updated 30 October 2012

Jean Barraqué

Compositeur français né le 17 janvier 1928 à Puteaux, mort le 17 août 1973 à Paris.

Fils unique de Grat Barraqué (1898-1975) et de Germaine Barraqué, née Millet (1903-1987), une famille de commerçants, Jean Barraqué naît le 17 janvier 1928 à Puteaux (Hauts-de-Seine). En 1940, il entre à la Maîtrise de Notre-Dame, qui relevait de l’École diocésaine de Paris. Il y découvre la Symphonie « Inachevée » de Schubert, dont le choc émotionnel le décide à devenir compositeur. Élève du Lycée Condorcet, où il reste jusqu’en 1947, il se destine encore adolescent à la prêtrise, trouve auprès de l’écrivain Maurice Beerblock et des siens une seconde famille et s’enthousiasme pour la Missa Solemnis de Beethoven. Mais en 1947, une première crise nerveuse nécessite une convalescence à l’Abbaye de Solesmes et empêche le lycéen de se présenter au baccalauréat.

Après des études de piano, suivant la méthode Jaëll, puis d’harmonie, de contrepoint et de fugue auprès de Jean Langlais, qui l’initie aux traités de Théodore Dubois, Marcel Dupré et Vincent d’Indy, Barraqué entre à l’automne 1948, en qualité d’élève libre (auditeur), dans la classe d’Olivier Messiaen au Conservatoire de Paris. Là, il se lie d’amitié avec Michel Fano, Karel Goeyvaerts et Sylvio Lacharité, notamment – il fera bientôt la connaissance de Pierre Boulez et celle de John Cage venu présenter, en 1949, ses Sonatas and interludes. Suit en 1952-1953 un stage au Groupe de recherches de musique concrète, au cours duquel il réalise une Étude pour bande magnétique.

Dans les années cinquante, Barraqué est conférencier pour les Jeunesses musicales de France, collabore à une émission mensuelle, « Jeune Musique », dont André Hodeir est le rédacteur en chef, et écrit pour Le Guide du concert (un « Guide de l’analyse musicale » et diverses fiches analytiques sur des œuvres majeures du répertoire), tout en donnant des cours privés qui deviendront, de 1956 à 1960, des cours collectifs d’analyse musicale.

En 1952, il achève Sonate, que Yvonne Loriod enregistrera en 1959, mais qui ne sera créé au concert qu’en 1967, à Copenhague. La rencontre avec Michel Foucault lui ouvre de nouveaux horizons, parmi lesquels les poèmes de Nietzsche qu’il met en musique dans Séquence, puis La Mort de Virgile de Hermann Broch et le commentaire qu’en donne, en ces années, Maurice Blanchot. Après Séquence, créé dans le cadre des concerts du Domaine musical en 1956 (l’œuvre sera reprise en 1957, à Hambourg, sous la direction de Bruno Maderna), et dans le mouvement de la violente rupture avec Foucault, Barraqué rédige un plan général de La Mort de Virgile, vaste cycle d’après le roman de Broch, auquel il pense consacrer sa vie entière et duquel naîtront Le Temps restitué…au-delà du hasard et Chant après chant, ainsi que plusieurs projets : Discours, Lysanias, Portiques du feu, Hymnes à Plotia et Arraché de… commentaire en forme de lecture du « Temps restitué », souvent abandonnés après quelques mesures.

Entre 1957 et 1959, Barraqué travaille à deux projets de composition dramatique avec Jean Thibaudeau et Jacques Polieri, avec qui il étudie La Sonorité jaune de Kandinsky. Une nouvelle crise nerveuse le frappe en septembre 1958 – les hospitalisations se succèderont dans les années soixante. En 1961, avec l’appui d’Olivier Messiaen, Barraqué est nommé au CNRS en section de philosophie dans l’unité d’Étienne Souriau (statut qu’il conservera jusqu’en 1970). L’année suivante paraît son Debussy, traduit en plusieurs langues et pour lequel Varèse lui fait transmettre son admiration, « car c’est un ouvrage fait avec amour ».

Concerto est créé, aussitôt achevé, à Londres, en 1968, sous la direction de Gilbert Amy. À la suite d’une explosion et d’un incendie causant divers déménagements, et plusieurs mois passés chez des amis ou à l’hôtel, Barraqué perd ce qu’il a composé des Portiques du feu. En 1969, il établit un projet de drame lyrique L’Homme couché, toujours d’après La Mort de Virgile, dont il détaillera les thèmes littéraires sur plusieurs pages et dont le modèle est le Tristan et Isolde de Richard Wagner. La maladie, la condamnation du Tribunal de grande instance de Paris en réparation du dommage moral que constituent, dans son Debussy, les violentes charges contre Satie et son échec au poste de professeur d’analyse au Conservatoire national de musique de Paris s’accumulent en 1971. En 1973, Barraqué est nommé Chevalier dans l’Ordre national du mérite. Frappé d’hémiplégie, il meurt le 17 août 1973 à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris.


© Ircam-Centre Pompidou, 2012

Documents

Bibliographie

  • Le Courrier musical de France, n° 44, 1973.
  • Dossier Jean Barraqué, Champigny-sur-Marne, 2e2m, 1974.
  • Entretemps, n° 5, 1987.
  • Musik-Konzepte, n° 82, 1993.
  • Dissonance, n° 73, 2002.
  • Alain BANCQUART, « Les séries proliférantes de Barraqué », Le Monde, 30 janvier 1974.
  • Jean BARRAQUÉ, Écrits, Paris, Publications de la Sorbonne, 2001.
  • Cyril BÉROS, « Le silence de l’inquiétude. Autour de Jean Barraqué », Les Cahiers du Cirem, n° 32-34, 1994, p. 101-107.
  • Laurent FENEYROU, « Gens de la plus grande foi… Introduction à l’œuvre de Jean Barraqué », Conférence, n° 19, 2004, p. 379-423.
  • Laurent FENEYROU, « Rêve – Crise – Cycle. Jean Barraqué analyste et compositeur », Musicalia, n° 1, 2004, p. 107-132
  • Laurent FENEYROU, « Une donnée immédiate. Jean Barraqué et le rythme (1948-1952) », Filigrane, n° 10, 2009, p. 41-73.
  • Paul GRIFFITHS, The Sea on Fire. Jean Barraqué, Rochester, Rochester University Press, 2003 – traduction française, La Mer en feu : Jean Barraqué, Paris, Hermann, 2008.
  • Heribert HENRICH, « …la manière ultime d’imaginer. Zu Jean Barraqués Concerto», Berliner Beiträge zur Musikwissenschaft, n° IX/2, 1994, p. 47-58.
  • Heribert HENRICH, Das Werk Jean Barraqués, Kassel, Bärenreiter, 1997.
  • André HODEIR, La Musique depuis Debussy, Paris, Puf, 1961.
  • Bill HOPKINS, « Barraqué and the Serial Idea », Proceedings of the Royal Musical Association, n° 105, 1978-1979, p. 13-24.
  • Alain POIRIER, « L’histoire “toujours recommencée”… Introduction à la pensée analytique de Jean Barraqué », Analyse musicale, n° 12, 1988, p. 9-13.
  • *Dorothea REDEPENNING (sous la dir. de), Mnemosyne, Zeit und Gedächtnis in der europäischen Musik des ausgehenden 20. Jahrhunderts, *Sarrebruck, Pfau, 2006.
  • Werner STRINZ, Variations sur l’inquiétude rythmique. Untersuchungen zur morphologischen und satztechnischen Funktion des Rhythmus bei Oliver Messiaen, Pierre Boulez und Jean Barraqué*, Francfort, Peter Lang, 2003.

Discographie

Jean BARRAQUÉ, Sonate, Herbert Henck, piano, 1 cd ECM, 1999, 1621.Jean BARRAQUÉ, Œuvres complètes, Stefan Litwin, piano, Vokalensemble NOVA Wien (Colin Mason, dir.), Klangforum Wien, direction : Sylvain Cambreling, Jürg Wyttenbach et Peter Rundel, 3 cds cpo, 1998, 999 569-2. - Jean BARRAQUÉ, Le Temps restitué et Concerto, Anne Bartelloni : mezzo-soprano, Groupe Vocal de France, ensemble 2e2m, direction : Paul Méfano, 1 cd Harmonia Mundi, 1987, 905199.

  • Jean BARRAQUÉ, …au-delà du hasard, Irène Jarsky et Catherine Gayer : sopranos, Anne Bartelloni : contralto, ensemble 2e2m, direction : Paul Méfano, LP Astrée, 1981, AS 50.
  • Jean BARRAQUÉ, Sonate, Roger Woodward : piano, LP EMI, 1973, EMSP 551.
  • Jean BARRAQUÉ, Séquence et Chant après chant, Josephine Nendick : soprano, Noël Lee : piano, Les Percussions de Copenhague, direction : Tamás Vetö, LP Astrée-Valois, 1970, AS 75 / MB 951.
  • Jean BARRAQUÉ, Sonate, Claude Helffer, piano, LP Astrée AS 36 / Valois MB 952, 1969.

Jean BARRAQUÉ, Sonate et Séquence, Yvonne Loriod : piano, Ethel Semser : soprano, ensemble du Domaine musical, direction : Rudolf Albert, LP Véga C 30 A 180, 1958.