Date de mise à jour : 2 June 2008

Elliott Carter

Compositeur américain né le 11 décembre 1908 à New York

Biographie

Né le 11 décembre 1908 à New York, Elliott Carter grandit dans un milieu bourgeois peu attiré par les arts. Il apprend le piano dès l’âge de dix ans et joue, sans plaisir particulier, le répertoire classique et romantique. Carter s’intéresse davantage à toutes les autres formes de culture dont il se nourrit avec avidité dans Greenwich Village alors en pleine ébullition intellectuelle et artistique. De 1920 à 1926, il étudie à la Horace Mann Hight School de New York. En 1924, il rencontre Charles Ives qui devient un ami, un guide et un modèle. En sa compagnie, il découvre l’avant-garde musicale : Ruggles, Varèse, Bartók, les Viennois et Stravinsky . L’audition du Sacre du printemps est un événement déterminant dans sa décision de devenir compositeur. En 1925, son père l’emmène en Europe où il prend conscience des ravages causés par la Grande Guerre. Il entre en 1926 à l’Université d’Harvard dont le conservatisme musical le déçoit. Il se tourne alors vers d’autres enseignements qui lui apportent davantage de satisfaction : la littérature, mais aussi les mathématiques et la philosophie. Parallèlement, il poursuit ses études musicales à la Longy School of Music où il apprend le hautbois et consolide ses connaissances théoriques tout en chantant dans un chœur, le Harvard Glee Club, et en se produisant occasionnellement en public en tant que pianiste. C’est seulement en 1930 qu’il étudie la musique à Harvard où il obtient le diplôme de Bachelor of Arts puis, en 1932, celui de Master of Arts. Walter Piston (harmonie, contrepoint) et Gustav Holst (composition) comptent parmi ses professeurs. En 1932, Carter part pour trois ans à Paris parfaire sa formation auprès de Nadia Boulanger qui lui transmet sa science du contrepoint et élargit sa connaissance de la musique ancienne.

Il rentre à New York au plus fort de la dépression. Il est alors engagé comme directeur musical du Ballet Caravan (1936-1940). Les œuvres qu’il compose sont marquées par la double influence du néoclassicisme et du populisme dont il se détachera progressivement. A partir de 1937, il publie de nombreuses critiques musicales dans la revue Modern Music, ainsi que des essais notamment sur des compositeurs, sur sa propre musique ou sur la situation du compositeur dans la société contemporaine. En 1939, il épouse Helen Frost-Jones, sculpteur et critique d’art, qui lui donnera un fils, David, en 1943. Il devient membre de la League of Composers (jusqu’en 1952) et de l’American Composers Alliance (jusqu’en 1950). De 1939 à 1941, Carter enseigne la musique, les mathématiques et le grec ancien au St-John’s College d’Annapolis, Md. De 1943 à 1945, il est consultant musical à l’Office of War Information. En 1945 (puis en 1950), il obtient la Bourse de la Fondation Guggenheim. Après la guerre, il devient membre de la Société Internationale de Musique Contemporaine (jusqu’en 1952, année où il prend la présidence de la section américaine). Il enseigne aussi la composition au Peabody Conservatory de Baltimore (1946-1948) tout en poursuivant ses recherches musicales dans le domaine du rythme.

L’année 1950 est marquée par son retrait à Tucson, Ariz. où il compose son Premier Quatuor. L’œuvre, qui remporte le Premier Prix du concours de composition de Liège en 1953, et donne une notoriété internationale qui ne cessera de grandir. Sa vie trouve un équilibre harmonieux entre l’enseignement de la composition dans diverses institutions (Queens College de New York (1955-56), Yale University (1960-62), Juilliard School of Music (1964), Cornell University (1967-68)), la production d’articles critiques et théoriques et la composition. Il voyage beaucoup notamment comme compositeur en résidence : Académie américaine de Rome (1963 et 1968), Berlin (1964), Getty-Center de Los Angeles (1992 et 1995). En 1961, il se rend à Tokyo en tant que délégué américain pour les Rencontres Est-Ouest.

À partir des années quatre-vingt, l’activité compositionnelle ne cesse de s’intensifier écartant progressivement les autres tâches. L’exceptionnelle carrière de Carter a été couronnée par de prestigieuses distinctions parmi lesquelles : le Prix Pulitzer, à deux reprises, en 1960 et 1973, pour son Second et son Troisième Quatuor, la Médaille d’or du National Institute of Arts and Letters pour la musique, en 1971. Il est un des rares compositeurs à avoir obtenu le Ernst Von Siemens Music Prize (Allemagne). En 1988, la France le nomme « Commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres ». Il reçoit également le Prix Prince Pierre de Monaco, en 1998.


© Ircam - Centre Pompidou, 2008

Parcours de l'œuvre

Par Max Noubel

Carter compose ses premières partitions importantes après son séjour en France (1932-35) où il était parti étudier avec Nadia Boulanger. Son catalogue comprend alors essentiellement de la musique vocale et de la musique de scène, deux genres qu’il abandonnera ensuite pendant plusieurs décennies. Les œuvres ne reflètent guère la nature avant-gardiste et profondément anticonformiste qui s’était révélée chez lui dès l’adolescence, sous la « protection artistique » de Charles Ives. Elles sont fortement tonales et de style encore hybride. Carter y fait preuve d’une maîtrise de l’art du contrepoint acquis par la fréquentation de la musique ancienne de Machaut, des madrigalistes anglais et italiens et des cantates de Bach. Sa musique témoigne de la double influence, plus subie que pleinement consentie, du populisme — manifeste dans le premier ballet Pocahontas (1939) — et du ...

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Œuvres

Œuvres par effectif type

Œuvres par date

Ressources documentaires

Bibliographie selective

  • Jonathan BERNARD, « An Interview with Elliott Carter », Perspectives of New Music 28/2 (été 1990) pp. 180-214.
  • Jonathan BERNARD, « The Evolution of Elliott Carter’s Rhythmic Practice », Perspectives of New Music 26/2 (1988), pp. 164-203.
  • Jonathan BERNARD, « Elliott Carter and the Modern Meaning of Time », Music Quarterly 79/4 (1995), pp. 644-82.
  • Benjamin BORETZ, « Conversations with Elliott Carter », Perspectives of New Music, 8 n° 2, (printemps-été 1970), pp. 1-22.
  • Elliott CARTER, Collected Essays and Lectures, 1937-1995, edited by Jonathan W. Bernard, Rochester, University of Rochester Press, 1997.
  • Elliott CARTER, La dimension du temps : seize essais sur la musique, traduits par Vincent Barras, Dominique Caillat, Jacques Demierre, Carlo Russi et John Tyler Tuttle Jr, Genève, Contrechamps, 1998.
  • Elliott CARTER, Harmony Book, edited by Nicholas Hopkins and John Link, New York, Carl Fischer, 2002.
  • Dossier Elliott Carter comprenant : Jean-Pierre DERRIEN, « Elliott Carter aujourd’hui », pp. 51-53, Frédéric DURIEUX, « A Mirror on Which to Dwell, domaine d’une écriture », pp. 55-67, Stéphane GOLDET, « Distant Music », pp. 69-75, Andrew MEAD, « Structure des hauteurs dans le 3ème Quatuor », pp. 77-96 (traduit de l’anglais), Elliott CARTER, « La Musique et l’écran du temps », pp. 97-111(traduit de l’anglais), Entretemps, N° 4, juin 1987, pp. 51-111.
  • Allen EDWARDS, Charles ROSEN, Heinz HOLLIGER, Entretiens avec Elliott Carter, traduits par Suzanne Rollier, Carlo Russi et Daniel Haefliger, Genève, Contrechamps, 1992.
  • David I. H. HARVEY, The later music of Elliott Carter : a study in music theory and analysis. New York, Garland, 1989.
  • John F. LINK, Elliott Carter : a guide to research, New York, Garland, 2000.
  • Andrew MEAD, « Twelve-Tone Composition and the Music of Elliott Carter », Concert Music, Rock and Jazz since 1945, Rochester, NY, 1995, ed. E.W. Marvin and R. Hermann, pp. 67-102.
  • Max NOUBEL, Le Quatuor pour hautbois et cordes d’Elliott Carter ou la complexité de l’évidence, article téléchargeable sur le site de l'EHESS, février 2006, http://musique.ehess.fr (lien vérifié en novembre 2008).
  • Max NOUBEL, Elliott Carter, ou le temps fertile, préface : « Un compositeur qui m’oblige à avancer… », un entretien avec Pierre Boulez, Genève, Contrechamps, 2000.
  • Enzo RESTAGNO, Elliott Carter : In Conversation with Enzo Restagno for Settembre Musica 1989, traduit de l’italien par Katherine Silberblatt Wolfthal (révision d’Elliott Carter) I.S.A.M. Monographs, n° 32, Brooklyn, NY, Institute for Studies in American Music, 1991.
  • Charles ROSEN, « Les langages musicaux d’Elliott Carter » traduit en français par Thierry Baud, Musiques Nord-Américaines , Genève, Contrechamps, avril 1986, pp. 123-139.
  • Anne SHREFFLER, « Elliott Carter and his America », Carter 85th, Sonus 14 N° 2 (printemps 1994), pp. 38-66.
  • David SCHIFF, The Music of Elliott Carter, London, Faber and Faber, 1998.
  • David SCHIFF, « Elliott Carter » (en anglais), dans Grove Music Online, ed. L Macy, http://www.grovemusic.com (lien vérifié le 1 mai 2008).

Discographie sélective

  • Elliott CARTER, Quatuor à cordes n° 1 et 4, Quatuor Arditti, Etcetera KTC 1065.
  • Elliott CARTER, Quatuor à cordes n° 2 et 3 ; Elegy, Quatuor Arditti, Etcetera KTC 1066.
  • Elliott CARTER, Quatuor à cordes n° 5 ; 90+, pour piano ; Sonate pour violoncelle et piano ; Figment, pour violoncelle ; Duo, pour violon et piano ; Fragment n°1, pour quatuor à cordes, Ursula Oppens, piano, Quatuor Arditti, Montaigne MO 782091.
  • Elliott CARTER, Concerto pour piano ; Variations pour orchestre, Ursula Oppens, piano, Cincinnati Symphony Orchestra, dir. Michael Gielen, New World Records NW 347-2.
  • Elliott CARTER, Three Occasions, pour orchestre ; Concerto pour violon ; Concerto pour orchestre, Ole Böhn, violon, London Sinfonietta, dir. Oliver Knussen, Virgin Classics 7 91503-2 262 404.
  • Elliott CARTER, Concerto pour hautbois ; Esprit rude/esprit doux, pour flûte et clarinette ; A Mirror On Which To Dwell, pour soprano et orchestre de chambre ; Penthode, pour cinq groupes de quatre instruments, Heinz Holliger (hautbois); Sophie Cherrier (flute); André Troutté (clarinette); Phyllis Bryn-Julson (soprano); Ensemble Intercontemporain, dir. Pierre Boulez, Erato ECD 75553.
  • Elliott CARTER, Symphonia : sum fluxae pretium spei ; Concerto pour clarinette, BBC Symphony Orchestra, Michael Collins (clarinette), London Sinfonietta, Direction : Oliver Knussen, DG Col. 20/21 459 660-2.
  • Elliott CARTER, What Next ? opéra en un acte sur un livret de Paul Griffiths ; Asko Concerto, Valdine Anderson (soprano), Sarah Leonard (soprano), Hilary Summers (contralto), William Joyner tenor), Dean Elzinga (baryton), Emanuel Hoogeveen (alto garcon)
    Netherlands Radio Chamber Orchestra, dir. Peter Eötvös, ECM New Series 1817 472 1882.

Video

  • Frank SCHEFFER, A Labyrinth Of Time, Ideale Audience DVD9DS17.

Liens internet

  • Page Elliott Carter, site de l’éditeur Boosey & Hawkes, http://www.boosey.com (lien vérifié le 1 mai 2008).
  • Site spécialement conçu par Boosey & Hawkes pour le centenaire du compositeur, http://www.carter100.com (lien vérifié le 1 mai 2008).