Date de mise à jour : 23 November 2007

Luciano Berio

Compositeur italien né le 24 octobre 1925 à Oneglia, mort le 26 mai 2003 à Rome

Biographie

C’est à Oneglia, au Nord-Ouest de la péninsule italienne, que Luciano Berio voit le jour le 24 octobre 1925. Le cercle familial où il vit jusqu’à l’âge de dix-huit ans sera le lieu de sa première éducation musicale essentiellement dispensée par son grand père Adolfo, et son père Ernesto, organistes et compositeurs. Il y apprend le piano et y pratique beaucoup la musique de chambre. À la suite d’une blessure à la main droite, il doit renoncer à une carrière de pianiste et se tourne vers la composition. À la fin de la guerre, il entre au conservatoire Verdi de Milan, d’abord avec Paribeni (contrepoint et fugue) puis avec Ghedini (composition) et avec Votto et Giulini (direction d’orchestre). Il gagne sa vie en tant que pianiste accompagnateur et rencontre la chanteuse américaine d'origine arménienne Cathy Berberian qu’il épouse en 1950 et avec laquelle il explorera toutes les possibilités de la voix à travers plusieurs œuvres dont la célèbre Sequenza III (1965). En 1952, il part à Tanglewood étudier avec Luigi Dallapiccola pour qui il éprouve une grande admiration. Chamber Music (1953) sera composé en hommage au maître. Au cours de ce séjour, il assiste à New York au premier concert américain comprenant de la musique électronique. En 1953, il réalise des bandes sonores pour des séries de télévision. À Basle, il assiste à une conférence sur la musique électroacoustique où il rencontre Stockhausen pour la première fois. Il fait alors ses premiers essais de musique sur bande magnétique (Mimusique n°1) et effectue son premier pèlerinage à Darmstadt où il rencontre Boulez, Pousseur et Kagel et s’imprègne de la musique sérielle à laquelle il réagit de façon personnelle avec Nones (1954). Il retournera à Darmstadt entre 1956 et 1959, y enseignera en 1960, mais gardera toujours ses distances par rapport au dogmatisme ambiant. Berio s’intéresse à la littérature (Joyce, Cummings, Calvino Levi-Strauss) et à la linguistique qui nourriront sa pensée musicale. En 1955, il fonde avec son ami Bruno Maderna le Studio de phonologie musicale de la RAI à Milan, premier studio de musique électro-acoustique d’Italie. De ses recherches naîtra notamment Thema (Omaggio a Joyce) (1958). En 1956, il crée avec Maderna les Incontri musicali, séries de concerts consacrés à la musique contemporaine, et publie une revue de musique expérimentale du même nom entre 1956 et 1960. Passionné par la virtuosité instrumentale, il entame en 1958 la série des Sequenzas dont la composition s’étendra jusqu’en 1995, et dont certaines s’épanouiront dans la série des Chemins. À partir de 1960, il retourne aux États-Unis où il enseigne la composition à la Dartington Summer School, au Mill's College d’Oakland, à Harvard, à l'université Columbia. Il enseigne aussi à la Juilliard School de New York entre 1965 et 1971 où il fonde le Juilliard Ensemble (1967) spécialisé dans la musique contemporaine. Dans les années soixante, il collabore avec Sanguineti à des œuvres de théâtre musical dont Laborintus 2 (1965) sera la plus populaire. Il appartient alors à la gauche intellectuelle italienne. En 1968 il compose Sinfonia qui, avec ses multiples collages d’œuvres du répertoire, traduit le besoin constant de Berio d’interroger l’histoire. Durant cette période, il intensifie ses activités de chef d’orchestre. Berio retourne vivre en Europe en 1972. À l’invitation de Pierre Boulez, il prend la direction de la section électroacoustique de l’Ircam (1974-1980). Il supervise notamment le projet de transformation du son en temps réel grâce au système informatique 4x créé par Giuseppe di Giugno. Enrichi de son expérience à l’Ircam, il fonde en 1987, Tempo Reale, l’Institut Florentin d’électronique live. Son intérêt pour les folklores lui inspire Coro (1975), une de ses œuvres majeures. Dans les années 80, Berio réalise deux grands projets lyriques : La Vera Storia (1982) et Un re in ascolto (1984) sur des livrets d’Italo Calvino. Tout en continuant à composer, il revisite le passé à travers des transcriptions et des arrangements ou à travers la reconstruction de la Xème symphonie de Schubert (Rendering, 1989). Parallèlement à son activité créatrice, Berio s’est impliqué sans relâche dans des institutions musicales italiennes et étrangères. Sa notoriété internationale a été saluée par de nombreux titres honorifiques universitaires et prix dont un Lion d'or à la Biennale de Venise (1995) et le Praemium Imperiale (Japon).
 Luciano Berio meurt à Rome le 27 mai 2003.

Sources
  • Universal Edition
  • David OSMOND-SMITH, « Luciano Berio » (en anglais), dans Grove Music Online, ed. L. Macy, http://www.grovemusic.com (Vérifié le 5 septembre 2007)
  • Ivanka STOIANOVA, Luciano Berio : Chemins en musique, Paris, La Revue Musicale N° 375-376-377, 1985.

 


© Ircam - Centre Pompidou, 2007

Parcours de l'œuvre

Par Max Noubel

Berio n’entre en contact avec la musique de son siècle qu’à la fin de la guerre lorsqu’il intègre le conservatoire de Milan. Tout un univers moderne s’ouvre alors à lui. Il découvre les œuvres de Milhaud, Bartók, Stravinsky , mais aussi de Ravel et Prokofiev. Durant ces années de formation milanaise, les cours de composition de Ghedini (à partir de 1948) joueront un rôle majeur. Ghedini, qui possède une fine connaissance de Stravinsky, lui transmet son génie de l’instrumentation et de la réalisation. Il l’aide aussi à sortir des ornières de la musique italienne paralysée par l’opéra. Il le conduit à établir des ponts entre la musique baroque vocale et instrumentale, notamment l’œuvre de Monteverdi, et la musique contemporaine. Ces rapprochements contribueront grandement à la réflexion de Berio sur l’histoire de la musique et sur ...

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Œuvres

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Œuvres par date

Ressources documentaires

Bibliographie

  • Philippe ALBÈRA (sous la direction de), Contrechamps N° 1: Luciano Berio, Lausanne, L’Âge d’Homme, Septembre 1983.
  • Philippe ALBÈRA, « Introduction aux neuf Sequenzas », dans Contrechamps N° 1 : Luciano Berio (Philippe Albèra, sous la dir. de), Lausanne, L’Âge d’Homme, Septembre 1983, pp. 90-122.
  • Philippe ALBÈRA, Jacques DEMIERRE, « Entretien avec Luciano Berio » dans Contrechamps N° 1 : Luciano Berio (Philippe Albèra, sous la dir. de), Lausanne, L’Âge d’Homme, Septembre 1983, pp. 60-66.
  • Luciano BERIO, Entretiens avec Rossana Dalmonte, traduit de l’italien et présenté par Martin Kaltenecker, Paris, Jean-Claude Lattès, coll. « Musiques & Musiciens », 1983. [éd. o. Intervista sulla musica, 1981].
  • Luciano BERIO, « Prospective musicale, recherche et activité du Studio de phonologie musicale de Radio-Milan », dans Dossier Berio, Paris, Seuil, Musique en jeu n°15, 1974, pp. 60-63 [éd. o. en ital. trad. présente Michèle Victor].
  • Luciano BERIO, « Aspects d’un artisanat formel », dans Contrechamps N° 1 : Luciano Berio (Philippe Albèra, sous la dir. de), Lausanne, L’Âge d’Homme, Septembre 1983, pp. 10-23, [éd. o. en ital. , trad. fr. présente : Vincent Barras].
  • Luciano BERIO, « Dialogue entre toi et moi », dans Contrechamps N° 1 : Luciano Berio (Philippe Albèra, sous la dir. de) Lausanne, L’Âge d’Homme, Septembre 1983, pp. 139-144 [éd. o. en ital. , trad. fr. présente : Vincent Barras].
  • Gianmario BORIO, Joachim NOLLER, « Berio, Luciano » (en allemand), MGG, Die Musik in Geschichte und Gegenwart, vol. 2, Kasel, Basel, London, New York, Prag, Bärenreiter Metzler, 1999, pp. 1296-1305.
  • Danielle COHEN-LEVINAS, (textes réunis par) Omaggio a Luciano Berio, Paris, L’Harmattan, coll. « Musique et musicologie : les Dialogues », 2006.
  • François DELALANDE, « L’Omaggio a Joyce de Luciano Berio », dans Musique en jeu n°15 : Dossier Berio, Paris, Seuil, 1974, pp. 45-54.
  • Célestin DELIÈGE, « Luciano Berio » ; « Luciano Berio, initiateur d’une nouvelle expressivité » ; « Luciano Berio, artisan d’un sérialisme réaliste », dans Cinquante ans de modernité musicale : de Darmstadt à l’Ircam, Sprimont, Mardaga, 2003, pp. 185-194, pp. 477-499 et pp. 697-703.
  • Jacques DEMIERRE, « Circles : e.e. cummings lu par Luciano Berio », dans Contrechamps N° 1 : Luciano Berio (Philippe Albèra, sous la dir. de), Lausanne, L’Âge d’Homme, Septembre 1983, pp. 123-180.
  • Maxime JOSS, « Luciano Berio : dramaturgie et œuvre ouverte », dans L’Opéra au second XXe siècle, Musurgia, Volume X/2, 2003, pp. 7-27.
  • Flo MENEZES, Luciano Berio et la phonologie, une approche jakobsonienne de son œuvre, Frankfurt am Main, New York, Paris, Verlag PeterLang, coll. Publications universitaires européennes, 1993.
  • David OSMOND-SMITH, « Luciano Berio » (en anglais), dans Grove Music Online, ed. L. Macy, http://www.grovemusic.com (Vérifié le 5 septembre 2007).
  • David OSMOND-SMITH, « Joyce, Berio et l’art de l’explosition », dans dans Contrechamps N° 1 : Luciano Berio (Philippe Albèra, sous la dir. de), Lausanne, L’Âge d’Homme, Septembre 1983, pp. 10-23 [éd. o. en angl., trad. fr. présente : Jacques Demierre].
  • David OSMOND-SMITH, « La mesure de la distance : Rendering de Berio » dans InHarmoniques, n° 7 : Musique et authenticité, janvier 1991, Ircam - Centre Georges-Pompidou, 1998.
  • David OSMOND-SMITH, Berio (en anglais), Oxford, New York, Oxford University Press, coll. Oxford Studies of Composers, 1991.
  • David OSMOND-SMITH, Playing on Words : a Guide to Luciano Berio’s Sinfonia, (en anglais) London, Royal Musical Association, 1985.
  • Enzo RESTAGNO, (sous la direction de) (en italien) Berio, Turino, E.D.T., 1995.
  • Ivanka STOIANOVA, Luciano Berio : Chemins en musique, Paris, La Revue Musicale N° 375-376-377, 1985.
  • Peter SZENDY, « Un roi à l’écoute » dans L’Opéra éclaté : la dramaturgie musicale entre 1969 et 1984, Paris, L’Harmattan, collection Arts 8, 2005, pp. 171-179.

Discographie

  • Luciano BERIO, Sequenzas (Intégrale), solistes de l’Ensemble intercontemporain, 3 CD, Deutsche Grammophon, 1998, 457 038-2.
  • Luciano BERIO, Laborintus 2, Ensemble Musique Vivante, dir. Luciano Berio, CD Harmonia Mundi, coll. « Musique d’abord », 1970,2000, HMA 195764.
  • Luciano BERIO, Corale ; Chemins II &IV ; Ritorno degli Snovidenia ; Points of the Curve to Find, Ensemble intercontemporain, dir. Pierre Boulez, CD Sony, 1990, SK 45 862.
  • Luciano BERIO, Sinfonia ; Eindrücke, Orchestre National de France, dir. Pierre Boulez, CD Erato, 1986, ECD 88151.
  • Luciano BERIO, Un Re in ascolto, Orchestre philharmonique de Vienne, dir. Lorin Maazel, enregistrement live au Festival de Salzbourg le 7 août 1984, 2 CD Col Legno, 1997, WWE 2CD 20005.
  • Luciano BERIO, Coro, Orchestre symphonique et chœur de la radio de Cologne, dir. Luciano Berio, CD Deutsche Grammophon, 1980, 423 903-2.
  • Luciano BERIO, Voci ; Naturale, Kim Kashkashian (alto), Robyn Schulkowsky (percussion), Orchestre symphonique de la radio de Vienne, dir. Dennis Russell Davies, CD ECM New Series, 2001, 1735 461 808-2.
  • Luciano BERIO, Les grandes œuvres pour voix, Volume 1 : Folk Songs ; Sequenza III ; Chamber Music ; O King ; Circles, Christine Shadeberg, soprano 
Musician's Accord, , CD, 1998, MODE48.
  • Luciano BERIO, Œuvres pour piano (Intégrale) : Cinque variazioni ; Rounds ;
 Six Encores ;
 Sequenza IV ;
 Petite Suite ; Sonata , Francesco Tristano Schlimé, piano, Sisyphe, 2005, SISYPHE005.
    Luciano BERIO, Difference ; Sequenza III ; Sequenza VII ; 
Due pezzi pour violon et piano ; Chamber Music, Cathy Berberian (voix), 
Heinz Holliger, (hautbois), Juilliard Ensemble direction Luciano Berio, Enr. à Londres le 4 juin 1979, Philips Classics Productions
 426 662.

Liens Internet

  • L'Odysée musicale de Luciano Berio, site multimédia du New York Philharmonic Orchestra dédié à Berio, en lien avec la saison de l'orchestre : http://www.nyphil.org/berio (lien vérifié le 7 janvier 2007).
  • Centro Tempo Reale : http://www.centrotemporeale.it/ (lien vérifié le 7 janvier 2007).