mise à jour le 9 September 2009
© Richard Kalina

Sir Harrison Birtwistle

Compositeur anglais né le 15 juillet 1934 à Accrington, Lancashire.

Né à Accrington, ville industrielle du nord de l'Angleterre, Harrison Birtwistle commence à jouer de la clarinette avec la fanfare locale. Cette première expérience déterminera plus tard la présence importante des vents dans son œuvre et sera sans doute à l'origine des pièces pour cuivres comme Grimethorpe Aria (1973) ou Salford Toccata (1989).

Après un prix de clarinette en 1952 et des études de composition avec Richard Hall, au Royal College of Music de Manchester, il entre à la Royal Academy of Music de Londres, dans la classe de clarinette de Reginald Kell, puis au Royal Liverpool Philharmonic. Avec ses condisciples Peter Maxwell Davies, Alexander Goehr, le pianiste John Ogdon et le trompettiste Elgar Howarth, il crée en 1953 le New Music Manchester Group.

Sa première composition connue date de 1957, Refrains and Choruses pour quintette à vent. En 1959, sélectionné par la SPNM (Society for the Promotion of New Music) pour le festival de Cheltenham, il décide de vendre sa clarinette pour se consacrer uniquement à la composition.

Birtwistle enseigne la musique à la Cranborne Chase School de Dorset (1962-1965). Il y crée avec Goehr et Maxwell Davies, sous la présidence de Michael Tippett, une académie d'été où est créée sa pièce pour ensemble Tragœdia (1965). Celle-ci révèle la fascination du compositeur pour le théâtre antique, notamment pour les plans formels et les cycles rituels des odes grecques, et elle prépare son premier opéra Punch and Judy (1966-1967), composé aux États-Unis (Princeton), où il réside pendant deux ans grâce au Harkness Fellowship, bourse remportée en 1966. S'éloignant de la tradition opératique, cette œuvre de théâtre musical empreinte d'une temporalité non-narrative, est créée en 1968 au festival d'Aldeburgh.

De retour en Angleterre, il fonde avec Peter Maxwell Davies, Stephen Pruslin – le librettiste de Punch and Judy – et le clarinettiste Alan Hacker l'ensemble The Pierrot Players avec lequel il crée Monodrama (1967), où, sur le modèle de la tragédie grecque, à un seul acteur sont attribués plusieurs rôles. Birtwistle élargit l'esprit du théâtre musical aux pièces instrumentales mêmes où les instruments deviennent des personnages : Verses for Ensembles (1968-1969), For O, for O, the Hobby-Horse is Forgot (pour percussions, d'après Hamlet, 1976), ainsi que plus tard Secret Theatre pour ensemble (1984). Verses for Ensembles marque l'affirmation du style mature du compositeur, fort et dramatique, où se lit également l'importance de quelques prédécesseurs : la préoccupation formelle de Stravinsky, les sonorités extrêmes de Varèse et les structures rituelles de Messiaen.

Outre cet intérêt pour la tragédie, la passion de Birtwistle pour la musique du Moyen-Âge, notamment celle de Guillaume de Machaut dont il écrit plusieurs adaptations – Machaut à ma manière pour orchestre (1988) –, le mythe, la pastorale et le folklore, est tangible dans toute son œuvre, comme dans les pièces Down by the Greenwood Side (1968-1969), Yan Tan Tethera (1984), The Triumph of Time (1971-1972), d'après le tableau du même titre de Brueghel l'ancien, Silbury Air (1977), The Mask of Orpheus (1983-1986). Le travail préliminaire de cet opéra commence aux États-Unis, alors qu'il est professeur invité au Swarthmore College, Pennsylvanie (1973-1974) et, par l'entremise de Feldman, à l'Université d'État de New York (1975-1976). 

Nommé directeur musical puis directeur associé du National Theater de Londres de 1975 à 1982, il y réalise de nombreuses pièces parmi lesquelles  Oresteia (1981) – produite par Peter Hall à la manière grecque – où les chœurs sont déclamés sur ce modèle. La scansion et la pulsation sont au centre des préoccupations de Birtwistle jusque dans les titres Pulse Field (1977), Carmen Arcadiae Mechanicae Perpetuum (1977), Pulse Sampler (1981), Pulse Shadows (1989-1996).

The Mask of Orpheus, fusion de composantes multiples – musique, drame, mythe, mime et électronique – marque l'apogée de la carrière de Birtwistle, lauréat du Evening Standard Opera Award en 1986 et du Grawemeyer Award en 1987. Il est nommé chevalier des arts et des lettres de l'Empire britannique en 1988 et reçoit en 1995, le prix Ernst von Siemens. De 1994 à 2001, il enseigne la composition au King's College de Londres. Il est nommé directeur de la musique contemporaine de la Royal Academy of Music au même moment qu'il est en résidence au London Philharmonic Orchestra.

Durant cette période prolifique d'autres opéras voient le jour : Gawain (1990-1991), The Second Mrs Kong (1993-1994), The Last Supper (1998-1999) et plus récemment The Minotaur (2005-2007). Par ailleurs, il réalise d'importantes pièces pour orchestre parmi lesquelles Endless Parade (1986-1987) et achève Nine Settings of Celan (1989-1996) et Nine Movements for String Quartet (1991-1996), deux cycles réunis ensuite sous le titre Pulse Shadows – dont l'enregistrement chez Teldec reçoit le prix Gramophone 2002 – et le cycle Bogenstrich (2006-2009). Deux nouvelles pièces pour le théâtre ont été créées aux festivals d'Aldeburgh, du Southbank Centre et de Bregenz en 2009 : The Corridor (2008) et Semper Dowland, semper dolens (2009).


© Ircam-Centre Pompidou, 2009

Sources

  • Éditions Boosey & Hawkes
  • Jonathan CROSS, « Harrisson Birtwistle », Grove Music Online, Oxford University Press 2007-2009.

Bibliographie

  • Robert ADLINGTON, The music of Harrison Birtwistle, Cambridge University Press, 1999 [réedition 2006].
  • Robert ADLINGTON, « Harrison Birtwistle’s Recent Music », Tempo, n° 196, 1996, p. 2–8.
  • Harrison BIRTWISTLE, entretien avec Ross Lorraine: « Territorial Rites 1 », The Musical Times, vol. 138, octobre 1997, p. 4-8; « Territorial Rites 2 », The Musical Times, vol. 138, novembre 1997, p. 12-16.
  • David BRUCE, « Challenging the System », The Musical Times, vol. 138, avril 1996, p. 11–16 [sur Panic].
  • Michael CHANAN, « Birtwistle’s Down by the Greenwood Side », Tempo, n° 89, 1969, P. 19-21.
  • Jonathan CROSS, Harrison Birtwistle, The Mask of Orpheus, Ashgate, 2009.
  • Jonathan CROSS, Harrison Birtwistle: Man, Myth, Music, Faber and Faber, Londres, 2000.
  • Jonathan CROSS, Birtwistle’s Secret Theatres, Analytical Strategies and Musical Interpretation: Essays on Nineteenth- and Twentieth-Century Music, ed. C. Ayrey and M. Everist, Cambridge, 1996, P. 207-225.
  • Jonathan CROSS, « Lines and Circles: on Birtwistle’s Punch and Judy and Secret Theatre », Music Analysis, n°13, 1994, p. 203-225.
  • Jonathan CROSS, « The Challenge of Modern Music: Birtwistle’s Refrains and Choruses », Theory, Analysis and Meaning in Music, ed. A. Pople, Cambridge, 1994, 184-194.
  • Jonathan CROSS, « The Action Never Stops, it Only Changes », The Musical Times, vol. 135, 1994, p. 698-703 [sur The Second Mrs Kong].
  • Gordon CROSSE, « Birtwistle’s Punch and Judy », Tempo, n° 85, 1968, p. 24-6.
  • Andrew FORD, « The Reticence of Intuition – Sir Harrison Birtwistle », Composer to Composer: Conversations about Contemporary Music, Londres, 1993, p. 52-59.
  • Paul GRIFFITHS, « Harrison Birtwistle », New Sounds, New Personalities: British Composers of the 1980s, Londres, 1985, p. 186-194.
  • Michael HALL, Harrison Birtwistle in Recent Years, Londres, 1998.
  • Michael HALL, Harrison Birtwistle, ed. Robson Books, coll. « The contemporary composers », Londres, 1984.
  • Robert HENDERSON, « Harrison Birtwistle », The Musical Times, vol. 105, n° 1453, mars 1964, p. 188-189.
  • Michael NYMAN, « Two New Works by Birtwistle », Tempo, n° 88, 1969, P. 47-50.
  • Stephen PETTITT, « Birtwistle’s Secret Theatres », Opera, vol. 47, 1996, p. 366-369.
  • Rhian SAMUEL, « Time Remembered: Birtwistle’s The Second Mrs Kong », Opera, n° 45, 1994, p. 1153-1158.
  • Roger SMALLEY, « Birtwistle’s Nomos », Tempo, n° 86, 1968, 7-10.
  • Roger SMALLEY, « Birtwistle’s Chorales », Tempo, n° 80, 1967, 25-27. 
  • Arnold WHITTALL, « The Mechanisms of Lament: Harrison Birtwistle's Pulse Shadows », ML, vol. 29, 1999, p. 102.
  • Arnold WHITTALL, « Modernist Aesthetics, Modernist Music: Some Analytical Perspectives », Music Theory in Concept and Practice, ed. J.M. Baker, D.W. Beach et J.W. Bernard, Rochester NY, 1997.
  • Arnold WHITTALL, « Comparatively Complex: Birtwistle, Maxwell Davies and Modernist Analysis », Music Analysis, n° 13, 1994, p. 139-159.
  • Arnold WHITTALL, « The Geometry of Comedy », The Musical Times, vol. 134, 1993, p. 17-19.
  • David WRIGHT, « Clicks, Clocks and Claques: the Achievement of Harrison Birtwistle at 60 », The Musical Times, vol. 135, 1994, p. 426-431.

Discographie, filmographie

  • Harrison BIRTWISTLE, « Complete String Quartets », Quatuor Arditti, 1 cd æon, 2012,  AECD 1217.
  • Harrison BIRTWISTLE, The Minotaur, Stephen Langridge : mise en scène, Antonio Pappano : direction, avec John Tomilnson, Johan Reuter, Christine Rice, Andrew Watts, chœur et orchestre du Royal Opera, 2 dvds Opus Arte, Royal Opera House, Covent Garden Londres, 2008.
  • Harrison BIRTWISTLE, Nenia: The Death of Orpheus ; The Fields of Sorrow ; Verses for Ensembles, Jane Manning, The Matrix, direction : Alan Hacker, London Sinfonietta, direction : David Atherton, 1 cd Lyrita, 2008.
  • Harrison BIRTWISTLE, Secret Theatre ; Silbury Air ; Carment Arcadiae Mechanicae Perpetuum, London Sinfonietta, direction : Elgar Howarth, 1 cd NMC Recordings, 2008.
  • Harrison BIRTWISTLE, Punch & Judy, de Phyllis Bryn-Julson : soprano, Jan DeGaetani : mezzo-soprano, Philip Langridge : ténor, Stephen Roberts : baryton, David Wilson-Johnson : baryton-basse, John Tomlinson : basse, London Sinfonietta, direction : David Ath, 2 cds NMC Recordings, 2007.
  • Harrison BIRTWISTLE, The Mask of Orpheus, Marie Angel, Juliet Booth : sopranos, Elisabeth Mccormack, Anne-Marie Owens : mezzo-sopranos, Stephen Allen, Peter Bronder : ténors, orchestre symphonique de la BBC, direction : Andrew Davis, 2 cds Nmc, 2006.
  • Harrison BIRTWISTLE, The Axe Manual, complete piano works, comprenant : The Axe Manual ; Oockooing Bird ; Sad Song ; Berceuse de Jeanne ; Précis ; Hector's Dawn ; Ostinato with Melody ; Betty Freeman: Her Tango ; Saraband: The Kings Farewell ; Harrison's Clocks, Nicolas Hodges : piano, Claire Edwardes : percussion, 1 cd Metronome, WDR 3, 2005.
  • Harrison BIRTWISTLE, I. Trageodia ; II. Five distances for five Instruments ; III. Three Settings Of Celan ; IV. Endless Parade ; V. Panic ; VI. Earth Dances, Ensemble intercontemporain, direction : Pierre Boulez (I-IV), Christine Whittlesey : soprano (III),  BBC Philharmonic Orchestra, direction : Elgar Howarth (V),  The Cleveland Orchestra, direction : Christoph Von Dohnanyi (VII), Andrew Davis (VI), avec Paul Patrick, Hakan Hardenberger (V), John Harle, Paul Clarvis (VI), 2 Cd Decca, coll. « The British Music Collection », 2004.
  • Harrison BIRTWISTLE, The Triumph of Time ; Ritual fragment ; Gawain's Journey, orchestre philharmonique de Londres, direction : Elgar Howarth, 1 cd NMC, 2004.
  • Harrison BIRTWISTLE, Refrains and Choruses, comprenant Hoquetus Petrus ; Refrains and Choruses ; Hector's Dawn ; Duets for Storab ; Linoi ; Berceuse de Jeanne ; Verses for Ensembles ; Chorale from a Toy-Shop ; Sad Song ; An Interrupted Endless Melody ; Oockooing Bird ; Five Distances for 5 instruments,  Robert Manasse, Mark Law, The Galliard Ensemble, Richard Shaw, 1 cd Deux-Elles, 2002.
  • Harrison BIRTWISTLE, Melencolia I ; Ritual Fragment ; Meridian ; London Sinfonietta, direction : Oliver Knussen, Antony Pay, Helen Tunstall, Christopher van Kampen, London Sinfonietta Voices, Michael Thompson, Mary King, 1 cd NMC, 2000.
  • Harrison BIRTWISTLE, Music for wind & percussion, comprenant Verses for Ensembles ; Refrains and Choruses ; For O, for O, the Hobby-horse Is Forgot,  groupe de percussions The Hague, Netherlands Wind Ensemble, direction : James Wood, 1 cd Etcetera, 1995.
  • Harrison BIRTWISTLE, Secret Theatre ; Silbury Air ; Carmen Arcadiae Mechanicae Perpetuum, London Sinfonietta, direction : Elgar Howarth, 1 cd Etcetera, 1994. 

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