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Roger Reynolds

Compositeur américain né le 18 juillet 1934 à Detroit, Michigan

Roger Reynolds, compositeur américain, né à Detroit en 1934.

Après des études de physique, Roger Reynolds a été l'élève de Roberto Gerhard à l'université du Michigan. Il a fondé, avec Robert Ashley et Gordon Mumma, le festival «Once» à Ann Arbor, ainsi que le Centre de Musique expérimentale de l'université de San Diego, en Californie.

Fantasy for Pianist, une pièce sérielle de 1964, met en oeuvre des stratégies empruntées à Roberto Gerhard. Pourtant, comme le note Reynolds, il se dégage de son écriture rigoureuse «une impression d'improvisation». Cette recherche de l'imprévisible à travers la plus grande précision caractérise le travail de Reynolds jusqu'à aujourd'hui. Dans l'une de ses oeuvres récentes d'après Beckett (Odyssey, An Opera in the Mind, pour mezzo-soprano, baryton et ensemble, composé entre 1989 et 1993), c'est la théorie du chaos, et notamment une représentation graphique de l'attracteur dit de Hénon qui permet de définir des «sections apparentées et cependant proportionnées de manière improbable».

Pour prédéterminer divers aspects de ses oeuvres, Reynolds a volontiers recours à des métaphores scientifiques ou à des procédés graphiques. Et nombre de techniques qu'il utilise sont liées l'informatique et à ses «algorithmes». C'est le cas dans Archipelago, une oeuvre pour orchestre et bande de 1982-1983, que Reynolds continue de considérer comme «une sorte de laboratoire» : il en tirera une série de pièces intitulée Islands from Archipelago, où il poursuit l'idée d'«écrire pour des instruments accompagnés par leurs propres timbres traités par ordinateur». Dans Autumn Island, pour marimna, ce sont ainsi «trois éléments contrastés qui, à l'aide de l'algorithme SPLITZ [de l'anglais split, diviser], sont fragmentés et redistribués dans le temps». Pour Reynolds, en effet, le compositeur de l'ère numérique serait une sorte d'«éditeur», dont le travail viserait «la prolifération et la redistribution des matériaux».

Se faisant l'écho d'un certain désarroi face à «la diversité actuelle de tant de centres urbains», Reynolds a pu appeler de ses voeux «l'identification d'un fondement pour l'organisation d'une musique à laquelle les auditeurs répondent d'une manière qui ne soit pas avant tout déterminée par la culture ou l'éducation». Ce rêve d'universalité qui passe par la psychoacoustique et les sciences cognitives, cette quête de «constantes cognitives fondamentales» et de «sensibilités auxquelles le musicien puisse s'adresser selon des modalités pré- ou plutôt trans-culturelles» ont aussi conduit Reynolds à rechercher la «collaboration par delà les frontières qui séparent les disciplines artistiques». Il a ainsi tissé des liens avec le Japon, et notamment avec le metteur en scène Tadashi Suzuki, pour des productions théâtrales multilingues. A l'écoute de The Palace, la quatrième pièce de son cycle Voicespace, on songe au Nô, à cette manière de distendre (ici par des moyens numériques) l'ambitus propre à la parole.

Peter Szendy


© Ircam-Centre Pompidou, 2000

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