updated 7 August 2018
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Serge Prokofiev

Compositeur russe né le 25 avril 1890 à Sontsovka, Ukraine, mort le 5 mars 1953 à Nikolina Gora, près de Moscou.

Né le 23 avril 1891 à Sontsovka, dans un village de la région de Donetsk (actuellement en Ukraine), le compositeur russe Serge (Sergueï Sergueïvitch) Prokofiev connaît une enfance aisée et choyée. Fils unique d’un agronome, il commence l’apprentissage de la musique avec sa mère, pianiste amateur, et compose ses premières pièces pour piano entre 1896 et 1901, ainsi que quelques scènes lyriques. Il prend ensuite des cours privés de théorie et d’harmonie avec Reinhold Glière. Admis au Conservatoire de Saint-Pétersbourg en 1904, il est l’élève d’Alexander Winkler et Anna Essipova (piano), d’Anatoli Liadov (harmonie et contrepoint), de Yasep Vitol (composition), de Nikolaï Rimski-Korsakov (orchestration) et d’Alexandre Tcherepnine (direction d’orchestre). Mais il dira s’être formé surtout en lisant des partitions et en assistant aux Soirées de musique contemporaine placées sous la férule d’Alfred Nourok, Walter Nouvel et Viatcheslav Karatyguine : il y entend des œuvres de Reger, d’Indy, Debussy et Richard Strauss. Ces soirées lui permettent de se produire dans ses propres pièces pour piano. L’énergie de son jeu percussif et l’âpreté de son langage captivent les auditeurs progressistes, rebutent les conservateurs. Il est aussi l’interprète de ses contemporains, parmi lesquels Arnold Schoenberg, et rencontre notamment Maxime Gorki et Vladimir Maïakovski.

En récompense de son diplôme obtenu en 1914 (il décroche son prix de piano en interprétant son Concerto n° 1), sa mère lui offre un voyage à Londres, où il découvre Daphnis et Chloé, L’Oiseau de feu, Petrouchka et Le Sacre du printemps. Walter Nouvel le présente à Diaghilev qui lui commande le ballet Ala et Lolly, dont le matériau sera repris dans la Suite scythe après l’abandon du projet. Lors de la Révolution de 1917, Prokofiev juge la situation politique peu favorable au développement de sa carrière et décide de tenter sa chance aux États-Unis, où il se rend via le Japon. Dans les premiers temps, il déroute le public new-yorkais, tandis que Chicago accueille favorablement son Concerto pour piano n° 1 et la Suite scythe. C’est également à Chicago que sont créés le Concerto pour piano n° 3 et l’opéra L’Amour des trois oranges. Sa période américaine (1918-1922) est entrecoupée d’un séjour à Paris, où les Ballets russes de Diaghilev créent Chout en 1921. Après un intermède à Ettal en Bavière, lieu de son mariage avec la chanteuse Lina Llubera (pseudonyme de Carolina Codina), il décide de s’installer en France à la fin de l’année 1923 – il effectue également des tournées à Cuba et au Canada. À Paris, il attire l’attention par sa virtuosité pianistique et la singularité de ses compositions. Il y crée, entre autres, le Concerto pour violon n° 1, la Sonate pour piano n° 5, le Concerto pour piano n° 2, les Symphonies nos 2 et 3, les ballets Le Pas d’acier et Le Fils prodigue. Mais certaines de ses partitions, comme la Symphonie n° 3, n’obtiennent pas le succès escompté. En outre, aucun théâtre n’accepte de monter son opéra L’Ange de feu.

Dès lors, Prokofiev regarde vers son pays natal dont il s’était absenté, mais pas exilé. En 1927, il effectue une première tournée en URSS, où chacun de ses récitals lui vaut un triomphe. Enthousiasmé par le dynamisme du nouvel État et par la place de premier plan qu’il accorde à la culture, il y retourne en 1929 et 1932, accepte de composer sa première musique de film pour Le Lieutenant Kijé et reçoit la commande de Roméo et Juliette pour le Théâtre du Bolchoï à Moscou (le ballet sera finalement créé à Brno). En mai 1936, il s’installe avec sa famille à Moscou pour vivre en Union soviétique. Comme les autres artistes importants, il est évacué en août 1941 (il regagne Moscou en octobre 1943). Le conflit motive la composition de l’opéra Guerre et Paix, qui ne sera pas créé de son vivant dans sa version définitive. Si ses partitions ne sont pas toutes destinées à célébrer le régime, il souscrit toutefois à ce qu’on attend d’un musicien soviétique en composant des œuvres éducatives (Pierre et le loup), des marches (les opus 69, 88, 99), des cantates et opéras patriotiques (Cantate pour le vingtième anniversaire d’OctobreZdravitsa, Sémion Kotko, L’Histoire d’un homme véritable, etc.).

Entre 1936 et 1938, il avait bénéficié d’une certaine liberté et avait pu encore se rendre à l’étranger. Mais après sa tournée à l’Ouest en 1938, l’année où il compose, pour Sergueï Eisenstein, la musique du film Alexandre Nevski, bientôt suivie de celle d’ Ivan le terrible, les autorités prétextent des formalités administratives et lui demandent son passeport. Le document ne lui est jamais rendu, ce qui interdit tout déplacement hors de l’URSS. Nommé en 1947 « Artiste du peuple », l’étau se resserre quand, au début de l’année 1948, la campagne anti-formaliste dirigée par Tikhon Khrennikov (mais pilotée par Andreï Jdanov) amorce son effet destructeur. Stigmatisé par le décret publié par le Comité central le 10 février 1948, Prokofiev doit faire son autocritique. Plusieurs de ses partitions sont interdites, l’ensemble de sa musique fait l’objet de violentes attaques. Le 20 février, sa femme Lina (dont il s’était séparé en 1941 pour vivre avec Mira Mendelssohn) est arrêtée, accusée d’espionnage et envoyée en camp de travail (elle en sortira en 1956). À partir de ce moment, Prokofiev compose moins, également en raison de problèmes de santé de plus en plus importants. Le 5 mars 1953, à Nikolina Gora, près de Moscou, il meurt d’une congestion cérébrale, une heure avant Staline – la Pravda annonce sa mort avec six jours de retard. En 1957, l’année de création de Guerre et Paix, le Prix Lénine lui est remis à titre posthume.


© Ircam-Centre Pompidou, 2018

Bibliographie

  • Michel DORIGNÉ, Serge Prokofiev, Paris, Fayard, 1994.
  • Laetitia LE GUAY, Serge Prokofiev, Arles, Actes Sud, 2012.
  • Olivier BELLAMY, Dans la gueule du loup, récit roman, Paris, Buchet-Chastel, 2013.
  • Claude SAMUEL, Prokofiev, Paris, Seuil, Collection Solfèges, 1960.
  • Frans C. LEMAIRE,Le destin russe et la musique: Un siècle d’histoire de la Révolution à nos jours, Paris, Fayard, 2005.
  • André LISCHKE, Guide de l’opéra russe, Paris, Fayard, 2017.
  • Harry HALBREICH, Notre dossier Prokofiev, Magazine Crescendo, Bruxelles, mars 2003 (sur papier et en ligne).
  • Dominique FERNANDEZ, Eisenstein, Paris, Grasset, 1975.
  • Harlow ROBINSON, Sergei Prokofiev, a biography, Boston, Northeastern University, 2002.
  • Daniel JAFFE, Sergey Prokofiev, Londres, Phaidon Press, 2008.
  • Sergey PROKOFIEV, Diaries (Journaux intimes), traduits enanglais par Anthony Phillips, Ithaca (NY), Cornell University Press, 2008.
  • Sergueï PROKOFIEV, Materialy, dokumenty, vospominania, éd. S. Schlifstein, Moscou, 1961.
  • Sergey PROKOFIEV, Autobiography, articles, reminiscences, éd. S. Schlifstein, University Press of the Pacific, Honolulu, Hawaii, 2000.
  • Simon MORRISON, The People’s Artist: Prokofiev’s Soviet Years,Oxford, 2013.
  • Simon MORRISON, The Love & Wars of Lina Prokofiev, Londres, 2009.
  • David NICE, Prokofiev: From Russia to the West 1891–1935, Londres, 2003.
  • Igor VISHNEVETSKY, Сергей Прокофьев (Sergueï Prokofiev), Moscou, 2009.
  • Richard TARUSKIN, Sergei Prokofiev The New Grove Dictionary of Opera, ed. Stanley Sadie, Londres, 1992.

Discographie

1) Musique symphonique
  • Symphonie n°1 en ré majeur opus 25 : Orchestre de la Philharmonie Tchèque de Prague dir. Karel Ančerl. Supraphon SU 3670-2 011.
  • Symphonie n°2 en ré mineur opus 40 : Orchestre Philharmonique de Berlin dir. Seiji Ozawa. DGG 435027-2.
  • Symphonie n°3 en do mineur opus 44 : Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam dir. Kiril Kondrachine. Philips 438284-2.
  • Symphonie n°4 en do majeur opus 47 (deux versions) : Orchestre National de France dir. Mstislav Rostropovitch. Erato 75381.
  • Symphonie n°5 en si bémol opus 100 : Orchestre symphonique de Birmingham dir. Simon Rattle. EMI 7545772.
  • Symphonie n°6 en mi bémol mineur opus 111 : Orchestre Philharmonique de Leningrad dir. Evgueni Mravinski. Profil PH16026/4.
  • Symphonie n°7 en do dièse mineur opus 131: Orchestre Philharmonique Tchèque dir.Václav Smetáček. Praga PR 250014.
  • Pierre et le Loup opus 67 : Jacques Brel et l’Orchestre des Concerts Lamoureux dir. Jean Laforge. UNIVERSAL LICENSING MUSIC, 069458-2.
  • Roméo et Juliette opus 64 : Orchestre de Cleveland dir. Lorin Maazel. DECCA 417510-2.
  • Alexandre Nevsky : Chœur et Orchestre Philharmonique Tchèque dir. Karel Ančerl. Supraphon SU 111948-2.
2) Œuvres concertantes
  • Concertos pour violon et orchestre : Itzhak Perlman et l’Orchestre Symphonique de la BBC dir. Guennadi Rojdestvenski. EMI 747 025 2.
  • Concertos pour piano : Kun Woo Paik et l’Orchestre Symphonique de la Radio Polonaise dir. Antoni Wit. Naxos 8.550566.
  • Symphonie concertante opus 125 et Concertino en sol mineur opus 132 pour violoncelle et orchestre : Mstislav Rostropovitch et l’Orchestre Symphonique d’URSS dir. Guennadi Rojdestvenski. EMI 2 27923 2.
  • Burmeister, Peter Schreier, Siegfried Vogel, Vladimir Bauer. Piano: Jutta Czapski, Walter Olbertz. Flûte: Siegfried Hermann. Guitare: Thomas Heyn. Leizpiger Kammermusikvereinigung, gruppe neue musik hanns eisler, dir. Max Pommer / Helge Jung. Berliner Classics 0090592 (enregistrements de 1969, 1977 et 1981, CD 1995).
3) Opéras
  • Le Joueur opus 24 : Chœur et Orchestre du Bolchoi de Moscou dir. Alexander Lazarev. Opera d’Oro OPD 7058.
  • L’Amour des Trois Oranges opus 33 (version en français) : Chœur et Orchestre de l’Opéra de Lyon dir. Kent Nagano. Virgin VCD 791084-2.
  • L’Ange de feu opus 37 : Chœur et Orchestre de l’Opéra de Saint-Pétersbourg dir. Valéry Gergiev. Philips 446078-2.
  • Guerre et Paix opus 91 : Choeur et Orchestre National de France dir. Mstislav Rostropovitch. Erato ECD 75480.
4) Musique de piano
  • Intégrale de l’œuvre par Frédéric Chiu. Harmonia Mundi 907195, 907237, 907191, 907190, 907199, 907198, 907189, 907197, 907169 et 907088.
  • Sonate n°7 en si bémol majeur opus 83: Samson François (1961). EMI 6461362.
  • Sonate n°8 en si bémol majeur opus 84 : Emil Guilels (1974). Philips 456797-2.
  • Sonate n°9 en do majeur opus 103 : Sviatoslav Richter (1956).PragaPR 250015.
5) Musique de chambre
  • Quatuors à cordes opus 50 et opus 92 : Quatuor Emerson DGG 02894796145.
  • Sonates pour violon et piano opus 80 et 94 bis : Joshua Bell (violon) et Olli Mustonen (piano). DECCA DECA , 440926-2.
6) Mélodies
  • Sélection de mélodies : Zara Dolukhanova et plusieurs accompagnateurs. Russian Disc 11341.

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