les Pièces de chair II, avant que Cathy Berberian ne crée au Domaine musical, en 1960, Lettura di Braibanti. Membre d’un groupe d’artistes florentins qui compte Marcello Aitiani, Giancarlo Cardini, Giuseppe Chiari, Pietro Grossi, Daniele Lombardi, Sergio Maltagliati et Albert Mayr, il expérimente alors l’interaction entre son, geste et image.

Le 5 septembre 1965, la création du « mystère de chambre » La Passion selon Sade, au Teatro Biondo de Palerme, sous le titre selon Sade (il est alors jugé impossible d’associer le chemin de croix christique et le nom du Divin Marquis), suscite un scandale qui agite encore la création française de l’œuvre, à l’Odéon, le 7 décembre 1966, sous le titre Passion selon x (le nom de Sade est tout aussi malvenu et l’association pareillement proscrite).

En 1964-1965, Bussotti séjourne aux États-Unis, à Buffalo et à New York, à l’invitation de la Fondation Rockfeller. En 1972, il se rend à Berlin, à l’invitation du DAAD, pour la Fondation Ford. Quantité de prix lui sont décernés, parmi lesquels, à trois reprises, en 1961, 1963 et 1965, le Prix de la SIMC ; en 1967, le Prix all’Amelia de la Biennale de Venise ; en 1974, le Prix Toscani d’Oggi ; ou encore, en 1979, le Prix Psacaropulo.

Collaborateur de la revue Discoteca et membre du comité de rédaction de la revue Musica/Realtà, Bussotti écrit aussi, régulièrement, dans le mensuel Piano Time. Il publie en outre les volumes I miei teatri (Mes Théâtres), Letture del Tieste (Lecture du Thyeste) et Disordine alphabetico (Désordre alphabétique), qui regroupe ses principaux écrits de 1957 à 2002, ainsi que les recueils de poésies Letterati ignoranti (Lettrés ignorants) et Non fare il minimo rumore (Ne pas faire le moindre bruit). Sur son œuvre dramatique et scénographique paraissent le livre illustré Moda e musica nei costumi di Sylvano Bussotti (Mode et Musique dans les costumes de Sylvano Bussotti) et le catalogue de l’exposition qui se tient à Florence en mai-juin 1988, L’opera di Sylvano Bussotti (L’Œuvre de Sylvano Bussotti). Bussotti a été directeur artistique du Teatro La Fenice de Venise, du Festival Pucciniano de Torre del Lago et, de 1987 à 1991, de l’influente section Musique de la Biennale de Venise. Il a enseigné l’histoire du théâtre musical, la composition ou l’analyse, à l’Académie des Beaux-Arts de L’Aquila, à l’Académie Bach de Stuttgart, au Festival de Royan, et surtout, de 1980 à 1991, à l’École de musique de Fiesole.

Depuis l’enfance, la composition côtoie, chez lui, le dessin et la peinture. Des expositions de ses œuvres plastiques se tiennent dans plusieurs pays à travers le monde, et notamment au Musée d’Orsay à Paris. Mais Bussotti est aussi pianiste et exerce une activité concertante, bientôt suivie d’expériences de récitant et d’acteur, qui le mènent au théâtre, à la télévision et au cinéma – c’est d’ailleurs un cinéaste, son ami Derek Jarman, qui réalise en 1988, au Teatro Comunale de Florence, dans le cadre du Mai musical florentin, la mise de scène de son opéra L’Ispiratione, d’après Ernst Bloch. Dès 1965, sa production se caractérise essentiellement par des spectacles de théâtre musical, dans lesquels il tend à la synthèse de sa propre pratique artistique, des spectacles placés sous l’enseigne Bussottioperaballet, une institution (abrégée sous le sigle B.O.B.) qu’il fonde en 1984 à Genazzano (Latrium), où il réside, et qui propose concerts, spectacles, expositions et colloques internationaux.

Parallèlement, Bussotti compose pour la scène (pour des pièces de Maïakovski, Osborne, Beckett, Hofmannstahl, Strindberg…), réalise des films, courts et longs métrages (RARA (film), Solo, Cinque frammenti all’Italia, Apology, Immagine, Pausa…) et accumule les mises en scène d’œuvres lyriques, au Mai musical florentin, au Teatro La Fenice de Venise, au Teatro Regio de Turin, au Teatro Massimo de Palerme, au Gran Teatre del Liceu de Barcelone, au Teatro de la Zarzuela de Madrid, au Festival de Torre del Lago, aux Arènes de Vérone, au Teatro alla Scala de Milan… : des opéras de Bizet, Chailly, De Falla, Donizetti, Ghedini, Leoncavallo, Malipiero, Mascagni, Monteverdi, Moussorgski, Mozart, Ponchielli, Poulenc, Rossini, Tchaïkovski, mais aussi de Berlioz (Benvenuto Cellini à Florence, 1987) et Dallapiccola (Ulisse à Turin, 1985), et surtout de Verdi (I due Foscari, Simon Boccanegra, Il finto Stanislao, Un bal masqué, Aida) et de Puccini : Gianni Schicchi (Palerme, 1969), La fanciulla del West (Florence, 1974), La Bohème (Torre del Lago, 1981), Turandot (Torre del Lago, 1982, et Rome, 1985), Il Trittico (Milan, 1983) et Tosca (Vérone, 1984).

Bussotti est membre de l’Académie philharmonique de Rome, de l’Académie nationale de Santa Cecilia, Citoyen honoraire des villes de Palerme et Rouen, Chevalier de Mark Twain et Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.


© Ircam-Centre Pompidou, 2016

Bibliographie

  • Roland BARTHES, « La partition comme théâtre » [1976], Œuvres complètes, Paris, Seuil, 1995, t. 3, p. 387-388.
  • Moreno BUCCI, L’opera di Sylvano Bussotti, Florence, Electa, 1988.
  • Sylvano BUSSOTTI, Oggetto amato. Nottetempo, Milan, Ricordi, 1979.
  • Sylvano BUSSOTTI, I miei teatri, Palerme, Novecento, 1982.
  • Sylvano BUSSOTTI, Letterati ignoranti, Sienne, Quaderni di Barbablù, 1986.
  • Sylvano BUSSOTTI, Lettura del Tieste, Rome, Semar, 1996.
  • Sylvano BUSSOTTI, Non fare il minimo rumore, Ravenne, Il Girasole, 1997.
  • Sylvano BUSSOTTI, Disordine alfabetico. Musica, pittura, teatri, scritture (1957-2002), Milan, Spirali, 2002.
  • Sylvano BUSSOTTI, Olivier J. FRANK, Giuseppina LA FACE BIANCONI, « La lunga litania dei nostri affetti ». Omaggio a Sylvano Bussotti, Milan, Ricordi, 1991.
  • Francesco DEGRADA, Sylvano Bussotti e il suo teatro, Milan, Ricordi, 1976.
  • Davide DAOLMI et Emanuele SENICI, « L’omosessualità è un modo di cantare. Il contributo queer all’indagine sull’opera in musica », Il Saggiatore musicale, VII/1 (2000), p. 137-178.
  • Luigi ESPOSITO, Un male incontenibile. Sylvano Bussotti artista senza confini, Milan, Bietti, 2013.
  • Mario EVANGELISTI, Teatri nascosti. Gesto, segno e drammaturgia nell’opera di Sylvano Bussotti, Florence, LoGisma, 2013.
  • Daniela IOTTI, L’aura ritrovata: il teatro di Sylvano Bussotti da La Passion selon Sade a Lorenzaccio, Lucques, LIM, 2014.
  • Luciano MORINI, Aldo PREMOLI, Musique et mode dans les costumes de Sylvano Bussotti, Paris, Dessain et Tolra, 1986.
  • Giovanna MORELLI, Dopo il melodramma. Il teatro lirico di Sylvano Bussotti, Pise, ETS, 2009.
  • Alessandra LUCIOLI, Sylvano Bussotti, Milan, Targa Italiana, 1988.
  • Luca SCARLINI, Corpi di musica, Florence, Maschietto, 2010.
  • Luigi PESTALOZZA, « Bussotti al mio specchio: la categoria della memoria », L’opera di Sylvano Bussotti, Florence, Electa, 1988, p. 207-209 ; repris dans L’opposizione musicale, Milan, Feltrinelli, 1991, p. 220-226.
  • Leonardo PINZAUTI, Musicisti d’oggi. Venti colloqui, Turin, ERI, 1978.
  • Ivanka STOIANOVA, « Sylvano Bussotti : B.O.B. – Bussottioperaballet / Stratégies dissipatives dans Questo fauno et Tieste », Musiques vocales en Italie depuis 1945, sous la direction de Gianmario Borio et Pierre Michel, Notre Dame de Bliquetuit, Millénaire III, 2005, p. 29-60.

Discographie

  • Sylvano BUSSOTTI, La Passion selon Sade, Extraits de concert (I), Le Bal Miro’, Première suite – Anthologie pour orchestre (II), solistes sous la direction de Marcello Panni (I), Orchestre symphonique de la RAI de Rome, sous la direction de Lothar Zagrosek (II), CD Ricordi, CRMCD 1002, 1987.
  • Sylvano BUSSOTTI, Nympheo (Versione dal francese, Citazione con Quartina per Maurice, Preludio e nove variazioni, Nudino, La Vergine Ispirata, Max Deutsch in memoriam, Naked Angel Face, Prosa, In Memoriam, Tredici fogli d’album, Due canti, Studia sempre), Sylvano Bussotti (récitant, piano), Mario Bolognesi (ténor), Aurio Tomicich (basse), Maurizio Ben Omar (percussion), Alberto Bocini (contrebasse), Mauro Castellano (piano), Roberto Fabbriciani (flûte), Stefano Scodanibbio (contrebasse), Augusto Vismara (alto), Maurio Ruffini (concertatore), CD Ricordi, CRMCD 1019, 1992.
  • Sylvano BUSSOTTI, The Rara Requiem (I), Bergkristall (II), Lorenzaccio, Symphonie (III), solistes, Chœur de la Musikhoschule de Sarrebruck (sous la direction de Herbert Schmolzi), Orchestre symphonique de la Radio de Sarrebruck, sous la direction de Gianpiero Taverna (I), Orchestre symphonique de la NDR, sous la direction de Giuseppe Sinopoli (II et III), 2 CD Deutsche Grammophon, DG 437 739-2, 1993.
  • Sylvano BUSSOTTI, Il preludio, Pour clavier, Bartók-Busoni, capriccio di 34 mikrokosmos, Brillante, Sonatina Gioacchina, Musica per amici, Petit bis, Martine Joste (piano), CD Mode, Mode 65, 1998.
  • Sylvano BUSSOTTI, Fogli d’album, Aquila imperiale con Ganymede, Luca Paoloni (violon) et Sylvano Bussotti (piano), CD Stradivarius, STR 33402, 2003.
  • Sylvano BUSSOTTI, The Rara Requiem, solistes, Chœur et Orchestre du Teatro La Fenice, sous la direction d’Arturo Tamayo, CD Col legno, WWE 20221, 2005.
  • Sylvano BUSSOTTI, Il catalogo è questo (Opus Cygne, Raragramma, Trittico et I Poemi), Sylvano Bussotti (récitant), solistes, Ensemble vocal Aquarius (sous la direction de Marc-Michaël De Smet), Orchestre philharmonique du Luxembourg, sous la direction d’Arturo Tamayo, 2 CD, Timpani 2C2114, 2009.
  • Sylvano BUSSOTTI, Autotono (El Carbonero, Couple, Cœur, Per Tre, Lachrimae, extraits de Fedra, extrait de 5 frammenti all’Italia, Gran duo, Autotono, E l’uccellino), mdi ensemble, sous la direction de Yoichi Sugiyama, CD Stradivarius, STR 33884, 2010.
  • Sylvano BUSSOTTI, Echi danzanti, tratti da Solo, Giovanna Reitano (harpe) et Sylvano Bussotti (récitant), CD Stradivarius, STR 33749, 2011.
  • Sylvano BUSSOTTI, Quattro pianoforti, 12 folie d’après François Couperin le Grand, La Vergine Ispirata, Per Tre, Bartók-Busoni, capriccio di 34 mikrokosmos, Olof Palme, Le pietre di Venezia, Sylvano Bussotti (clavecin et piano), Aldo Orvieto, Ciro Longobardi, Giovanni Mancuso, Debora Petrina (pianos), Carlo Lazari (violon), Claudio Ambrosini (inside piano), Alvise Vidolin (live electronics), CD Stradivarius, STR 33952, 2013.

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