Date de mise à jour : 28 October 2007
Claude Vivier
Compositeur canadien né le 14 avril 1948 à Montréal, mort le 7 mars 1983 à Paris
Biographie
Claude Vivier est né à Montréal, le 14 avril 1948 (encore que cette date soit incertaine), de parents inconnus : « Le fait de savoir que je n’avais ni père ni mère m’a procuré un univers de rêve merveilleux ; je façonnais mes origines comme je le voulais, feignais de parler des langues étranges. La réalité que je côtoyais chaque jour était hélas d’un commerce très dur, musclé. » Adopté en 1950, il grandit en effet dans un milieu modeste. À la crèche, on le croit sourd-muet et il ne parlera qu’à l’âge de six ans. En 1964, à la suite d’une grande période mystique, il se destine à la prêtrise et devient pensionnaire au juvénat de Saint-Vincent-de-Paul, où il touche l’orgue et compose quelques préludes, et où la musique lui est révélée lors d’une Messe de minuit. Exclu du séminaire pour « manque de maturité », rejet qu’il subit avec difficulté, il entre en 1967 au Conservatoire de musique de Montréal. Il y étudie jusqu’en 1970 dans les classes d’Irving Heller (piano) et de Gilles Tremblay (composition), auprès de qui il travaille sur Varèse et naît une deuxième fois, « à la musique ». Parmi les étudiants, Michel-Georges Brégent et Walter Boudreau comptent parmi ses amis. Un Quatuor à cordes (1968), Ojikawa (1968), où il utilise déjà un langage inventé, Musique pour une liberté à bâtir (1968-1969) et Prolifération (1969) suscitent l’intérêt, au point que la Société de musique contemporaine du Québec commence à inscrire les œuvres de Vivier à ses programmes de concerts. Grâce à des bourses du Conseil des Arts du Canada, il étudie la musique électroacoustique à l’Institut de sonologie d’Utrecht (1971), auprès de Gottfried Michael Koenig, avant d’autres séjours en Europe, principalement à Paris (1972), où il est élève de Paul Méfano, et à Cologne (1972-1974), où il étudie avec Richard Toop, Hans Ulrich Humpert et Karlheinz Stockhausen, qui exerce une influence décisive sur ses œuvres chorales, dans le sillage de Stimmung (1968), et auprès de qui il déclare être né une troisième fois, « à la composition ». Musik für das Ende (1971), Désintégration (1972-1974), Chants (1973), O ! Kosmos (1973), Jesus erbarme dich (1973) et jusqu’à Lettura di Dante (1974) témoignent d’une prédilection pour la voix et pour une écriture homophonique, dépassant sa période antérieure, plus « conceptuelle », et qu’il avait placée sous le signe du structuralisme. De retour à Montréal, il travaille à sept courtes pièces pour duos ou pour instruments solistes, destinées à la finale du Concours de musique du Canada, section « Tremplin international », mais aussi à Liebesgedichte (1975) et à Siddhartha (1976), pour l’Orchestre national des jeunes du Canada. Quelques mois d’enseignement à l’Université d’Ottawa suivront, en 1976, année au cours de laquelle il réalise une bande magnétique pour la pièce de Büchner Woyzeck, adaptée pour le théâtre de marionnettes par le Centre national des Arts d’Ottawa. En 1976-1977, il effectue un long voyage en Orient : Japon, Iran, Java et surtout Bali, où il séjourne trois mois, et dont il retient non seulement plusieurs éléments de technique musicale, mais aussi le principe d’une intégration de l’art dans la vie de tous les jours. « Je réalise de façon patente que ce voyage n’est finalement qu’un voyage au fond de moi-même », écrit-il à son retour, alors qu’il compose Pulau Dewata (1977), Shiraz (1977), Paramirabo (1978), œuvres imprégnées de cette expérience orientale, et Journal (1977), où il aborde les thèmes de l’enfance, de l’amour, de la mort et de l’immortalité, et collabore avec les danseurs du Groupe de la Place Royale pour les ballets Love Songs (1977) et Nanti Malam (1977). Un temps représentant du Québec au Conseil d’administration du Centre de musique canadienne, il fonde en 1978, avec Lorraine Vaillancourt, John Rea et José Evangelista, les Événements du Neuf, institution chargée de promouvoir la musique contemporaine à Montréal, et entreprend la composition d’un opéra Kopernikus (1979), créé en 1980, et dont il écrit lui-même le livret. Après Orion (1979), Lonely Child (1980), Zipangu (1980), Prologue pour un Marco Polo (1981), sur un livret de son ami Paul Chamberland, et Wo bist du Licht (1981), Vivier, intéressé par le cinéma, tourne en 1981 dans une vidéo, L’Homme de Pékin, réalisée conjointement par lui-même, Daniel Dion et Philippe Poloni, et projette un opéra sur la vie de Tchaikovski. En 1982, grâce à une nouvelle bourse du Conseil des Arts du Canada, il s’établit à Paris, où il meurt sauvagement assassiné, sans doute dans la nuit du 7 au 8 mars 1983, laissant inachevée sa dernière œuvre Glaubst du an die Unsterblichkeit der Seele, pour chœur et cinq instrumentistes.
© Ircam-Centre Pompidou, 2007
Parcours de l'œuvre
Par Laurent Feneyrou
Que les Mayas me fassent retourner au limon de mes origines…
« Comme c’est étrange. Malgré tout ce que je t’ai dit sur l’adulte que j’étais devenu, la seule voix qui perce en moi, c’est celle de l’enfant qui parle doucement aux anges le soir ! Tout autour de moi, c’est le silence », écrivait Claude Vivier dans une lettre du 26 janvier 1983 à son amie Thérèse Desjardins. Son œuvre est traversée de souvenirs et de noms de personnages enfantins : Merlin, fils du diable, mais aussi une sorcière, la Reine de la nuit, Mister Pickwick, Pinocchio, Cendrillon, Bruder Jakob (sorte de Frère Jacques ou de Jakob Boehme ?) et autres figures mythiques dans Love Songs, Journal ou Kopernikus. Ou le Zorro de Glaubst du an der Unsterblichkeit der Seele. Ou encore les fées, les nains et les géants dont Vivier ...
Œuvres
Œuvres par effectif type
- Musique vocale a cappella
- Chants pour sept voix de femmes (1973), 22 minutes [note de programme]
- Jesus erbarme dich pour soprano et choeur (1974), 3 minutes
- Love Songs Ballet, pour sept voix solistes (1977), 23 minutes
- Musik für das Ende pour 20 voix mixtes (1971), 45 minutes
- Nanti Malam Ballet en une scène, pour 7 voix (1977)
- O ! Kosmos pour soprano et choeur (1973), 7 minutes
- Musique vocale et instrument(s)
- Bouchara Chanson d'amour, pour soprano et ensemble (1981), 13 minutes
- Crois-tu en l'immortalité de l'âme ? (inachevé) (1983), 15 minutes
- Glaubst du an die Unsterblichkeit der Seele pour choeur et cinq instrumentistes (Oeuvre inachevée) (1983)
- Hiérophanie pour soprano et ensemble (1970), 40 minutes
- Hymnen an die nacht pour soprano et piano (1975), 5 minutes
- Journal pour quatre voix solistes, choeur et percussion (1977), 50 minutes
- Kopernikus : Rituel de la mort opéra en deux actes (1979) [note de programme]
- Lettura di Dante pour soprano et sept instruments (1974), 26 minutes [note de programme]
- Liebesgedichte (1975-1976), 28 minutes
- Lonely Child pour soprano et orchestre (1980), 19 minutes
- Musique pour une liberté à bâtir pour choeur de femmes et orchestre (1968-1969)
- Ojikawa pour soprano, clarinette et percussion (1968), 14 minutes
- Prologue pour un Marco Polo pour soprano, alto, ténor, baryton, basse et ensemble (1981), 21 minutes
- Trois airs pour un opéra imaginaire pour soprano et ensemble (1982), 15 minutes
- Wo bist du licht! pour mezzo-soprano et ensemble (1981), 21 minutes
- Musique électronique / sur support
- Hommage à un vieux corse triste (1972), 28 minutes
- Musique instrumentale d'ensemble
- Désintégration (1972-1974), 30 minutes
- Orion pour orchestre (1979), 14 minutes
- Siddhartha pour orchestre (1976), 25 minutes
- Zipangu pour orchestre à cordes (1980), 12 minutes
- Musique de chambre
- Aikea pour trois percussionnistes (1980), 15 minutes
- Et je reverrai cette ville étrange pour six musiciens (1981), 16 minutes
- Et je reverrai cette ville étrange (1981), 17 minutes
- Green pour flûte, violon, violoncelle et piano (1978), 6 minutes
- Learning pour 4 violons et percussion (1976), 20 minutes
- Paramirabo pour quatre instruments (1978), 12 minutes
- Pièce pour flûte et piano (1975), 7 minutes
- Pièce pour violon et clarinette (1975), 7 minutes
- Pièce pour violon et piano (1975), 9 minutes
- Pièce pour violoncelle et piano (1975), 9 minutes
- Prolifération pour ondes Martenot, piano et percussion (1976), 15 minutes
- Pulau Dewata pour ensemble de claviers (1977), 13 minutes
- Quatuor à cordes (1968), 15 minutes
- Samarkand pour quintette à vent et piano (1981), 14 minutes
- Musique soliste (sauf voix)
- 5 chansons pour percussion solo (1980), 15 minutes
- Les communiantes pour orgue (1978), 17 minutes
- Pianoforte pour piano (1976), 9 minutes
- Pour guitare (1975), 5 minutes
- Shiraz pour piano (1977), 14 minutes
Œuvres par date
- 1983
- Crois-tu en l'immortalité de l'âme ? (inachevé) (1983), 15 minutes
- 1982
- Trois airs pour un opéra imaginaire pour soprano et ensemble (1982), 15 minutes
- 1981
- Bouchara Chanson d'amour, pour soprano et ensemble (1981), 13 minutes
- Et je reverrai cette ville étrange pour six musiciens (1981), 16 minutes
- Et je reverrai cette ville étrange (1981), 17 minutes
- Prologue pour un Marco Polo pour soprano, alto, ténor, baryton, basse et ensemble (1981), 21 minutes
- Samarkand pour quintette à vent et piano (1981), 14 minutes
- Wo bist du licht! pour mezzo-soprano et ensemble (1981), 21 minutes
- 1980
- 5 chansons pour percussion solo (1980), 15 minutes
- Aikea pour trois percussionnistes (1980), 15 minutes
- Lonely Child pour soprano et orchestre (1980), 19 minutes
- Zipangu pour orchestre à cordes (1980), 12 minutes
- 1979
- Kopernikus : Rituel de la mort opéra en deux actes (1979) [note de programme]
- Orion pour orchestre (1979), 14 minutes
- 1978
- Green pour flûte, violon, violoncelle et piano (1978), 6 minutes
- Les communiantes pour orgue (1978), 17 minutes
- Paramirabo pour quatre instruments (1978), 12 minutes
- 1977
- Journal pour quatre voix solistes, choeur et percussion (1977), 50 minutes
- Love Songs Ballet, pour sept voix solistes (1977), 23 minutes
- Nanti Malam Ballet en une scène, pour 7 voix (1977)
- Pulau Dewata pour ensemble de claviers (1977), 13 minutes
- Shiraz pour piano (1977), 14 minutes
- 1976
- Learning pour 4 violons et percussion (1976), 20 minutes
- Liebesgedichte (1975-1976), 28 minutes
- Pianoforte pour piano (1976), 9 minutes
- Prolifération pour ondes Martenot, piano et percussion (1976), 15 minutes
- Siddhartha pour orchestre (1976), 25 minutes
- 1975
- Hymnen an die nacht pour soprano et piano (1975), 5 minutes
- Pièce pour flûte et piano (1975), 7 minutes
- Pièce pour violon et clarinette (1975), 7 minutes
- Pièce pour violon et piano (1975), 9 minutes
- Pièce pour violoncelle et piano (1975), 9 minutes
- Pour guitare (1975), 5 minutes
- 1974
- Désintégration (1972-1974), 30 minutes
- Jesus erbarme dich pour soprano et choeur (1974), 3 minutes
- Lettura di Dante pour soprano et sept instruments (1974), 26 minutes [note de programme]
- 1973
- Chants pour sept voix de femmes (1973), 22 minutes [note de programme]
- O ! Kosmos pour soprano et choeur (1973), 7 minutes
- 1972
- Hommage à un vieux corse triste (1972), 28 minutes
- 1971
- Musik für das Ende pour 20 voix mixtes (1971), 45 minutes
- 1970
- Hiérophanie pour soprano et ensemble (1970), 40 minutes
- 1969
- Musique pour une liberté à bâtir pour choeur de femmes et orchestre (1968-1969)
- 1968
- Ojikawa pour soprano, clarinette et percussion (1968), 14 minutes
- Quatuor à cordes (1968), 15 minutes
Ressources documentaires
Bibliographie
- Revue
Circuit, Revue nord-américaine de musique du XXe siècle, Les Presses de l’Université de Montréal, Volume 2, 1991, Claude Vivier.
Claude Vivier, Concert commémoratif, 2 juin 1983 (Les Amis de Claude Vivier). - Extraits d’ouvrages collectifs ou articles de pérodiques
Johanne RIVEST, « La discographie de Claude Vivier », in Revue de musique des universités canadiennes, 1985, n° 6, p. 35-45.
Jaco MIJNHEER, « Shiraz, pour piano, de Claude Vivier », in Les Cahiers de l’ARMuQ, 1991, n° 13, p. 90-106. - Mémoire
Yassen VODENITCHAROV, Claude Vivier, une figure singulière dans le paysage musical contemporain, Mémoire de musicologie (Hugues Dufourt, dir.), Ircam / EHESS, 1997.
Discographie
- Claude VIVIER, Et je reverrai cette ville étrange, Arraymusic, CD Artifact Music, 1988, n° ART 002.
- Claude VIVIER, Chants (I), Prolifération (II), Pianoforte (III), Hymnen an die Nacht (IV), Pièce pour flûte et piano (V), Pièce pour violoncelle et piano (VI), Siddhartha (VII), Lettura di Dante (VIII), Pulau Dewata (IX), Zipangu (X), Lonely Child (XI), Shiraz (XII), Paramirabo (XIII), Cinq chansons pour percussion (XIV), Prologue pour un Marco Polo (XV), Marie-Danielle Parent, soprano (XI), Pauline Vaillancourt, soprano (IV, VIII, XV), Marie Laferrière, mezzo-soprano (XV), David Doane, ténor (XV), Michel Ducharme, baryton (XV), Yves Saint-Amant, basse (XV), Jacques Lavallée, récitant (XV), Lise Daoust, flûte (V, XIII), Louis-Philippe Pelletier, piano (II, III, V, VI, XII, XIII), Jean-Eudes Vaillancourt, piano (IV), Jean Laurendeau, ondes Martenot (II), David Kent, percussion (XIV), Serge Laflamme, percussion (II), Denise Lupien, violon (XIII), Claude Lamothe, violoncelle (VI, XIII), Atelier de musique contemporaine de la Faculté de musique, Université de Montréal (I), Ensemble instrumental de Radio-Canada à Montréal (XV), Ensemble de percussion McGill (IX), Ensemble de la Société de musique contemporaine du Québec (VIII), I musici de Montréal (X), Orchestre métropolitain de Montréal (VII, XI), Pierre Béluse, dir. (IX), Walter Boudreau, dir. (VII), Serge Garant, dir. (VIII, XI), Yuli Turovsky, dir. (X), Lorraine Vaillancourt, dir. (I, XV), 4 CD, Anthologie de la musique canadienne, Radio-Canada International, 1990, n° ACM 36.
- Claude VIVIER, Jesus erbarme dich, Chants, Love Songs, Journal, Les Jeunes Solistes, Rachid Safir, dir., 2 CD Soupir, 1990, n° S 206 – NT 103.
- Claude VIVIER, O ! Kosmos, Phoenix Chamber Choir, Cortland Hultberg, dir., CD Skylark, 1994, n° SKY 9401.
- Claude VIVIER, Wo bist du Licht (I), Greeting Music (II), Bouchara (III), Trois airs pour un opéra imaginaire (IV), Marie-Danielle Parent, soprano (III), Ingrid Schmithüsen, soprano (IV), Marie-Annick Béliveau, mezzo-soprano (I), Ensemble de la Société de musique contemporaine du Québec, Walter Boudreau, dir. (I-IV), CD Atma, 2001, n° ACD 22252.
- Claude VIVIER, Orion, Orchestre métropolitain de Montréal, Walter Boudreau, dir., CD Centredisques, 2005, n° CMCCD 10705.
- Claude VIVIER, Orion (I), Siddharta (II), Cinq chansons pour percussion (III), Christian Dierstein, percussion (III), WDR Sinfonieeorchester Köln, Peter Rundel, dir. (I, II), CD Kairos, 2006, n° 0012472KAI.
- Claude VIVIER, Kopernikus (I), Prologue pour un Marco Polo (II), Shiraz (III), Lonely Child (IV), Zipangu (V), Wo bist du Licht (VI), Glaubst du an die Unsterblichkeit der Seele (VII), sous le titre Rêves d’un Marco Polo, Claron McFadden, soprano (I, II, VII), Tomoko Makuuchi, soprano (I, VII), Susan Narucki, soprano (II, IV, VII), Kathryn Harries, mezzo-soprano (VII), Marion van den Akker, mezzo-soprano (I), Lani Poulson, alto (I, VII), Helena Rasker, alto (II, VII), José Scholte, alto (VII), John van Halteren, ténor (VII), Charles Hens, ténor (VII), Terence Mierau, ténor (II, VII), Karl Daymond, baryton (I), Richard Lloyd Morgan, baryton (I, VII), James Ottaway, baryton (II, VII), Harry van der Kamp, basse (I, II, VII), Johan Leysen, narrateur (I, II, VII), Marc Couroux (III), Asko Ensemble, Schönberg Ensemble, Reinbert de Leeuw, dir., Pierre Audi, mise en scène, 2 DVD Opus Arte, 2006, n° OA 0943 D.
Sites internet
- Université de Montréal, http://www.archiv.umontreal.ca (vérifié le 15 mars 2007).
- Centre de musique canadienne, centremusique.ca (vérifié le 15 mars 2007).