updated 22 October 2020

Philip Glass

Compositeur américain né le 31 janvier 1937 à Baltimore.

Né à Baltimore le 31 janvier 1937, Philip Glass découvre la musique dans l’atelier de réparation de radio de son père, Ben Glass. Ce dernier possédait aussi un rayon de disques et, quand certains d’entres eux se vendaient mal, il les ramenait chez lui pour les faire écouter à ses enfants et essayer de comprendre pourquoi ils repoussaient les clients. C’est ainsi que le futur compositeur se familiarise très tôt avec les quatuors de Beethoven, les sonates de Schubert, les symphonies de Chostakovitch et autres œuvres considérées alors comme « originales », en même temps qu’il s’imprègne des musiques populaires. Avec cet éclectisme du goût, le père transmet simultanément le sens des affaires : Glass, plus tard, sera l’un des premiers compositeurs à fonder son propre label de disques.

Précoce, le jeune Glass obtient une licence à l’Université de Chicago à dix-neuf ans (matières principales : philosophie et mathématiques), puis fréquente la Juilliard School, y rencontre Steve Reich (les deux compositeurs, plus tard, en garderont un lien tenant de l’amitié peut-être, de l’émulation certainement, à la fin de la rivalité). Darius Milhaud, alors aux Etats-Unis, et dont il suit brièvement l’enseignement, l’encouragera sans doute dans l’écriture tonale. En 1963, lorsqu’il rejoint la France et fréquente les cours de Nadia Boulanger, il doit recommencer son apprentissage à la base, se plier au rigorisme de l’enseignement français de l’harmonie et du contrepoint. Il accepte un travail ponctuel, pour la musique du film Chappaqua, de transcription des improvisations du musicien indien Ravi Shankar. Il découvre alors passionnément, avec ce dernier ainsi que le joueur de tabla Alla Rakha, les structures répétitives à évolution lente et graduelle. En 1966 il voyage en Inde, y sympathise avec les réfugiés tibétains, s’imprègne de philosophies hindouiste et bouddhiste.

De retour à New York en 1967, il s’installe à Chelsea où il mène une vie de bohème, notamment avec Reich qui a déjà composé ses propres œuvres répétitives, dites « minimalistes », et monté son ensemble de musiciens. Glass joue bientôt avec Reich les œuvres de l’un et de l’autre. Tantôt plombier ou taxi, il fonde à son tour un « Philip Glass Ensemble ». Le premier style – sévère minimalisme – le mènera jusqu’au milieu des années soixante-dix et semble s’achever avec Music in twelve Parts. Une commande prestigieuse vient alors, qui sera suivi d’une célébrité soudaine : Einstein on the Beach créé au Metropolitan Opera en 1976.

Les années quatre-vingt, plus « maximalistes » que « minimalistes » comme le remarque le musicologue K. Robert Schwarz, sont largement occupées par l’expansion de l’œuvre dramatique, d’abord sur des livrets exotiques, mystiques, certains diraient New Age : Satyagraha (1980, « Étreinte de la vérité » en sanscrit ou principe de résistance par la non-violence employé par Gandhi) puis Akhnaten (1983, construit sur des mythes égyptiens, bibliques et arcadiens). Ces années voient également se développer l’œuvre orchestrale, surtout à partir du Concerto pour violon (1987).

Aujourd’hui, cette production toujours croissante compte une vingtaine opéras, huit symphonies, des oeuvres concertantes nombreuses, une quantité non moins impressionnante de musique de chambre. Les opéras semblent culminer avec The Voyage (1992), composé pour le cinquième centenaire de la découverte des Amériques, grâce à une commande du Metropolitan Opera, sans doute l’une des plus richement dotée de toute l’histoire de la musique. Suivront notamment les trois opéras transversaux augurant de la pluridisciplinarité actuelle, intéressantes « greffes » sur le cinéma de Cocteau, respectivement d’après Orphée (1993), La Belle et la Bête (1994) et Les Enfants Terribles (1996). Glass, « ambassadeur de la musique savante » auprès des stars de la musique populaire, et en cela exemple presque unique, aura côtoyé (et parfois collaboré avec) Paul Simon, Susan Vega ou David Bowie. En 2007, il écrit Book of Longing sur un cycle de chansons et de poèmes écrits par Leonard Cohen. Il aura abordé avec le même appétit l’écriture de musiques de film, comme Candyman (1992), Truman Show (1998), The Hours (2003) ou plus récemment le Rêve de Cassandre de Woody Allen. Le lien populaire-savant, il est vrai, avait toujours inspiré l’œuvre de Glass, dès la musique des débuts qui employait les mêmes claviers électroniques que la musique pop. Terry Riley, premier minimaliste américain (au même titre que son ami La Monte Young) fut peut-être l’initiateur de tels rapprochements esthétiques, avec le fondateur In C (1964) qui tourna en boucle dans les clubs de l’époque. Glass quant à lui, creusant ce sillon sa carrière durant, aura dessiné avec plusieurs décennies d’avance la tendance actuelle d’ouverture, celle du grand dégel esthétique.


© Ircam-Centre Pompidou, 2009

Liens Internet

(liens vérifiés en octobre 2020).

Film

  • Scott HICKS, Glass: a portrait of Philip in twelve parts, 2 dvds, Koch Lorber Films, 2009.

Bibliographie sélective

  • Philip GLASS, Music by Philip Glass, New York, Harper and Row, 1987, édition complétée par Robert T. Jones, Da Capo Press edition, New York, 1995.
  • Philip GLASS, Words without Music: a memoir, New York, Liveright, 2015.
  • Richard KOSTELANETZ (dir. de publication), Writings of Glass. Essays, Interviews, Criticism, ed. Schirmer, New York, 1997, ed. de poche :University of California Press, Berkeley, 1999.
  • Keith POTTER, « Philip Glass », in Four musical minimalists, Cambridge, Cambridge University Press, pp. 251-341.
  • John RICHARDSON, Singing Archaeology, Philip Glass’s Akhnaten, Wesleyan University Press, 1999.
  • Robert K. SCHWARZ, « Philip Glass, Minimalist » et « Philip Glass, Maximalist », in Minimalists, Londres, Phaidon, 1996, pp. 108-168.
  • Edward STRICKLAND, Minimalism: Origins, Indiana Univesity Press, 1993.

Discographie

Retrospectives, “Best of”
  • Philip GLASS, Glass Box: A Nonesuch Retrospective, 1 coffret 10 cds Nonesuch, 2008 : cd 1 : « Early works » : Music in Contrary Motion ; Music with Changing Parts ; Music in Similar Motion ; cd 2 : Music in twelve parts ; cd 3 : Einstein on the Beach ; cd 4 : Glassworks/Analog ; cd 5 : Satyagraha ; cd 6 : Koyaanisqatsi ; cd 7 : quatuor à cordes n° 2, 4 et 5 ; études pour piano n° 2, 3, 5, 9 ; cd 8 : the CIVIL warS: Act V—The Rome Section: Prologue ; Hydrogen Jukebox n° 3, 2, 11, 9, 10 , 6 ; Akhnaten ; cd 9 : symphonies n° 3 et 8 ; cd 10 : Mishima: Opening, November 25: Morning, Closing ; The Secret Agent: The First Meridian, Secret Agent ; Kundun: Sand Mandala, Distraught, Lhasa at night, Escape to India ; Anima Mundi: Living Waters, The Witness ; La Belle et La Bête: Overture ; The Thin Blue Line: Houston Skyline ; Dracula: Dracula, The Storm, Dr. Van Helsing and Dracula ; The Fog of War: The War to End All Wars ; Candyman: It Was Always You, Helen ; The Truman Show: Raising the Sail ; The Hours: The Poet Acts.
  • Philip GLASS, Songs from The Trilogy: 1.Protest from Satyagraha;  2.Evening Song from Satyagraha; 3.Hymn To The Sun from Akhnaten; 4. Trial - Prison from Einstein on the Beach ; 5.Akhnaten And Nefertiti from Akhnaten;  6.Kuru Field Of Justice from Satyagraha; 7.Knee 1 from Einstein on the Beach; 8.Tolstoy Farm from Satyagraha; 9.Window Of Appearances from Akhnaten; 10.Bed from Einstein on the Beach; 11.Epilogue from Akhnaten; 12.Knee 5 from Einstein on the Beach, Douglas Perry (1, 2, 6, 8), Paul Esswood (3, 5, 9, 11), Philip Glass Ensemble, 1 cd Sony, coll. Grand Répertoire, 2002.
  • Philip GLASS, The Essential - : 1. Lightning ; 2. Changing Opinion ; 3. Façades de Glassworks ; 4. The Photographer“A Gentleman’s Honor”; 5.The Kuru Field Of Justice(Satyagraha); 6.Protest(Satyagraha) ; 7.Evening Song(Satyagraha) ; 8.Hymn To The Sun(Akhnaten) ; 9.Window Of Appearances(Akhnaten) ; 10.Bed(Einstein On The Beach) ; 11.In The Upper Room /Dance VIII; 12.Metamorphosis Four; 13.Closing, Philip Glass Ensemble, direction : Michael Riesman, Janice Pendarvis (1), Paul Zukofsky (4), chœur et orchestre de l’opéra de New York (5, 6, 7), chœur et orchestre de l’opéra de Stuttgart (8, 9), 1 cd Essential Classics, 2002.
  • Philip GLASS, Œuvres Majeures, comprenant : Opening ; Metamorphosis One ; Protest ; Metamorphosis Two ; Evering Song ; Metamorphosis Five ; Akhnaten ; The Lake ; Mato Grosso ; Closing ; The Photographer ; Façades ; Dance I ; Dance II ; Bed ; Dance VIII ; Kuru Field Of Justice ; Tolstoy FarmMetamorphosis Three ; To The Sea ; Metamorphosis Four ; Islands, 2 cds, 1995.
Autres enregistrements

Voir la discographie sur le site du compositeur http://www.philipglass.com/ (lien vérifié en octobre 2020).