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Poul Ruders

Compositeur hollandais né le 27 mars 1949 à Ringsted

Le Danois Poul Ruders s'est forgé une réputation internationale comme l'un des compositeurs les plus animés et talentueux de notre époque.

Il se peut que vous possédiez un CD de Poul Ruders sans le savoir. Avez-vous offert à votre enfant l'excellent nouveau Dorling Kindersley A Young Person's Guide to Music pour Noël ? Eh bien, il comprend un enregistrement du Concerto in Pieces (1995) de Ruders. Il s'agit d'un hommage à Purcell pour son tricentenaire - et du cinquantième anniversaire du Young Person's Guide to the Orchestra de Britten - sous la forme d'un ensemble kaléidoscopique de variations sur un thème de Dido et Aeneas.

Né au Danemark en 1949, Ruders a appris en grande partie la composition en autodidacte. Il est devenu célèbre dans son pays ainsi que dans le reste de l'Europe et aux Etats-Unis pour avoir composé une série d'oeuvres brillantes pour orchestre et grands ensembles de chambre. Nombre de ces oeuvres furent enregistrées, permettant aux auditeurs de découvrir ses compositions chez eux et de suivre en détail l'évolution de son style.Les premières oeuvres de Ruders reflètent deux préoccupations courantes en Scandinavie : le minimalisme et la juxtaposition de références et citations stylistiques provenant de musiques de différentes époques. Ses oeuvres récentes transcendent ces centres d'intérêt, laissant place à des méthodes de composition plus libres, une plus grande homogénéité stylistique et une continuité plus régulière. Toutefois, la volonté de porter sa musique aux extrêmes de l'expression est caractéristique de ses dernières pièces.

Sa Première Symphonie (1989), commande de la BBC pour les Proms 1990, a constitué une percée dans l'évolution du langage musical de Ruders. Le sous-titre de cette oeuvre est une citation d'Egmont de Goethe : «Se réjouissant aux cieux/Rejetés vers la mort» - qui reflète bien les contrastes de la pièce entre l'activité impétueuse et le calme rêveur, ainsi qu'entre les sommets de l'exultation et les profondeurs du désespoir.La symphonie, composée pour grand orchestre, comprenant piano digital et synthétiseur, est particulièrement exigeante quant à la technique tant individuelle que collective. La plupart des autres oeuvres pour grand orchestre de Ruders sont tout aussi exigeantes. Manhattan Abstraction (1982) est un exercice intense de minimalisme systématique inspiré par les gratte-ciels se profilant sur le ciel new-yorkais. Thus Spake St John (1984) (récemment interprété avec grand succès par le London Philharmonic Youth Orchestra) est une description graphique de la fin du monde d'après le Livre de l'Apocalypse. Gong (1992) décrit le cours du soleil par de larges et éblouissants coups de pinceau orchestraux. Deux autres oeuvres, Zenith (1993) et Corona (1995) complètent cette oeuvre pour former Solar Trilogy d'une durée d'une heure.

Ruders a écrit assez peu d'oeuvres pour orchestres de chambre classiques. The Second Night Shade (1991) fut conçu pour orchestre de vents doubles (mais comprenant des trombones), percussions et cordes. Trapeze (1992) fut composé pour «orchestre de Haydn» à deux hautbois, deux cors et un petit groupe de cordes. Les orchestres de chambre britanniques devraient aussi s'intéresser à la Symphonie No 2 de Ruders, écrite pour orchestre de chambre.

Ruders est un compositeur de concertos particulièrement prolifique - selon lui, pour la simple raison que différents solistes lui en ont fait la demande. Son Concerto pour violon No 1 (1981), avec harpe, clavecin et cordes, est une pièce pleine de fraîcheur rappelant Vivaldi et Schubert. Le Concerto pour clarinette (1985) est accompagné d'un double orchestre, créant des possibilités dramatiques que Ruders exploite au maximum. L'idée à la Nielsen d'un théâtre instrumental abstrait fait son apparition au premier plan dans Drama Trilogy, constitué de Dram aphonia (1987) pour piano et ensemble de chambre, Monodrama (1988) pour percussions et orchestre sans violons ni altos, et Polydrama (1988) pour violoncelle et orchestre. Ensuite, Ruders a composé un autre triptyque de concertos pour cordes : Concerto pour violon No 2 (1991) pour grand orchestre, un second concerto pour violoncelle intitulé Anima (1993), et un Concerto pour alto (1994). Ce dernier explore les techniques de quasi doublage ou 'shadowing' entre le soliste et l'orchestre, qui jouent également un rôle majeur dans son dernier concerto, Concerto pour piano (1994) de grande envergure, commande du London Philharmonic pour Rolf Hind.

Certaines des pièces les plus importantes de Ruders furent écrites pour grands ensembles de chambre, variant de 9 à 20 solistes virtuoses. De cette catégorie se détachent trois études sur l'intégration de matières disparates : Four Compositions (1980), où les styles contrastés demeurent à l'intérieur des frontières de leurs mouvements séparés ; Four Dances in One Movement (1983), où les divers éléments sont réunis en une structure unique ; enfin le puissant Corpus cum Figuris (1984), où une large gamme de caractères musicaux sont entrecoupés de techniques similaires à celles du montage de films ou de vidéos. En post-scriptum à cette séquence, citons Nightshade (1987) pour dix instruments, dont la rare clarinette basse.Parmi les oeuvres pour ensembles plus petits, les seuls quatuors à cordes qui font aujourd'hui partie du catalogue de Ruders datent tous deux de 1979 : le Quatuor No 2, inspiré de modèles baroques et le Quatuor No 3 (Motet), inspiré par la musique du 14ème siècle. Notons Break-Dance (1984) aux rythmes violents pour sextuor avec un piano, deux trompettes et trois trombones. Les ensembles de chambre avec clarinette sont bien représentés par Vox in Rama (1983), pour clarinette, violon électrique et piano, Tattoo for Three (1984), pour clarinette, violoncelle et piano, et Throne (1988), pour clarinette et piano.

Autre instrument mis en valeur par Ruders : la guitare - en grande partie grâce à l'appui du guitariste américain David Starobin. Psalmodies (1989) est encore un concerto, une séquence de 11 miniatures contrastées pour guitare et neuf concertistes. Parmi les pièces pour guitare solo, citons Psalmodies Suite (1990), adaptée de l'oeuvre plus importante, et Etude and Ricercar (1994).Les autres oeuvres pour instrument solo comprennent Variations (1990) pour violon ; Towards the Precipice (1990), la pièce la plus récente parmi d'autres pour percussions, et Air with Changes (1993) pour harpe. Cependant, Poul Ruders est revenu au piano, composant notamment une grande Sonate No 2 (1982) et une suite de 13 Postludes (1988).

Bien qu'ayant grandi dans la grande tradition chorale danoise, Ruders a étonnamment peu composé pour les choeurs. The Three Motets (1981-88) sont de petites pièces non accompagnées dans la tradition de la Renaissance. glOrIA (1981), pour choeur et 12 cuivres (y compris une trompette basse), s'envole avec exubérance à partir de la fanfare d'ouverture des Vêpres de Monteverdi.Un fossé encore plus grand dans la musique pour voix solo a été comblé par deux arrangements récents d'oeuvres d'Edgar Allan Poe : The City in the Sea (1990), 'drame symphonique' pour contralto et orchestre, et The Bells (1993) (sur le même texte que celui arrangé par Rachmaninov), pour soprano et huit instrumentistes.

Le théâtre occupant une place importante dans bon nombre d'oeuvres de Ruders, il n'est pas surprenant qu'il soit attiré par l'opéra. Jusqu'à présent, sa seule oeuvre théâtrale est l'opéra de chambre en trois actes Tycho (1986), relatant de manière non naturaliste le conflit entre l'astronome conservateur Tycho Brache et son élève progressiste Johannes Kepler. Mais Ruders envisage de composer un second opéra, basé sur le roman futuriste de Margaret Attwood The Handmaid's Tale et dont la représentation devrait avoir lieu en 2000. Voilà une bien belle manière de célébrer le nouveau millénaire.


© Ircam-Centre Pompidou, 1997