updated 27 March 2019
© Saara Vuorjoki, Fimic

Magnus Lindberg

Compositeur finlandais né le 27 juin 1958 à Helsinki.

Compositeur finlandais né en 1958 à Helsinki, Magnus Lindberg débute le piano à onze ans et entre à quinze ans à l’académie Sibelius où il étudie l’écriture, la composition et la musique électroacoustique dans les classes de Risto Väisänen, Einojuhani Rautavaara, Paavo Heininen et Osmo Lindeman. Magnus Lindberg rencontre Brian Ferneyhough et Helmut Lachenmann à Darmstadt, puis Franco Donatoni à Sienne, et devient en 1981 l’élève de Vinko Globokar et de Gérard Grisey à Paris. Il travaille au studio EMS à Stockholm, à la fin des années soixante-dix, puis au studio expérimental de la Radio finlandaise, ainsi qu’à l’Ircam, dès 1985.

Pianiste, interprète d’œuvres de Berio, Boulez, de Stockhausen ou de Zimmermann, il fonde en 1977 avec, entre autres, Kaija Saariaho et Esa-Pekka Salonen, l’association Korvat auki (Ouvrir les oreilles) et en 1980, l’ensemble Toimii (Ça marche !), qui seront le laboratoire de bien de ses expérimentations compositionnelles.

Magnus Lindberg est fréquemment invité à l’Ircam à la fin des années quatre-vingt, où il compose UR (1986) et Joy (1989-1990). Il est lauréat de la Tribune des compositeurs à l’Unesco, en 1982, pour …de Tartuffe, je crois (1981), et en 1986 pour Kraft (1983-1985), qui obtient aussi le prix du Conseil nordique en 1988. Lindberg est récompensé du prix Italia en 1986 pour Faust (1986). Le compositeur reçoit par ailleurs le prix Koussevitsky en 1988. Il est nommé professeur de composition au conservatoire royal de Suède en 1996.

Lors de sa période parisienne, de 1981 à 1993, sa musique s’ouvre à diverses influences qu’il assimile et intègre de manière très personnelle, restant à distance de l’esthétique post-moderne. Si l’on peut voir des traces du symphonisme de Sibelius, du free-jazz, de l’énergie des groupes post-punk, du minimalisme américain, des musiques traditionnelles, en particulier d’Asie du sud-est (gamelan), Lindberg n’adopte pas moins parallèlement l’héritage du sérialisme américain de Babbitt qu’il pousse, dans ses premières œuvres, jusqu’à un haut degré de formalisation, ou encore le principe de classification harmonique de la Set theory d’Allen Forte. Zona (1983), pour violoncelle solo et sept instruments, est le produit d’une systématisation rythmique pré-compositionnelle, comme c’est le cas aussi de Kraft (1983-1985) pour orchestre et ensemble. De même, le spectralisme français contribuera à l’élaboration de son écriture harmonique, associé au principe de la chaconne – suite d’accords traitée de manière cyclique au cours de l’œuvre : Kinetics (1988-1989) pour orchestre symphonique, Marea (1989-1990) pour orchestre de chambre et Joy (1989-1990) pour grand ensemble sont autant de preuves de sa sensibilité raffinée pour le son, et d’un sens dramatique sûr.

À partir de Duo concertante, Corrente, et le concerto pour piano (1990-1994), le compositeur aspire à une plus grande pureté de sonorités, une légèreté de l’ornementation, contrairement à la brutalité apparaissant dans Kraft. Magnus Lindberg trouve alors dans le grand orchestre sa formation de prédilection : après Corrente II (1992), version pour orchestre de Corrente, Aura (In memoriam Witold Lutoslawski, 1993-94) apparaît comme la synthèse de ses démarches créatrices antérieures. Marquée par le soucis de la grande forme, elle représente dans les années quatre-vingt dix un pendant à la monumentalité de Kraft, composée une décennie plus tôt. Ni symphonie, ni concerto pour orchestre, Aura tend à émanciper l’individualité virtuose de la masse orchestrale, tout en préservant les larges effets de texture. Avec Arena (1994-1995) et Feria (1995-1997), Lindberg exploite à nouveau le matériau kaléidoscopique de l’orchestre et le prolonge par l’élaboration de Fresco (1997-1998), Cantigas (1997-1999) et Parada (2001), qui forment ce qu’il appelle son « triptyque symphonique »), renvoyant, par cette expression, à la « trilogie » de Kinetics, Marea et Joy. Cantigas actualise le principe formel de la chaconne, renforcée ici par l’organisation des différents tempi.

Magnus Lindberg est considéré aujourd’hui comme un compositeur majeur dans le domaine de la musique orchestrale. Des pièces récentes comme Sculpture (2005) ou Seht die Sonne (2007), Scoring (2009), Al largo (2010) ou Era écrites pour de prestigieux orchestres, viennent confirmer la notoriété du compositeur en ce domaine.

De 2009 à 2012, il est compositeur en résidence au New York Philharmonic, et en 2011-2012 à la SWR Radio Symphony Orchestra de Stuttgart, puis, de 2014 à 2017 au London Philharmonic Orchestra où il travaille sur plusieurs commandes, notamment une nouvelle œuvre pour la soprano canadienne Barbara Hannigan. En 2016-2017, il est compositeur en résidence à l’Orchestre Philarmonique de Radio France.  


© Ircam-Centre Pompidou, 2013

Sources

  • Ilkka ORAMO, « Lindberg, Magnus », Grove Music Online, ed. L. Macy (vérifié en décembre 2010) ;
  • Peter SZENDY, Jean-Pierre CHOLETTON, Risto NIEMINEN, Magnus Lindberg, Ircam - Centre Pompidou, coll. « Les cahiers de L’Ircam ; Compositeurs d’aujourd’hui » n° 3, Paris, 1993 ;
  • Ircam : Marc Texier, Julian Anderson, Maxime Joos.

Discographie

  • Magnus LINDBERG, Tempus Fugit ; Violin Concerto No. 2, Radion Sinfoniaorkesteri, Hannu Lintu : direction, dans « Tempus Fugit / Violin Concerto No. 2 », 1 CD Ondine, 2018, ODE 1308-5.
  • Magnus LINDBERG, Al Largo ; Cello Concerto No. 2 ; *Era,*Radion Sinfoniaorkesteri, Hannu Lintu : direction, dans « Al Largo / Cello Concerto No. 2 / Era », 1 CD Ondine, 2016, ODE 1281-5.
  • Magnus LINDBERG, Era, Concertgebouworkest, David Robertson : direction, dans « Horizon 7 », 1 CD RCO Live, 2016, RCO 16003.
  • Magnus LINDBERG, Sonatas, Emil Holmström : piano, Pasi Eerikäinen : violon, dans « Sonatas », 1 CD Alba Records, 2015, ABCD 379.
  • Magnus LINDBERG, Violin Concerto ; Jubilees ; Souvenir, Tapiola Sinfonietta, Pekka Kuusisto et Magnus Lindberg, direction, dans « Violin Concerto / Jubilees / Souvenir », 1 CD Ondine, 2013, ODE 1175-2.
  • Magnus LINDBERG, EXPO ; Piano Concerto No. 2;Al Largo, dans « EXPO • Piano Concerto No. 2 • Al Largo », 1 CD Dacapo, 2013, 8.226076.
  • Magnus LINDBERG, « Chamber Works » : Trio for Clarinet ; Sancta Fe Project ; Partia ; Dos Coyotes, Kari Kriikku : clarinette, Anssi Karttunen : violoncelle, Magnus Lindbert : piano, 1 cd Ondine 2012, ODE 1199-2.
  • Magnus LINDBERG, « Orchestral Music » : Tendenza ; Kraft ; Kinetics ; Marea ; Joy ; Corrente ; Corrente II ; Coyote Blues ; Arena ; Arena 2 ; Feria ; Gran Duo ; Chorale ; Concerto for Orchestra ; Sculpture, Avanti! Chamber Orchestra, Toimii Ensemble, Finnish Radio Symphony Orchestra, Sakari Oramo, Esa-Pekka Salonen et Jukka-Pekka Saraste : directions, 4 cds Ondine, 2011, ODE 1110-2Q.
  • Magnus LINDBERG, Graffiti ; Seht die Sonne, Helsinki Chamber Choir, Finnish Radio Symphony Orchestra, direction : Sakari Oramo, 2010, 1 cd Ondine ODE1157-2.
  • Magnus LINDBERG, Sculpture ; Campana in aria ; Concerto for orchestra, Esa Tapani : cor, Orchestre symphonique de la Radio finnoise, direction : Sakari Oramo, 1 cd Ondine, 2008, ODE 1124-2.
  • Magnus LINDBERG, Concerto pour violon, Lisa Batiashvili : violon, Orchestre symphonique de la Radio finnoise, direction : Sakari Oramo, 1 cd Sony, 2007, BMG 88697 129362.
  • Magnus LINDBERG, Steamboat Bill Jr., Kari Kriikku : clarinette et Anssi Karttunen : violoncelle, 1 cd Ondine, avec des œuvres de Erik Bergman, Kimmo Hakola, Paavo Heininen, Erkki Jokinen, Olli Kortekangas, Tapani Länsiö, Usko Meriläinen, Kaija Saariaho et Jukka Tiensuu, 2007, ODE 1102-2.
  • Magnus LINDBERG, Mano a mano, Timo Korhonen : guitare, 1 cd Ondine, 2007, ODE 1091-2.
  • Magnus LINDBERG, Gran Duo, “The President’s Own” United States Marine Band, direction : Colonel Timothy W. Foley, 1 cd USMB CD-22, 2006.
  • Magnus LINDBERG, Concerto pour clarinette ; Grand Duo ; Choral, Kari Kriikku, clarinette, orchestre symphonique de la radio finlandaise, Sakari Oramo, dir., 1 Cd Ondine, 2005.
  • Magnus LINDBERG, Concerto pour piano ; Kraft, Magnus Lindberg, piano, Toimii Ensemble, Orchestre Symphonique de la Radio Finlandaise, Esa Pekka Salonen, dir., 1 Cd Ondine, 2004, ODE 1017-2.
  • Magnus LINDBERG, Aura ; Engine, London Sinfonietta, Olivier Knussen, dir., 1 Cd Deutsche Grammophon / 20-21, 2000.
  • Magnus LINDBERG, Arena 2 ; Coyote Blues ; Tendenza ; Corrente, Avanti! Chamber Orchestra, Sakari Oramo, dir., 1 Cd Ondine, 1997, ODE 882-2.
  • Magnus LINDBERG, UR ; Corrente ; Duo concertante ; Joy, Ensemble intercontemporain, Peter Eötvös, dir., 1 Cd Ircam - Universal Music, coll. Compositeurs d’aujourd’hui, 1994.

Bibliographie

  • Julian ANDERSON, “The Spectral Sounds of Magnus Lindberg”, in Musical Time, vol. 133, n° 1797, novembre 1992, p. 565–567.
  • Anders BEYER, “En ny verden af klange – interview med Magnus Lindberg”, dans Dansk musiktidskrift n° 1, 1989–1990 [en danois].
  • Hélène CAO, « Magnus Lindberg : le contrôle et la liberté », entretien publié sur le site de la Maison de la Radio le 20 janvier 2016, lire en ligne (lien vérifié en mars 2019).
  • Pierre GERVASONI, “Magnus Lindberg”, dans Le Magazine n° 61, Janvier 1991.
  • Pelle GUDMUNDSEN-HOLMGREEN, “Kraft”, in Nordic Sounds, June 1988.
  • Antti HÄYRYNEN, “High Tide for Magnus Lindberg”, Finnish Music Quarterly, janvier 1998.
  • Jouni KAIPAINEN, “Magnus Lindberg”, Chester Music brochure, November 1992 [en français et anglais].
  • Kimmo KORHONEN, Juhani NUORVALA, “Magnus Lindberg in Profile”, 1998.
  • Liisa LAUERMA, “Magnus Lindberg – cosmopolitan Finland-Swede”, in Finnish Music Quarterly, février 2002.
  • Magnus LINDBERG, “A distinctive profile in new music” in The Voice of Music, Conversations with composers of our time, Eds. and transl. by Jean Christensen and Anders Beyer, Ashgate Publishing 2001.
  • Magnus LINDBERG, Rapport 1984, dans Musikrevy 1984: 2 [en suédois].
  • Magnus LINDBERG, “Thoughts on Being a Composer”, in Finnish Music Quarterly, mars-avril 1987.
  • Stephen LONG, “Magnus Lindberg’s Recent Orchestral Music [From Kinetics (1989) to Fresco (1998)] ”, in Tempo n° 298, April 1999.
  • Tony LUNDMAN, “Music with Muscle”, an interview of Magnus Lindberg during the Composers’ Festival in Stockholm, November 2002, in Nordic Sounds, April 2002.
  • Tomi MÄKELÄ, “Magnus Lindberg – Changing Style and Viewpoints on Orchestration – Talks about texture”, in Finnish Music Quarterly, mars 1992.
  • Risto NIEMINEN, “The calculation of processes is a source of inspiration” in Finnish Music Quarterly, mars 1986.
  • Lauri OTONKOSKI, “Marea – Beauty of structure, richness of expression” in Finnish Music Quarterly, février 1991.
  • Ainomaija PENNANEN, “A Panorama of the 20th Century in Magnus Lindberg’s Aura” Finnish Music Quarterly, février 1995.
  • Asbjørn SCHAATHUN, “Magnus Lindberg: den taleføre modernist”, in Ballade, 1/1987 (in Norwegian).
  • Friedrich SPANGEMACHER, “Punk und Muttermilch: ein Gespräch mit dem finnischen Komponisten Magnus Lindberg”, in Neue Zeitschrift für Musik, January 1991, vol. 152, n° 1, 1991, p. 25–28.
  • Caterina STENIUS, Chaconne. En bok om Magnus Lindberg, Söderströms, 2006.
  • Caterina STENIUS, Chaconne. Magnus Lindberg ja uusi musiikki [the Swedish-language original in Finnish], WSOY 2006.
  • Peter SZENDY, Jean-Pierre CHOLETTON, Risto NIEMINEN, Magnus Lindberg, Ircam - Centre Pompidou, coll. « Les cahiers de L’Ircam ; Compositeurs d’aujourd’hui », n° 3, Paris, 1993.
  • Jean-Noël VON DER WEID, “Magnus Lindberg”, dans Résonance n°3, 1993.
  • John WARNABY, “The music of Magnus Lindberg”, in Tempo, n°181, June 1991.

Liens Internet

(liens vérifiés en mars* 2019*).