mise à jour le 12 December 2019
© Frédéric Dufrêne

François Dufrêne

Poète et plasticien français né le 21 septembre 1930 à Paris et mort le 12 décembre 1982 dans cette même ville.

Encouragé à ses débuts par son père – responsable artistique de la galerie Bernheim –, il fut le premier, en 1953, à s’emparer du magnétophone, avant les autres pionniers de la « Poésie sonore » historique : Bernard Heidsieck, Henri Chopin, Brion Gysin.

Dès 1946, il avait été, après Gabriel Pomerand, le second des disciples d’Isidore Isou. Qualifié par Alain Jouffroy de « Schwitters de la nouvelle avant-garde », il développera une œuvre poétique résolument vocale – « phonétique » : poèmes lettristes, voire phonatoire : crirythmes ultra-lettristes, mais aussi « à mots » : Tombeau de Pierre Larousse et ses suites, Cantate des Mots camés, Comptinuum, etc. – parallèlement à une œuvre plastique, placée sous la double bannière des « Nouveaux Réalistes » et, plus groupusculairement, des « Affichistes » : dessous d’affiches, de stencils... À maintes reprises, il soulignera le « rapport évident » qu’il y a entre son « activité sur le plan sonore, de poète-musicien », et ses « activités de faux-peintre ».

De 1947 à 1953, il participe à la plupart des activités lettristes, en particulier aux récitals du Tabou et de la Rose rouge en 1950 – année de sa rencontre avec Yves Klein et de son premier récital personnel.

Le 4 mai 1952, il donnait en marge du festival de Cannes son « film imaginaire sans écran ni pellicule » : Tambours du jugement premier – recréé le 23 juin 1973 pour l’« Atelier de Création Radiophonique » de France Culture. Toujours en 1952, il fondait avec Marc'O la revue Soulèvement de la jeunesse, portant le titre et explicitant le programme du manifeste d’Isou (1950).

C’est alors, pourtant (1953), qu’il rompt avec l’orthodoxie lettriste, opposant au typographisme isouien la « criation de transes intranscriptibles » de ses premiers crirythmes qui, d’abord conçus en termes de « spontanéité de base », n’en exigeaient pas moins une « copie mécanique » : l’enregistrement, sur bande magnétique, de la séquence improvisée. Il en donnera dès 1955 un premier récital – alors qu’il travaillait déjà au Tombeau de Pierre Larousse, et que débutaient son amitié avec Raymond Hains et Jacques Villeglé, et ses activités de plasticien ; en 1959, il présentait dans son atelier l’exposition-manifeste du trio : « Le Lacéré Anonyme »...

1960 : il participe à la création du groupe des Nouveaux Réalistes, et organise à la galerie des Quatre saisons une soirée « Anthologie des poésies phonétiques » qui, après le livre d’Iliazd : Poésie de mots inconnus (1949), relança la polémique suscitée par la question, tranchée sans appel par Isou, de l’antériorité absolue ou non du Lettrisme (et de lui-même) en ce domaine. 1963, première exposition personnelle : « Les Archi-made », suivie en 1964 du « Mot Nu Mental » (les deux : galerie J) ; 1980-1981, la septième : « Affiches lacérées » (centre Noroit, Arras), partagée avec Villeglé, et ponctuée d’une soirée sonore avec Heidsieck, Chopin et lui-même ; 1981, la neuvième et dernière de son vivant : « Archimade et Ouestampage ou le back-slang » (Centre d’Art contemporain, Rouen).

1962-1963 : soirées du « Domaine Poétique » à Paris, Stockholm, Londres – c’est le début du compagnonnage scénique avec Heidsieck. 1963-1964 : récitals lettristes (« à titre rétrospectif ») au TNP puis à l’Odéon. 1965, deux publications sonores significatives : un crirythme dans Poésie physique, en compagnie de Jean-Louis Brau et Gil Joseph Wolman – ses deux co-dissidents du Lettrisme –, et trois autres dans le n°23-24 (le 2e avec disques) de la revue OU de Chopin, haut-lieu d’élaboration et de divulgation de la « sonore », en compagnie de Heidsieck, Mimmo Rotella, Brion Gysin et Chopin lui-même – dont aucun n’était passé par le Lettrisme...

1968 : 1er festival de « Text-Sound Compositions » à Stockholm. 1970 : pour le Xe Anniversaire du Nouveau Réalisme, il lance un Recitativo all’italiana aux accents parodiquement mussoliniens sur la piazza del Duomo à Milan, en introduction à l’auto-destruction de la sculpture de Tinguely, « La Victoire ». 1976 : Heidsieck lui consacre la première des dix soirées de son « Panorama de la Poésie sonore internationale » ; 1977 : soirée Cantate des Mots camés au Centre Pompidou, qui en publie une version sur cassette ; 1979 : soirée dans le cadre des « Concerts manifestes » organisés par Pierre Mariétan lors de la publication de Poésie sonore internationale de Chopin. 1979-1982 : il est des quatre premières éditions du festival « Polyphonix », et en 1980, des « Rencontres internationales de Poésie sonore » conçues par Heidsieck et Michèle Métail...


© Ircam-Centre Pompidou, 2019

Sources

François DUFRENE, Archi-Made, Paris, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, 2005.
François DUFRENE, Œuvre désintégrale, Milan/Anvers, Alga Marghen
 / Guy Schraenen [3 CD+livret], 2010.
François Dufrêne. 5 novembre
 – 8 janvier 1989, Villeneuve d’Ascq, Musée d’Art Moderne, 1988. Site officiel : http://www.dufrene.net

Disco-biblio-filmographie

Livre+Disque
  • Archi-Made, Paris, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, 2005. « Préface » : Didier SEMIN.
    — Livre : intégrale des écrits de François Dufrêne.
    — CD : compilation sonore. Haut-Satur (2), U 47 suivi de « Fausse route », Appel à la révolte, Marche, Concertino pour hiver et printemps, J’interroge et j’invective ; extraits de Tombeau de Pierre Larousse, de Comptinuum, de Strophes en quête d’air, de Cantate des Mots Camés, de La Ressource du Petit Peuple et d’Un certain cimetière marin.
Publications antérieures(tous écrits de Dufrêne repris dans Archi-Made)
  • Tombeau de Pierre Larousse, Dijon, Les Presses du réel, coll. « L’écart absolu », 2002. « 2 mots d’explication en 24 x 17 » (1976), « L’après-demain d’un phonème » [sous le titre erroné de « L’après-midi d’un phonème »] (1958), « Fausse route. Demi-tour gauche pour un cri automatique » (1953), « D’un pré-lettriste à l’ultra-lettrisme » (1958). « Entretien » (préface) par Michel GIROUD (1977) ; Alain FRONTIER, « La lettre et le cri » (avril 1985) ; Alain JOUFFROY, « Oreille pour un tombeau » (février 1961).
  • Cantate des Mots Camés, Villeneuve d’Ascq, Musée d’Art Moderne, 1988. Reproduction des planches originales + transcription typographique. « Histoire d’une cantate et d’en dire deux mots » (1977).
Publications sonores personnelles
  • Œuvre désintégrale [3 cassettes], Anvers, Guy Schraenen éd., 1976 ; rééd. Milan, Alga Marghen [4 LP], 2007 ; repris dans Alga Marghen / Guy Schraenen [3 CD+livret], 2010 : —1. Crirythme pour un Double Anniversaire, La Guitare en long, PostcriRYTHMptum ; Osmose-Art. Köchel que j’aime, Osmose-Art. Le Cheval lié à l’Art Rose, Les joyeux Sisyphes ; —2. La Ressource du Petit Peuple de + Tenilom, Dit du Vieux Marin ; Belles nuisances, hantez nos nuits, Est-Ouest, Tête à Terre et Ventre au Ciel ; —3. Eryximaque (post-scriptum au Tombeau de Pierre Larousse) ; Séquences ; extraits de Comptinuum ; Sature, Nain ! I et II, Cacochyme, Crirythme pour Tinguely.
  • [cassette : compilation], Düsseldorf, S Press Tonband Verlag (Nikolaus Einhorn éd.), 1976 : Pour la Montre et contre, Crirythme des Cocons cocontractant, Stress Man ; Paris-Stockholm II, Crirythme en rut.
  • Cantate des Mots Camés et six chansons [cassette], Paris, Centre d’Art et de Culture Georges Pompidou, 1977 ; rééd. Achèle (Wolman éd.), 1983, puis [CD], Frédéric Dufrêne éd., 2000.
  • [CD : compilation], Paris, A.D.L.M., 2003 : « TOFEPP... » ; « ouverture » et « tango  » du Tombeau ; Suite proto-colère ; Crirythme dédié à Jean-Louis Brau ; J’interroge et j’invective ; extraits de Comptinuum, de Triptycrirythme, de la Cantate, de Strophes en quête d’air, d’Un certain cimetière marin.
Emissions de radio entièrement consacrées à François Dufrêne
  • Dufrêne, mon œil, « Atelier de Création Radiophonique » (Ralph Rumney), France-Culture, Office de Radio-Télévision Française : 23/6/1973. Tambours du Jugement premier avec, pour cette « projection » de référence, les voix de Marie-Françoise et Jacques Bordet-Lafosse, Ginette et François Dufrêne, Jacques Spacagna, Claude Torey, Gil J Wolman.
  • Le chant et Dufresne [sic], « Atelier de Création Radiophonique » (René Farabet, Alain Jouffroy), France-Culture, Radio France, 2/2/83 : en hommage posthume.
Autres œuvres sonores
  • Pierre HENRY, Le Voyage, Philips, 1962, réf. 936 899 DSY (création du ballet de Maurice Béjart, le 29 avril, Cologne) ; repris dans Mix Pierre Henry 02.0 : « Souffle I » et « II » à base d’improvisations de Dufrêne.
  • OU [4 CD+livret], « complete recordings », Milan, Alga Marghen, 2002.
  • Pierre HENRY, La Noire à Soixante + Granulométrie, Philips « Prospective 21e siècle », 1967, réf. 836 892/86 DSY (création le 16 nov., Bordeaux, « Sigma III ») ; repris dans Mix Pierre Henry 01.0 + 04.0 : Anti-Étude (montage : Pierre Henry), « devenu sans raison » Granulométrie...
  • Pierre HENRY, Fragments pour Artaud, Philips, 1970 (création le 21 mars, Royan), repris dans Mix Pierre Henry 04.0 : partiellement à base d’improvisations de Dufrêne.
Films
  • Isidore ISOU, Traité de Bave et d’Éternité (1951) [DVD], Paris, éd. Re : Voir, 2008 : Marche, J’interroge et j’invective.
  • Jacques BARATIER, Le Désordre à 20 ans, Argos films, 1967. Télé-diffusion : 1re chaîne, ORTF, 16/8/70.
  • Adrian MABEN, Mode d’emploi, les Nouveaux Réalistes (1975) [DVD], Paris, éd. Montparnasse, 2007 : brefs extraits du « tango » du Tombeau + « Il y a un rapport évident... » (auto-définition) ; on y entend en outre, dans la séquence Tinguely, un très bref passage de Recitativo all’italiana, proféré à Milan, Piazza del Duomo, le 27/10/1970 (citation du film Le dixième anniversaire, de Pierre-André Boutang).

Bibliographie sélective

  • Noël ARNAUD, « François Dufrêne, 1930-1982 » (suivi d’Oulipo-Java), Les amis de Valentin Brü n°22, Levallois-Perret, 1983.
  • Jean-Pierre BOBILLOT, Poésie sonore. Éléments de typologie historique, Reims, Le Clou dans le fer, 2009, p.26-27, 58-59, 92-100 et passim.
  • Jean-Pierre BOBILLOT, Quand éCRIre, c’est CRIer. De la POésie sonore à la médioPOétique, Saint- Quentin de Caplong, Atelier de l’agneau éd., 2016, p.36, 65-80 et passim.
  • Marie CAZENAVE, « De l’Ursonate à la Cantate. Voix scénique, voix écrite et voix enregistrée chez Kurt Schwitters et François Dufrêne », GPS n°10 « Poésies expérimentales », Barjols, éd. Plaine Page, 2017.
  • Henri CHOPIN, Poésie sonore internationale, Paris, Jean-Michel Place, 1979, p.97-100 et passim.
  • Cristina DE SIMONE, Proféractions !Poésie en action à Paris (1946-1969), Dijon, Les Presses du réel, 2018, p.230-233, 278-288, 344-353, 369-376 et passim.
  • Guilhem FABRE, Poésie sonore et poétiques expérimentales de la voix au XXe Siècle, thèse de doctorat, Paris, Univ. Denis Diderot, 2001, p.258-302 et passim.
  • Bernard GIRARD, Lettrisme — L’ultime avant-garde, Dijon, Presses du réel, coll. « L’écart absolu », 2010, p.24-25, 87-90, 93-95, 183-184 et passim.
  • Bernard HEIDSIECK, « François Dufrêne » (mai-octobre 1989 : 3’25), Respirations et Brèves rencontres [livre+CD], Romainville, Al Dante/Niok, 1999, p.36-37 + disque 1, piste 14.
  • Bernard HEIDSIECK, Notes convergentes. Interventions 1961-1995, Ibid. 2001, p.137, 169, 171, 194, 271 et passim.
  • Isidore ISOU, « Les grands poètes lettristes », Bizarre n°32-33 « Littérature illettrée », Paris, éd. Jean-Jacques Pauvert, 1964.
  • Arnaud LABELLE-ROJOUX, L’acte pour l’art, Paris, Les Éditeurs Évidant, 1988 ; rééd. Romainville, Al Dante, 2005, p.272-274 et passim.
  • Céline PARDO, La Poésie hors du livre (1945-1965). Le poème à l’ère de la radio et du disque, INA / Paris, Presses Univ. de Paris-Sorbonne, 2015, p.316, 359-361, 365-370, 380-381.
  • Didier SEMIN, « Le Palimpseste », préface à François Dufrêne. 5 novembre – 8 janvier 1989, Villeneuve d’Ascq, Musée d’Art Moderne, 1988.