updated 20 June 2016

Olivier Greif

Compositeur français, né le 3 janvier 1950 à Paris et mort le 13 mai 2000 à Paris.

Né à Paris le 3 janvier 1950, Olivier Greif est issu d’une famille venue des provinces polonaises de l’Empire austro-hongrois : la déportation à Auschwitz de son père, neuropsychiatre et excellent pianiste, ne cessa de susciter des échos conscients ou inconscients dans son œuvre. Remarquablement précoce, Olivier Greif est l’élève de Lucette Descaves et d’Yvonne Desportes avant d’étudier au Conservatoire de Paris le solfège spécialisé (Marcel Bitsch), le piano (Lucette Descaves et Louise Clavius-Marius), le déchiffrage (Geneviève Joy-Dutilleux), la musique de chambre (Jean Hubeau) et la composition (Tony Aubin), classe dans laquelle il est admis en 1965 sur concours et avec dérogation d’âge, sans passer par le cursus habituel d’harmonie, de contrepoint et de fugue. Il obtient à dix-sept ans le Premier Prix de composition avec sa Sonate n° 2 pour violon et piano.

En 1969, Olivier Greif part étudier aux États-Unis dont il admire l’effervescence cosmopolite : il passe quinze mois à la Juilliard School de New York dans la classe de Luciano Berio, dont il devient l’assistant pour la création d’Opera à Santa Fe. Par l’intermédiaire de l’artiste Ultra Violet, il rencontre Andy Warhol et Salvador Dalí qui le prend en affection. De retour à Paris, il étudie à nouveau au Conservatoire la direction d’orchestre (Robert Blot) et l’orchestration (Marius Constant). La décennie 1970 voit alors éclore une première maturité créatrice, parallèlement à une activité intense de concertiste : par l’entremise d’Olivier Messiaen, il est récompensé par le Prix Nicolo de composition musicale décerné par l’Académie des Beaux-Arts (1977). De ces années datent notamment la Sonate dans le goût ancien, le Wiener Konzert pour soprano et piano, Le Tombeau de Ravel pour piano à quatre mains, Bomben auf Engelland pour voix, saxophone et piano, la Petite Cantate de chambre pour voix et deux pianos, la Sonate n° 3 pour violon et piano « The Meeting of the Waters » pour violon et piano, et la première version de deux œuvres majeures : Sonate de Requiem pour violoncelle et piano, et Les Chants de l’âme, un cycle de neuf mélodies en anglais.

Sa carrière d’interprète et de compositeur connaît bientôt un frein lié à une démarche spirituelle entreprise dès 1974. S’il se lie durablement à Dom Jean Claire, chef de chœur de l’Abbaye de Solesmes, c’est sa rencontre avec le maître indien Sri Chinmoy qui accélère son retrait : après la mort de sa mère en 1978, Olivier Greif s’engage pleinement auprès de son « guru » et accepte d’adopter le prénom bengali d’Haridas, « esclave de Dieu ». L’échec de son opéra de chambre , coproduit par l’Opéra de Paris, l’Ircam et le Festival d’automne en 1981, achève de le détacher du monde musical. Durant plus de dix ans, il se consacre à la direction du chœur Sri Chinmoy Song-Waves, qu’il fait tourner dans le monde entier : ses compositions consistent pour la plupart en une série d’arrangements de mélodies composées par son maître spirituel (plus de cent numéros d’opus qu’il désavoua par la suite). Durant ce temps, il reste un chambriste très sollicité et dirige trois années de suite l’Académie-Festival des Arcs qu’il fréquente depuis sa création.

1993 marque un vrai retour à la composition : nouvelle version de la Sonate de Requiem, Trois Pièces sérieuses, la Sonate « Le Rêve du monde » pour piano**,** lesLettres de Westerbork pour voix de femme et deux violons (Radio France), création des Chants de l’âme (Salle Gaveau). Malgré deux épisodes de lutte avec la maladie, sa carrière est alors relancée : Quintette avec piano *« *A Tale of the World »(Festival de Kuhmo, Finlande),*Hymnes spéculatifspour voix et ensemble (Musique nouvelle en liberté),Sonate pour deux violoncelles « The Battle of Agincourt » (Freibourg),*Sonate « Les Plaisirs de Chérence » pour piano. Artiste en résidence à l’Abbaye de La Prée (1997-1999), Olivier Greif reçoit le Prix Chartier de composition musicale (Académie des Beaux-Arts) et rompt avec son engagement spirituel en reprenant son nom de naissance.

Dans la seule année 1998, il livre sa Symphonie n° 1 pour baryton et orchestre, son Quatuor à cordes n° 2 avec voix, Le Livre des saints irlandais pour baryton et piano, L’Office des naufragés pour voix, clarinette, quatuor à cordes et piano, le Quadruple Concerto « La Danse des morts » pour piano, violon, alto, violoncelle et orchestre, le Trio avec piano et « Todesfuge », Quatuor à cordes n° 3 avec voix. L’année suivante viennent Trois Chansons apocryphes,Portraits et Apparitions pour piano, le Concerto pour violoncelle « Durch Adams Fall » et le Requiem pour double chœur a cappella. Peu après la création du sextuor Ich ruf zu dir et celle du Quatuor à cordes n° 4 « Ulysses », en pleine fièvre créatrice, Olivier Greif meurt brutalement à Paris, le 13 mai 2000.


© Ircam-Centre Pompidou, 2016

Bibliographie

  • Haridas [Olivier] GREIF, « Pourquoi écrire des mélodies sur des textes en langue étrangère », Journal de l’AFPC (Association française des professeurs de chant pour l’étude et la recherche), 5 (1998), p. 57 sq.
  • Haridas [Olivier] GREIF, « Chopin vu par les compositeurs d’aujourd’hui », Piano / La Lettre du musicien, 12 (1998-1999), p. 60-64.
  • Brigitte FRANÇOIS-SAPPEY, Jean-Michel NECTOUX (sous la direction de), Olivier Greif, le rêve du monde. Essais, témoignages et documents, Château-Gontier, Aedam Musicae, 2013.
  • Jean-Marc BARDOT, « Entre mémoire et cosmopolitisme, un espace de création musicale chez Philippe Hersant, Olivier Greif et Jean-Louis Florentz », Musurgia, 4 (2014), p. 21-32.
  • Brigitte FRANÇOIS-SAPPEY, « Olivier Greif », Die Musik in Geschischte und Gegenwart (MGG), Cassel / Stuttgart, Bärenreiter / Metzler, 2002, Personenteil, vol. 7, colonnes 1571-1573.
  • Brigitte FRANÇOIS-SAPPEY, « Olivier Greif et Luciano Berio. Un disciple et un maître », Musicologies, 5 (2008), Université de Paris-Sorbonne, p. 39-60.
  • Brigitte FRANÇOIS-SAPPEY, « Olivier Greif, la Rencontre des eaux », Duo violon piano, Mémoire et présence d’un genre, sous la direction de Gérard Streletski, Lyon, Université Lumière Lyon 2, 2010, p. 205-230.

Discographie

  • Sonate de Requiem, Christoph Henkel, violoncelle, Haridas [Olivier] Greif, piano, Agon/Disques Pierre Vérany, 1996, PV 720009.
  • Chants de l’âme ; Lettres de Westerbork, Jennifer Smith, soprano, Olivier Greif, piano ; Doris Lamprecht, mezzo-soprano, Alexis Galpérine et Éric Crambes, violons, Disques Triton, 1999, TRI 331101.
  • Sonate de guerre, Pascal Amoyel, piano, Pianovox, 2000, Pia 526-2.
  • « Hommage à Olivier Greif » : Sonate de Requiem, Christoph Henkel, violoncelle, Olivier Greif, piano ; Le Tombeau de Ravel, Henri Barda et Olivier Greif, piano à quatre mains ; Quatuor à cordes n° 3 « Todesfuge » avec voix, Quatuor Sine Nomine, Stephan Genz, baryton ; Trois Chansons apocryphes, Marie Devellereau, soprano, Olivier Greif, piano, Disques Triton, 2001, TRI 331119.
  • Quatuor à cordes n° 4 « Ulysses », Quatuor Syntonia, Disques Triton, 2002, TRI 331122.
  • Trio, Jonathan Bénichou, piano, Jan Orawiec, violon, Dimitri Maslennikov, violoncelle, Disques Triton, 2003, TRI 331128.
  • Requiempour double chœura cappella,BBC Singers, direction John Poole. Avec trois desPortraits et Apparitions, Olivier Greif, piano et un hommage de Mildred Clary, Disques Triton, 2005, TRI 331150.
  • Sonate de Requiem;Trio, Emmanuelle Bertrand, violoncelle, Pascal Amoyel, piano, Antje Weithaas, violon, Harmonia Mundi, 2006, HMC 901900.
  • L’Office des naufragés, Ensemble Accroche Note, avec Françoise Kubler, chant, Armand Angster, clarinette, Alexandre Gasparov, piano, Stéphanie-Marie Degand et Nathanaëlle Marie, violons, Pierre Franck, alto, Christophe Beau, violoncelle, Disques Triton, 2006, TRI 331142.
  • « Concert à L’Archipel» : Sonate pour piano et violon n° 2, Geneviève Laurenceau et Lorène de Ratuld ; Sonate « Codex Domini » pour piano, Jong Hwa Park ; Wiener Konzert pour voix et piano, Hjördis Thébault et Charles Bouisset ; Le Tombeau de Ravel pour piano à quatre mains, Henri Barda et Jong Hwa Park, Saphir Productions, 2007.
  • Sonate « The Battle of Agincourt »pour deux violoncelles ;Quatuor à cordes n° 2 avec voix, Patrick Langot et Agnès Vestermann ; Quatuor Syntonia, Alain Buet, baryton, Zig-Zag Territoires, 2009, ZZT100401.
  • « Intégrale de l’œuvre pour violon et piano » The Meetings of the Waters, Stéphanie Moraly et Romain David, Disques Triton, 2010, TRI 33165.
  • « Pascal Amoyel plays Greif » : Sonate « Les Plaisirs de Chérence », Sonate de guerre ; Pascal Amoyel Sadhana pour violoncelle et voix (dédié à Olivier Greif), Pascal Amoyel, piano, et Emmanuelle Bertrand, violoncelle ; un DVD bonus d’interviews d’Olivier Greif, Pascal Amoyel et Emmanuelle Bertrand (Triton/ABB Reportages/Mezzo), Disques Triton, 2010, TRI 331160.
  • « Le Rêve du monde : Olivier Greif joue Olivier Greif » (album double) : Suite pour piano (enr. 1962) ; Sonate de guerre pour piano (enr. 1978) ; Le Rêve du monde pour piano (enr. Varsovie, 1993) ; Sonate pour piano et violon n° 2(enr. 1968) ; Sonate n° 3 « The Meeting of the Waters » pour piano et violon (enr. Varsovie, 1993) ; Wiener Konzert pour voix et piano (enr. 1974) ; Bomben auf Engelland pour voix, saxophone et piano (enr. 1976) ; Petite Cantate de chambre pour voix et deux pianos (enr. RSR, 1977) ; Hommage à Paul Bowles pour voix et piano (enr. 1994) ; Les Trottoirs de Paris pour soprano, ténor et piano (enr. 1997), Olivier Greif, compositeur et interprète, avec Henri Barda, piano, Devy Erlih, Gottfried Schneider, violon, Ryo Noda, saxophone, Nell Froger, Evelyn Brunner, Catherine Dubosc, Jean-Paul Fouchécourt, Jo-Ann Pickens, Howard Haskin, chant, enregistrements réalisés à Paris, sauf indication contraire, INA, Mémoire vive, 2010, IMV084.
  • *Par la chute d’Adam, Concerto pour violoncelle « Durch Adams Fall » *;Sonate de requiem pour violoncelle et piano, Henri Demarquette, violoncelle, Giovanni Bellucci, piano, Orchestre National de France, sous la direction de Jean-Claude Casadesus, 2010, Accord 100401.
  • Musique de chambre (pièces diverses), Bertrand Giraud, piano, Mathieu Godefroy, violon, Delphine Biron, violoncelle, Frédéric Chatoux, flûte, Alexandre Chabod, clarinette, Anima Records, 2010, ANM 100300001.

Vidéographie

  • Les Incontournables. Olivier Greif, compositeur, série documentaire d’Anne Bramard-Blagny offrant des entretiens inédits avec Olivier Greif, des captations de concerts et de nombreux témoignages, 12 DVDs, 2013. Diffusion : www.abbreportages.fr (lien vérifié en juin 2016).

Site internet

  • www.oliviergreif.com (lien vérifié en juin 2016), site en lien avec l’Association Olivier Greif.